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CHRONIQUES
17 août 2018

Chéreau et l’opéra, la seule référence
© Nicolas Guérin

Avec la disparition de Patrice Chéreau ce lundi, c’est toute une génération d’amoureux de l’opéra qui est orpheline. Mais soyons clair, si nous lui devons nos plus grandes émotions de spectacles lyriques, il ne saurait être qualifié de révolutionnaire, comme on tente trop souvent de le faire. Ce qui n’empêche qu’il restera probablement LA référence de la mise en scène d’opéra.
 

Le 08/10/2013
Gérard MANNONI
 



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  • Il fut celui qui parvint à atteindre la vérité la plus authentique de la plupart des partitions qu’il aborda avec les plus authentiques moyens du théâtre, sans esbroufe, sans bluff, sans cet égocentrisme forcené qui pousse tant de metteurs en scène d’aujourd’hui à représenter leurs états d’âmes personnels et non ce qu’il y a au cœur des œuvres.

    Le premier choc fut celui des Contes d’Hoffmann que lui demanda en 1974 Rolf Liebermann pour l’Opéra de Paris. Du noir et du blanc, pour que rien ne vienne distraire du fantastique travail d’acteurs demandé aux chanteurs. Ce travail serait toujours à la base de tout ce qu’il fit au théâtre, dramatique ou lyrique.

    Rien d’inventé, mais tout déniché au creux des mesures et des mots. Un Hoffmann bien peu séducteur, mais ravagé de l’intérieur, détruit, se cachant dans les coins. Toute l’angoisse de l’âme romantique en quête de son identité, balancée entre honte de ses faiblesses et pulsions irrépressibles. Une vérité de l’œuvre indiscutable dans un climat esthétique sublime.

    Puis vint le Ring de 1976 à Bayreuth. Un coup de poker joué par un Wolfgang Wagner trop souvent taxé de ringardise. Une équipe toute française pour célébrer ce centenaire historique, un metteur en scène de 35 ans… l’Allemagne pure et dure s’était munie de sifflets à roulette pour la première. Ce fut presque le scandale de la création du Sacre du printemps. Mais à l’ultime reprise de 1980, au soir du dernier Crépuscule des Dieux, il y eut une heure trente d’acclamations. On savait qu’on ne verrait plus jamais cela, puisque la tradition veut qu’à Bayreuth, décors et costumes soient détruits à la fin de la vie d’une production.

    Ici encore, affinée au fil des cinq années, l’approche de Chéreau n’était en rien révolutionnaire. Elle était seulement d’une profondeur et d’une vérité que seul le minimalisme de Wieland pour le Nouveau Bayreuth des années 1950 avait atteintes. Outre l’osmose idéale avec la direction de Boulez et les décors de Peduzzi, il y avait un fabuleux travail de théâtre sur l’image, le symbole, le geste, la projection du texte.

    On n‘a jamais vu et on ne reverra jamais plus beau que certaines scènes – l’Annonce de la mort et son rituel funéraire, le rocher de Brünnhilde, Siegfried la ramenant dans sa robe blanche, comme une mouette blessée, au deuxième acte de Crépuscule – ni plus intelligemment représenté que certains moments difficiles comme la lutte de Siegfried contre Fafner ou l’apparition d’Erda, ou encore ce dialogue si long entre Wotan et sa fille au II de la Walkyrie au pied du balancier qui marque la fuite du temps du monde.

    De la profondeur, de la l’originalité, certes, mais toujours avec de vrais moyens de spectacle de tréteaux parfois et nous révélant une vérité totale de l’œuvre. Travail d’une intelligence absolue, d’un professionnalisme ahurissant quant à la maîtrise des arts de la scène. Même si la Lulu intégrale montée à Garnier en 1979 fut totalement réussie également, rien n’a atteint les sommets de cette Tétralogie qui reste la référence incontournable en l’art de mettre sur scène un opéra de Wagner… ou tout autre, d’ailleurs.

    Il faut dire que les chanteurs étaient aussi partie prenante sans réticences et avec un talent gigantesque, le si beau et blond Siegmund de Peter Hofmann, réplique masculine de la Sieglinde de Jeannine Altmeyer, la splendide Gwyneth Jones, si dramatiquement investie et tellement belle aussi qu’on en oubliait certains soir le vibrato fascinant de la voix… et puis Franz Mazura, Heinz Zednik, Hanna Schwarz, Donald McIntyre, tous sublimés dans leur chant par la force de la représentation théâtrale.

    Le DVD est là pour le rappeler, le prouver. Révolution ? Non. Plutôt point d’aboutissement parfait du plus beau travail de théâtre qui puisse être, fondé sur une véritable et sincère analyse, soutenu par une immense imagination et mené par une exceptionnelle intelligence. Metteur en scène mais acteur aussi, Chéreau le rappela sur cette noble scène de Bayreuth le 20 août 1977 où René Kollo, alors titulaire du rôle de Siegfried, venait de se fouler la cheville pendant une partie de pêche et où il ne put que chanter de la coulisse, tandis que le metteur en scène, perruque blonde pas vraiment bien ajustée, jouait Siegfried à sa place. Incroyable mais vrai !

    De manière très ponctuelle, Chéreau renoua ensuite avec l’opéra, mais, il faut le reconnaître, sans jamais atteindre à nouveau à l’intensité de cette Tétralogie, sauf sans doute avec cette ultime Elektra d’Aix-en-Provence ce été. Ni son Tristan de la Scala, ni son Così fan tutte d’Aix et Paris ne se hissèrent aux mêmes sommets, malgré la qualité du travail théâtral réalisé.

    Une certitude enfin : dans la triste cohorte des révolutions d’un soir oubliées le lendemain, personne n’a seulement même approché une lecture aussi totale, complexe et convaincante d’une œuvre lyrique.




    Le 08/10/2013
    Gérard MANNONI




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