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CHRONIQUES
05 juillet 2020

Jon Vickers,
le colosse aux mille nuances

© Reuters

Le ténor Jon Vickers, qu’on croyait immortel, vient de disparaître le 10 juillet, dans sa quatre-vingt-huitième année. Chanteur colossal au timbre si particulier, reconnaissable entre mille, il appartenait à la génération des monstres sacrés de l’après-guerre, sachant imprimer à chaque partition, à chaque rôle, une empreinte indélébile.
 

Le 13/07/2015
GĂ©rard MANNONI
 



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  • Quel tĂ©nor aura chantĂ© pareil rĂ©pertoire Ă  pareil niveau avec de telles partenaires ? Heldentenor, certes, mais capable aussi d’aborder le rĂ©pertoire italien et français avec la plus absolue finesse, de donner une interprĂ©tation mythique du Voyage d’hiver de Schubert. NĂ© au Canada en 1926, il fit ses Ă©tudes musicales Ă  Toronto et fut engagĂ© dans la troupe de Covent Garden en 1957. L’annĂ©e suivante, il dĂ©butait dĂ©jĂ  Ă  Bayreuth dans le rĂ´le de Siegmund, personnage qu’il n’aima jamais vraiment, le trouvant trop paĂŻen, mais qu’il chanta et enregistra beaucoup. De mĂŞme, il refusa longtemps de chanter TannhaĂĽser, un rĂ´le contraire Ă  ses convictions religieuses. Il chanta tous les grands Wagner dont Tristan, souvenir d’une soirĂ©e immortelle aux ChorĂ©gries d’Orange aux cĂ´tĂ©s de Birgit Nilsson le 7 juillet 1973, tous les grands Verdi, dont Otello qui fut l’un de ses rĂ´les fĂ©tiches, notamment aux cĂ´tĂ©s de Mirella Freni, Pollione aussi avec Monserrat Caballe Ă  Orange encore, les grands rĂ´les hĂ©roĂŻques français : ÉnĂ©e, Samson, Radames face Ă  Leontyne Price, Don JosĂ© pour Grace Bumbry.

    Si l’on voulait dresser la liste complète de ses interprétations, ce serait le répertoire des plus illustres théâtres, chefs et cantatrices des années 1960, période particulièrement glorieuse dans l’histoire lyrique du XXe siècle. Tout le monde n’aimait pas sa voix, pas vraiment italienne, ni française, ni germanique, mais personnelle, menée de façon magistrale et la reconnaissance de son art du chant en tous domaines était universelle. Extraordinairement musicien, très intelligent, plus chanteur qu’acteur, il avait une présence scénique particulière, costaud et massif sans être gros.

    Qui pourra oublier ce Couronnement de Poppée de l’Opéra de Paris, avec une distribution à pousser au suicide tous les baroqueux mais restée dans les annales du monde lyrique, aux côtés de Nicolaï Ghiaurov, Christa Ludwig, Gwyneth Jones. Il remit à l’honneur les Troyens de Berlioz sur les scènes lyriques, et tant d’autres personnages aussi. Un cas à part, un extra-terrestre dont chacune de ses apparitions (il donna 277 représentations au Met en 17 rôles) est restée comme unique dans les mémoires, que ce soit en concert aux côtés de Jones débutante au Théâtre des Champs-Élysées, de Nilsson ou de Caballe dans la nuit féérique d’Orange, moments uniques que l’on savait ne jamais revivre à ce niveau. Il laisse heureusement beaucoup d’enregistrements et un certain nombre de vidéos. Il faut s’y référer, car c’est une leçon à tous égards pour les générations actuelles.




    Le 13/07/2015
    GĂ©rard MANNONI




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