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CHRONIQUES
19 août 2018

Un Boulez moins connu

Au milieu des hommages officiels rendus à Pierre Boulez, Altamusica a voulu donner la parole à Gérard Mannoni, qui évoque quelques souvenirs sur l’homme, si éloigné du prétendu tyran qu’il aurait été au sommet de sa gloire. Ou comment présenter un visage moins connu, plus personnel, d’un artiste qui aura marqué la seconde moitié du XXe siècle comme peu d’autres.
 

Le 07/01/2016
Gérard MANNONI
 



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  • Dans notre métier de journaliste, nous avons la grande chance de rencontrer et parfois de connaître plus intimement les plus grands artistes et créateurs de notre temps. Critique musical à Combat puis au Quotidien de Paris et producteur à Radio France pendant de nombreuses années, j’ai eu le privilège d’interviewer à maintes reprises Pierre Boulez, aussi bien au moment de la création de l’IRCAM qu’à Bayreuth pendant les mythiques Ring du centenaire.

    J’ai entendu une collègue déclarer l’autre jour à la radio qu’il voulait qu’on l’appelle maître. Rien de plus faux. Boulez était dans les rapports professionnels et humains la personne la plus simple et la plus cordiale de la terre. L’interviewer était un rêve ! Son accueil était amical, convivial. Sa pensée était d’une clarté absolue, son français d’une égale perfection.

    Et même s’il avait l’habitude de vous répondre en partant très en amont de votre question, ce qui perturbait toujours un peu, on se rendait vite compte que cela relevait d’une logique globale rendant sa réponse encore plus cohérente et compréhensible. Il n’y avait quasiment pas un mot à modifier dans la transcription de ses propos. Rien n’était abscons ni trop abstrait, ni hors de la portée d’un lecteur standard de journal quotidien.

    Jamais il n’y avait la moindre difficulté à obtenir un rendez-vous. Pendant une des Tétralogies de Bayreuth, je demandai via le bureau de presse à le rencontrer. Sa réponse : « Quand il voudra ». Je précisai alors que c’était plutôt à lui de choisir qu’à moi. « Alors, pendant le premier entracte de Siegfried  ». On sait qu’à Bayreuth les entractes durent une heure. En sa présence, je le remerciai d’être si disponible et m’étonnai que ça ne le gêne pas de donner une interview pendant un spectacle aussi lourd. Sa réponse m’a beaucoup impressionné : « J’ai préféré le premier entracte, car le deuxième acte de Siegfried ne pose aucun problème. Le troisième peut être un plus compliqué  ». Aucun problème pour diriger le deuxième acte de Siegfried… j’aurais dû m’en douter !

    J’ai eu aussi la chance de connaître un Boulez plus intime, hors de tout contexte journalistique, au cours d’un déjeuner amical. Il se trouve que l’oncle de ma femme, Jacques Cazauran, contrebasse solo pendant de longues années de l’Orchestre de Paris, avait fait partie des musiciens rassemblés par Boulez au Domaine Musical dès 1954, tout comme Luben Yordanoff, violon solo de l’Orchestre. Nous habitions, Bougival, les Yordanoff Chatou et nous nous voyions souvent avec les Cazauran notamment. Un jour, alors que Daniel Barenboïm était directeur musical de l’Orchestre de Paris, les Yordanoff eurent l’idée de nous réunir avec Boulez, les Cazauran et Barenboïm pour un déjeuner informel chez eux, dans leur ravissante villa.

    J’y ai découvert un Boulez et un Barenboïm aussi amicaux que drôles, pleins d’humour, adorant raconter des histoires cocasses de musiciens. Nous avons beaucoup ri. J’ai même blagué avec Boulez sur ses « dérives » qui le poussaient à diriger des œuvres de plus en plus romantiques et parié avec lui qu’il finirait avec le Concerto pour piano de Tchaïkovski. J’ai perdu mon pari, mais j’ai gardé intact le souvenir de ces moments privilégiés passés avec ces incroyables musiciens.

    Je n’ai pas revu Boulez ces dernières années. Nous nous sommes croisés à l’entrée du Châtelet il y a… quatre, cinq ans ? J’ai retrouvé avec un immense plaisir sa ferme poignée de main et son sourire rayonnant, comme si nous nous étions quittés la veille. Si sa musique est restée pour moi parfois hermétique, la rencontre avec l’homme aura été l’une des plus lumineuses de ma vie professionnelle.




    Le 07/01/2016
    Gérard MANNONI




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