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CHRONIQUES
26 juin 2019

Le géant terrassé

Physique et voix hors normes, avec sa stature d’athlète, son épaisse chevelure prématurément blanche, le regard éclatant, le rire facile, Dmitri Hvorostovski semblait indestructible. Le baryton russe, dans sa cinquante-cinquième année, vient de succomber à une tumeur au cerveau contre laquelle il luttait depuis 2015 avec un immense courage.
 

Le 22/11/2017
GĂ©rard MANNONI
 



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  • Baryton puissant au timbre sombre de basse, comme beaucoup de ses confrères venus de l’Est, il fut impĂ©rial dans le rĂ©pertoire russe, superbe dans bien des rĂ´les de Verdi et mĂŞme de Mozart, tout comme dans la mĂ©lodie et mĂŞme les chansons populaires de son pays. CommencĂ©e derrière le rideau de fer en 1980, sa carrière, telle celle de bien d’autres artistes soviĂ©tiques, prit une dimension internationale en 1989, après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du rĂ©gime communiste pur et dur. Le Premier prix du concours de Cardiff lui ouvre cette annĂ©e-lĂ  les portes des grands théâtres lyrique occidentaux. Il y paraĂ®t dĂ©sormais dans les premiers rĂ´les graves des rĂ©pertoires russes et italiens, partenaire attitrĂ© des gloires du moment, les Fleming, Guryakova, Netrebko, Alagna, Kaufmann et mĂŞme Pavarotti en dĂ©but de cette vaste carrière internationale.

    On a parfois discuté sa qualité de vrai baryton verdi, car ce timbre d’un métal bien particulier ne s’accordait pas forcément aussi impérieusement à tous les personnages, convenant mieux par exemple au Comte de Luna du Trouvère qu’au Rodrigo de Don Carlo. Mais que ce soit dans les opéras de Tchaïkovski ou de Glinka et de Rachmaninov, par exemple, ainsi que dans leurs mélodies, la puissance de sa voix, son sens du drame et sa prestance physique étaient impérieux. Il s’amusa à enregistrer, outre ses grands rôles traditionnels, des airs populaires que l’on entendait à la radio soviétique, témoins de toute une époque et quasiment de toute une civilisation, surtout pour ceux qui connurent la Russie soviétique.

    Il avait, en interview, ce comportement caractéristique des bien des artistes russes ; à savoir une certaine timidité, une certaine réserve en début de conversation, puis une décontraction amicale, chaleureuse dès qu’il se sentait en confiance. Quand je le rencontrai pour la deuxième fois, j’avais entre temps entrepris, non sans beaucoup de mal, à m’initier à la langue russe. J’essayai avec lui quelques bribes de mon savoir, ce qui lui causa un irrépressible fou-rire : « Il y a encore du travail à faire  » conclut-il quand il put reprendre son sérieux. Paris l’a accueilli plusieurs fois, à l’Opéra Bastille et au Théâtre du Châtelet, mais c’est à l’Opéra de Nice qu’il avait fait ses débuts en France, en 1989, dans la Dame de Pique, où Martha Mödl chantait la Comtesse, rencontre de deux générations d’illustrissimes interprètes, d’une carrière naissante et d’une autre brillant de ses tous derniers feux.

    Il s’est battu contre la maladie avec un courage colossal, revenant sur scène entre diffĂ©rentes phases de traitement. Il Ă©tait encore prĂ©sent en rĂ©cital sur la scène du Châtelet voici tout juste un an. Ignorant la maladie dont il Ă©tait dĂ©jĂ  atteint, j’écrivais alors dans ces colonnes Ă  propos de ce programme de mĂ©lodies russes : « Il faut avant tout reconnaĂ®tre et saluer ces moyens exceptionnels qui sont aujourd’hui Ă  leur apogĂ©e. Avec ce timbre riche et cette puissance Ă  dĂ©crocher les lustres, le grand baryton russe force l’admiration… Â» Était-ce un pressentiment, une annonce ? Il terminait en dernier bis avec le Credo de Iago dans l’Otello de Verdi… La morte è il nulla.




    Le 22/11/2017
    GĂ©rard MANNONI




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