












|
 |
CRITIQUES DE CONCERTS |
31 aoűt 2025 |
 |
Alors que Salzbourg fait la part belle au Regietheater, ce n’est sans doute pas un hasard si l’unique production classique du cru 2011 est justement celle qui fait courir les foules : bien avant l’ouverture de la manifestation, toutes les places pour les huit représentations du Macbeth de Verdi étaient déjà vendues, et avant chaque spectacle, des dizaines de personnes recherchaient en vain un précieux billet totalement introuvable.
La popularité de Verdi et même celle de Riccardo Muti, célébrant le quarantième anniversaire de ses débuts in loco (Don Pasquale qui avait révélé, en 1971, un irrésistible tout jeune chef d’à peine trente ans), n’expliquant pas entièrement un tel engouement. Il est vrai cependant que le maestro a surpris ses fidèles en annonçant qu’il dirigeait pour la dernière fois un opéra à Salzbourg, rendant ses Macbeth encore plus incontournables.
Ses affinités avec la Philharmonie de Vienne – comme avec Verdi – permettent d’obtenir des sonorités et une richesse de couleurs incomparables : souple, nerveux et fougueux comme un pur sang, aérien comme un papillon, l’orchestre est flamboyant : quel été pour les Wiener après la Femme sans ombre de Thielemann ! On est à la fête, d’autant que les chœurs sont, eux aussi superlatifs.
Muti nous gratifie même de la musique du ballet donnée en intermède avant le III. En revanche, il nous prive du réjouissant final de la version révisée, préférant l’arioso de Macbeth mourant pour l’original de 1847 à l’hymne de Victoire dans la mouture parisienne de 1865.

Sans ĂŞtre vraiment exceptionnel, le plateau rend justice Ă la partition, mĂŞme si le Macbeth certes musical et raffinĂ© de Ĺ˝eljko Lučić manque d’impact, de relief et de prĂ©sence. Dmitry Belosselskiy est un Banquo impeccable et Giuseppe Filianoti ne déçoit pas dans le cĂ©lèbre air de Macduff. La trop courte intervention du Malcolm d’Antonio Poli ne passe pas inaperçue : pour lui, on regrette de ne pas entendre le final parisien.
Sans se hisser au niveau vocal et dramatique des grandes Lady de l’après-Callas (Rysanek, Verrett, Bumbry), la belle soprano russe Tatiana Serjan possède la vraie pointure vocale du rôle, un aigu incisif et une technique qui lui permet de respecter toutes les nuances de la partition. On est impressionné par sa scène de somnambulisme achevée par un contre-réb pianissimo dont peu de cantatrices sont capables.
Quant à la production de Peter Stein, qui utilise admirablement le décor naturel du Manège des rochers, elle tranche avec les relectures de tous les autres opéras programmés cet été par son classicisme respectueux de l’œuvre sans pour autant tomber dans la banalité ou l’anecdotique.
Les apparitions des sorcières, la scène du banquet avec le fantôme de Banquo, le traitement des foules, des batailles, les relations du couple maudit portent la signature d’un homme de théâtre véritable et d’un esthète allergique à la laideur et à la vulgarité.
Curieusement, Stein est toujours plus novateur, plus surprenant, dans ses mises en scène théâtrales que dans l’opéra où sa direction d’acteurs reste relativement superficielle, comme s’il n’osait bousculer ou déranger les chanteurs. Néanmoins, en osmose avec Muti, le spectacle enchante un public qui ne ménage pas son enthousiasme.
|  | |
|  |  |
|