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CHRONIQUES
18 juin 2019

Pierre Henry,
immortel pour les temps futurs

© Lea Crespi

Le compositeur Pierre Henry, père de la musique concrète et électroacoustique aux côtés de son compère Pierre Schaeffer dans les années 1950, auteur de la célèbre Messe pour le temps présent, vient de s’éteindre à Paris à l’âge de 89 ans. Dans sa production, on retiendra notamment sa collaboration avec Maurice Béjart, pour lequel il signa treize musiques de ballet.
 

Le 07/07/2017
GĂ©rard MANNONI
 



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  • Il fut Ă  la fois un pionnier de gĂ©nie et une cĂ©lĂ©britĂ©, en partie, il faut le reconnaĂ®tre, grâce Ă  sa collaboration avec Maurice BĂ©jart, tout en restant un peu marginal dans la vie musicale de notre Ă©poque. Un parcours hors du commun, qui a ouvert des horizons aussi vastes que multiples au rapport du XXe siècle avec le son, avec la musique, rĂ©volution encore plus hardie et radicale que celle de Pierre Boulez et de sa suprĂ©matie du dodĂ©caphonisme.

    BĂ©jart a très bien exprimĂ© ce qu’a reprĂ©sentĂ© pour lui la rencontre avec Pierre Henry, se faisant le porte-parole de toute une gĂ©nĂ©ration : « Mon langage chorĂ©graphique propre, je l’ai trouvĂ© assez tard, au milieu des annĂ©es cinquante, avec la dĂ©couverte de la musique concrète. Avant, c’était des balbutiements, rien de très intĂ©ressant… La première fois que je me suis vraiment trouvĂ©, c’est grâce Ă  Pierre Henry et Pierre Schaeffer. Il y a eu une nouvelle manière d’écouter, un dĂ©crassement de l’oreille, un nouvel ajustement du temps. Â»

    BĂ©jart reviendra, en parlant de la dĂ©couverte du Marteau sans maĂ®tre de Boulez, sur ce « dĂ©crassement de l’oreille Â», considĂ©rant que notre culture qui nous nourrit d’abord de musique classique, nous conduit Ă  une sorte de routine de confort, inconsciente… et qu’il est bon de rĂ©veiller. Prouvant que musique et rythme peuvent naĂ®tre de n’importe quel objet, de n’importe quelle association de sons naturels ou provoquĂ©s, c’est toute cette logique culturelle que Pierre Henry a remise en cause et appliquĂ©e dans une Ĺ“uvre abondante, variĂ©e, fondatrice.

    Pour Béjart, il fit la musique de treize ballets, dont certains des plus illustres restent Symphonie pour un homme seul (1949-1950), fait avec Pierre Schaeffer, Orphée, toujours avec Schaeffer, la Reine verte où Béjart mettait en scène Maria Casares, et Messe pour le temps présent de 1967, avec Michel Colombier, permettant à Béjart une création de très grande ampleur dans la cour du Palais des Papes au festival d’Avignon, marquant la vraie entrée de la danse dans ce lieu et ce festival. Il y eut tant d’autres œuvres ambitieuses par la suite, sans Béjart, avec des titres impressionnants, comme Dieu, d’après Victor Hugo (1977), la Dixième Symphonie de Beethoven (1986), Un monde lacéré, dédié à Jacques Villégié en 2008, pour ne citer que quelques titres.

    J’ai eu le privilège d’aller interviewer Pierre Henry une fois chez lui dans son bureau-laboratoire-atelier. Je pense que c’était au moment de la création de la Dixième Symphonie de Beethoven. Je garde le souvenir d’un homme très affable, très souriant, très disert, mais aussi très savant et je dois avouer que je n’ai pas tout compris ni encore moins retenu ce qu’il m’expliqua alors. Le lieu était étonnant, vaste et surtout encombré d’une multitude d’appareils plus bizarres les uns que les autres, un peu comme l’antre d’un savant fou ou d’un professeur Nimbus en activité.

    Très impressionnant, au demeurant, avec la constatation qu’une fois encore, les plus grands créateurs, ceux qui comptent vraiment, vous laissent d’une rencontre avec eux, d’abord le souvenir d’un être humain exceptionnel, parfois pittoresque, toujours absolument unique.




    Le 07/07/2017
    GĂ©rard MANNONI




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