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CHRONIQUES
23 septembre 2018

Mortagne 2018 (1) :
Originalité et talents

© Neo Tony Lee

Les traditionnelles Musicales de Mortagne et du Perche en sont déjà à leur deuxième week-end, autour du clavicorde de Jean-Luc Ho et de l’ensemble Ouranos. Même si leur équilibre géographique est un peu plus axé désormais sur Bellême que sur Mortagne, la qualité de la programmation attire toujours un public enthousiaste dans les plus beaux lieux de la région.
 

Le 01/07/2018
Gérard MANNONI
 



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  • Après avoir accueilli les 23 et 24 juin l’ensemble Les Basses réunies puis le pianiste François Dumont dans les églises de Mortagne et de Tourouvre pour des programmes variés mais dont l’axe est cette année Jean-Sébastien Bach, c’est dans le grand salon du si beau château du Tertre, qui fut celui de Roger Martin du Gard, aux confins de la forêt de Bellême, que se déroulait le très original récital de Jean-Luc Ho au clavicorde. Ancêtre de tous les instruments à touches, donc aussi bien du clavecin que du Steinway de concert, ce très discret petit clavier jadis voué aux soirées intimes des salons, est une vraie curiosité tant par la discrétion de ses sonorités si fragiles que par leur qualité et leur raffinement.

    Même en intérieur, car le grand salon du Tertre est vraiment grand, il faut que la centaine d‘auditeurs réunis tendent l’oreille pour percevoir toutes les subtilités de l’interprétation de Jean-Luc Ho dans ce programme voué à Bach et à sa famille Jean-Sébastien, Wilhelm Friedemann, Carl Philipp Emanuel, même le grand oncle Heinrich et le maître Georg Böhm nous ramènent dans un monde musical tout de finesse, d’intelligence, où effectivement le bruit n’a pas sa place, où il faut aller vers la musique pour qu’elle vous parle.

    L’auditeur doit faire sa part de chemin vers l’interprète et ce qu’il nous dit, à l’opposé des avalanches sonores à la mode qui s’imposent si souvent aujourd’hui dans un certain monde dit musical et sont de véritables agressions. À chacun la liberté de prendre son plaisir où il le trouve, mais cette expérience établit un contact nouveau, différent, avec des pages que l’on pensait connaître, sur lesquelles on ne croyait plus rien avoir à apprendre. Une manière rare de nous murmurer à l’oreille ces messages si bien pensés, structurés, bâtis, inspirés. Jean-Luc Ho en est le truchement idéal, toucher de fée, analyse de savant.

    Expérience très différente le lendemain en l’église de Bellême avec l’Ensemble Ouranos : clarinette, cor, flûte, hautbois, basson. Que cinq jeunes instrumentistes à l’évidence très doués aient envie de jouer ensemble, quoi de plus légitime ? Qu’ils forment un ensemble et se produisent en concert, quoi de plus normal ? Mais pourtant, là où le bât blesse quelque peu, c’est que forcément, pareil ensemble n’a pas de répertoire propre.

    Alors il y a des arrangements, ou transpositions comme cela se disait aussi beaucoup à l’époque romantique. Et là, il faut bien admettre que cela fonctionne plus ou moins bien. Transposer un Lied de Schubert pour piano seul comme le faisait Liszt ne pose guère de problème. Transposer un prélude et une fugue du Clavier bien tempéré ou des extraits du Tombeau de Couperin de Ravel pour clarinette, cor, flûte, hautbois et basson, voilà une tout autre affaire.

    Passe pour les pages de Reicha et l’arioso d’une cantate de Bach, mais avouons qu’avec le Clavier bien tempéré ou Ravel, une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Cela ne met pas en cause le talent incontestable des interprètes, superbes instrumentistes, mais tout simplement la nature d’une musique dont l’écriture initiale perd toute signification récupérée de cette manière. Les thèmes se perdent dans la nature, les structures deviennent confuses.

    Des pièces de Ligeti à l’origine pour piano passent en revanche le cap avec éclat. C’est brillant et convaincant. On est en droit d’être plus sceptique pour le reste, même si la Habanera de Carmen, donnée en bis, ne manque pas de culot ! De la belle musique, certes, dans son ensemble, de beaux musiciens, mais quand même un programme discutable dans sa conception. Pourquoi ne pas jouer plutôt la carte de la création ? Il doit bien y avoir des contemporains de ces musiciens, pourquoi pas aussi des copains de conservatoire, qui pourraient s’y mettre ! Ce serait bien plus excitant.

    Le troisième et dernier week-end des Musicales 2018 accueillera les 7 et 8 juillet le Trio Talweg et les pianistes Hervé Billaut et Guillaume Coppola à quatre mains et à deux pianos.




    30 juin, Château du Tertre, Sérigny :
    Jean-Sébastien Bach et la famille Bach
    Jean-Luc Ho, clavicorde
    1er juillet, Église Saint-Sauveur, Bellême :
    Reicha, Ligeti, Bach, Ravel
    Ensemble Ouranos




    Le 01/07/2018
    Gérard MANNONI




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