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CHRONIQUES
20 août 2018

Denise Duval,
l’égérie de Francis Poulenc

À 94 ans, elle vient de s’en aller vers l’Olympe des chanteuses, assez oubliée il faut le reconnaître. Ravissante femme, jolie voix, remarquable comédienne, elle a incarné les meilleures qualités d’un certain chant français alors à son apogée. Disques et vidéos permettent à une génération qui n’a pu l’applaudir sur scène de se faire une idée de son art.
 

Le 28/01/2016
Gérard MANNONI
 



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  • Silhouette frêle, yeux immenses et voix d’une limpidité bouleversante, Denise Duval était une sorte de miracle de grâce scénique. Née à Paris, elle avait débuté au Grand Théâtre de Bordeaux avant de regagner la capitale où son charme, sa délicate féminité et une voix dont les moyens d’étaient pas a priori illimités, la menèrent d’abord aux Folies Bergère.

    C’est là que Georges Hirsch, alors administrateur général de ce qui était encore les Théâtres Lyriques Nationaux regroupant l’Opéra et l’Opéra Comique, la vit et comprit qu’elle avait mieux à faire qu’une carrière de meneuse de revue. Il l’engagea en 1947 pour chanter Puccini salle Favart, lieu mieux adapté aux moyens de jeunes chanteuses dans ce type de répertoire que le grand vaisseau du Palais Garnier. Elle fut certes Butterfly et Tosca, en français comme cela se pratiquait alors en France, mais Musette dans la Bohème lui convenait mieux.

    Ce n’est d’ailleurs pas comme soprano vériste qu’elle allait faire son chemin. Le répertoire italien commençait alors à être l’apanage des Callas et Tebaldi, autres natures de voix, tempéraments de grands monstres sacrés. L’art de Denise Duval n’était nullement inférieur, mais simplement autre. Et c’est en très grande partie en défendant la musique française qu’elle s’imposa et qu’elle marqua tout un répertoire lui aussi en partie oublié maintenant. Elle fut aussi dans les années 1950 une délicieuse Papagena, toujours en français, au Palais Garnier, aux côtés de Pierre Germain, Janine Micheau, Mado Robin, et Nicolaï Gedda. Un rêve de finesse, d’esprit et de légèreté, avec cette voix de cristal pur, délicat, tellement clair !

    Si elle devint à partir de 1947 l’interprète qui inspira le plus Francis Poulenc en créant les Mamelles de Tirésias, elle eut de grands succès aussi pendant ces années de pleine carrière, avec Angélique de Jacques Ibert, la Périchole du Carrosse du Saint-Sacrement d’Henri Büsser, Concepción de l’Heure espagnole de Ravel, Alexina du Roi malgré lui de Chabrier, Emma Bovary de Madame Bovary d’Emmanuel Bondeville, Giulietta dans les Contes d’Hoffmann.

    Après les Mamelles de Tirésias, rôle exigeant beaucoup d’esprit, d’abattage et de joie de vivre, elle devint à juste titre ce que l’on appellerait aujourd’hui l’icône du répertoire que créa Francis Poulenc jusqu’à sa mort en 1963. Il suffit de se rappeler la distribution l’entourant quand elle créa Blanche de la Force dans Dialogues des Carmélites en 1958. Denise Scharley était Madame de Croissy, Régine Crespin Madame Lidoine, Rita Gorr Mère Marie, Liliane Berton sœur Constance. Les voix féminines françaises les plus prestigieuses de l’époque.

    Son apparente fragilité, la pureté éblouissante de sa voix, une diction d’une perfection totale ont à jamais marqué ce rôle de Blanche dont elle est toujours la référence absolue. Comme elle est restée celle également de la Femme de la Voix humaine, créée en 1958 sur le texte de Cocteau. Là encore, cette voix qui n’était pas gigantesque y atteignait une force expressive fabuleuse par sa projection dramatique et la puissance de son élocution tout comme celle de son incarnation scénique. Il y eut encore, en 1960, le cycle de mélodies la Courte paille, sur des poèmes de Maurice Carême et 1961, la Dame de Monte-Carlo, de nouveau sur un texte de Cocteau. Elle abandonna la scène en 1965 après avoir accidentellement perdu sa voix et vécut ensuite en Suisse où elle vient de disparaître.

    Pendant une période où le meilleur voisinait avec le pire, Denise Duval permit au chant français, fondé sur la qualité d’une émission respectant la clarté de l’élocution, de garder ses lettres de noblesses. Ceux qui l’ont vue, garderont d’elle le souvenir de cette spirituelle parisienne type, aussi convaincante dans le rire que dans les larmes, vive comme un farfadet, sourire éclatant et yeux de stars. Une grande cantatrice ? Certes, mais surtout une personnalité musicale et théâtrale hors du commun, lumineuse, attachante.




    Le 28/01/2016
    Gérard MANNONI




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