altamusica
 
       aide















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CHRONIQUES
16 août 2018

Chéreau, le feu sous la glace

Il était la rigueur et l’exigence, la fureur et la grâce. Une première rencontre avec Patrice Chéreau glaçait de timidité et réjouissait d’émotions. Son regard bleu-vert perçait l’interlocuteur qu’il jaugeait à l’aune de son amour pour le théâtre. Dès qu’il était en empathie, alors il parlait d’une voix au débit intense et précipité, comme s’il savait que le temps lui était compté.
 

Le 09/10/2013
Nicole DUAULT
 



Les 3 dernières chroniques

  • Mortagne 2018 (2) : Conclusion brillantissime

  • Mortagne 2018 (1) : Originalité et talents

  • Jean-Claude Malgoire, vrai musicien polyvalent

    [ Toutes les chroniques ]

     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)



    Envoi de l'article
    à un ami

  • Pour Chéreau, le monde, comme l’ont écrit ses auteurs préférés Shakespeare, Racine, Marivaux, Koltès, Jon Fosse, était un théâtre qui réagissait aux soubresauts d’un univers éternellement en folie. Il nous a donné quelques unes de nos plus grandes joies de scène et de cinéma. Il aimait les textes, il aimait les images, il aimait les sons, il aimait les acteurs. Il aimait tout simplement les gens. Et c’est cette humanité que l’ont retrouve dans toutes ses réalisations.

    Né au théâtre à Louis-le-Grand, aux côtés de Jérôme Deschamps et de Jean-Pierre Vincent, il avait été, comme toute sa génération, d’abord accro au cinéma d’Orson Welles et des expressionnistes allemands, Lang et Murnau. Sa première mise en scène est une pièce de Victor Hugo, l’Intervention, puis, l’Affaire de la rue Lourcine de Labiche le fait remarquer. Il a 22 ans et on lui donne les clés du théâtre de Sartrouville qu’il laisse trois ans plus tard en faillite et dont pendant des années il paiera les dettes. Alors, rien n’est trop beau, trop grand, trop somptueux pour l’art théâtral ! À la fin de sa vie, Chéreau ira vers l’épure.

    La suite, c’est la pièce de Lenz, les Soldats, pour laquelle il reçoit le Prix des jeunes compagnies. Viennent ensuite la rencontre avec Giorgio Strehler qu’il vénère et son Piccolo de Milan où il présente Lulu de Wedekind, qui reçoit un triomphe. Roger Planchon le fait revenir en France au TNP de Villeurbanne. Quand Jack Lang, ministre de la Culture, lui propose un théâtre, il choisit les Amandiers de Nanterre pour être au plus près des vrais gens.

    Il y présente des œuvres de Bernard-Marie Koltès. Peu enclin aux pièces contemporaines, il fait véritablement découvrir ce dramaturge, l’un des plus inspirés de l’époque. Il montera Combat de négre et de chiens, Quai Ouest puis Dans la solitude des champs de coton qu’il reprendra plusieurs fois, au milieu des années 1990 au théâtre d’Ivry, en jouant lui-même aux côtés de l’un de ses comédiens préférés, Pascal Greggory. Comédien, Chéreau l’a été fort peu au théâtre, préférant dire des textes seul en scène, comme cet été encore, clôturant le festival d’Avignon avec une œuvre de Pierre Guyotat.

    Au cinéma il a aimé être des deux côtés de la caméra. Acteur, il est Camille Desmoulins dans le Danton de Wajda, Bonaparte dans le film de Youssef Chahine ou encore Montcalm dans le Dernier des Mohicans de Michael Mann.

    Il s’investit davantage comme réalisateur dans la Chair et l’orchidée avec Charlotte Rampling, l’Homme blessé, Judith Therpauve avec Simone Signoret, Ceux qui m’aiment prendront le train où il donne un splendide rôle à Jean-Louis Trintignant. Son vrai succès public est la Reine Margot avec Isabelle Adjani couronné à Cannes. Il rêvera toujours d’un Napoléon à Sainte-Hélène avec Al Pacino dans le rôle de l’empereur. Faute de financement, le projet n’aboutira jamais.

    Qu’est-ce que l’art de Chéreau ? Comment communiquait-il ces frissons que l’on ressentait en regardant Gérard Desarthe dans un Hamlet inégalé à Avignon ou encore une Phèdre de Racine interprétée par Dominique Blanc en 2003 ? Une manière de travailler les voix et les corps de ses comédiens, un peu à la manière d’un plasticien. Cela n’est pas dû au hasard, sa mère était dessinatrice et son père peintre. Chéreau fuyait comme la peste les voix ronronnantes.

    Bien avant le début des répétitions sur le plateau, il faisait lire aux acteurs – et aux chanteurs des opéras – leur texte autour d’une table : du mot à mot jusqu’à ce que chacun livre ce qu’il avait au fond de lui-même. Ensuite, sur scène, il était au plus près de ses comédiens comme une ombre d’eux mêmes, cherchant la faille d’où faire jaillir, le plus précieux, l’émotion. Jusqu’à l’incandescence.




    Le 09/10/2013
    Nicole DUAULT




      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com