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CRITIQUES DE CONCERTS |
31 aoűt 2025 |
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Pianissimo des basses et des timbales. Chant des flûtes. Clarinette désinvolte. Pizzicati des violons. Tous suscitent une ambiance mystérieuse. Suspense et crescendo effrayant. Musique désarticulée. Émergence d’un bois, prince de toute beauté. Entouré des cordes basses, il hésite. Précision de chaque intention. Les pupitres fusionnent, l’entraînent. Le prince de bois s’anime.
De toute son expressivité heurtée il aime, il ose, il souffre, se grise, délire. Ivresse. Les instruments se déchirent et s’étreignent, se défient et s’empoignent. Sous la direction d’Esa-Pekkka Salonen, le Philharmonia atteint à une perfection ne laissant rien dans l’ombre. La rythmique saccadée du pantin resplendit de couleurs, sa vie rayonne d’émotions. Spectaculaire, le ballet composé par Béla Bartók déroule sa féerie jusqu’à son terme. Ou l’aventure d’un Prince de bois palpitant.
Dernière œuvre du compositeur, le Concerto pour piano n° 3 dégage une sérénité à laquelle Nikolaï Lugansky s’est sagement intégré. La virtuosité du pianiste, brillante, irréprochable, reste à la surface du clavier. Elle se contente de donner tout à entendre des lignes d’une grande pureté de la partition dans un premier mouvement un peu pâlot.
À l’image d’un physique séduisant, le jeu charme, plaît et brille, mais il ne pénètre pas l’intimité du compositeur. L’Adagio religioso, limpide, très lent, demeure d’une retenue bien élevée. C’est l’orchestre qui, sans couvrir le soliste, suggère la méditation de la partition et l’habite d’une recherche austère.
Heureusement, l’Allegro vivace final offre sa vitalité syncopée et ses accords impératifs à l’éblouissante agilité du pianiste qui peut alors éblouir sans réserve et conclure en beauté une œuvre dont il a lissé le caractère.
Murmure des cordes. Bruissement des cuivres. Interrogation des bois. Crescendo accéléré de ces instruments magiques. À leur tête, Esa-Pekka Salonen semble aspirer la musique de tout son corps pour mieux les en féconder. Le Concerto pour orchestre de Bartók allume ses feux sur tous les pupitres-solistes – et quels solistes !
L’éclat et la sobriété, l’urgence et la précision magnifient les élans. Rien n’est excessif, tout est incandescent dans la vitalité des sonorités, ici sensuelles entre les couples d’instruments à vent du Giuco delle coppie, là diaprées et/ou morbides dans l’Elegia, sonorités timbrant avec la même expressivité les railleries de l’Intermezzo interroto, sa polka provocante, narquoise, les danses du Finale et leur tourbillon hallucinant.
Sonorités inouïes vécues par des musiciens magnifiquement individualisés et glorieusement fusionnés. Cependant que le public grisé de cette perfection orchestrale, abasourdi d’admiration, en perd le souffle.
En conclusion du cycle Bartók initié par Salonen avec le Philharmonia, dont il est le chef principal, ce concert a marqué une énième apothéose de leur intimité avec le compositeur hongrois.
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Théâtre des Champs-Élysées, Paris Le 25/06/2012 Claude HELLEU |
 | Fin du cycle Bartók du Philharmonia Orchestra sous la direction d’Esa-Pekka Salonen, avec la participation du pianiste Nikolaï Lugansky au Théâtre des Champs-Élysées, Paris. | Béla Bartók (1881-1945)
Le Prince de bois, suite d’orchestre op. 13
Concerto pour piano et orchestre n° 3
NikolaĂŻ Lugansky, piano
Concerto pour orchestre
Philharmonia Orchestra
direction : Esa-Pekka Salonen |  |
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