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CRITIQUES DE CONCERTS |
01 novembre 2024 |
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Nouvelle production du Vaisseau fantôme de Wagner dans une mise en scène de Tatjana Gürbaca et sous la direction de Cornelius Meister à l’Opéra des Flandres.
Songe d’une nuit d’automne
Dans une mise en scène aux multiples idées parfois mal coordonnées, le nouveau Vaisseau fantôme de l’Opéra des Flandres trouve une distribution homogène et surtout un soutien en fosse grâce au jeune chef allemand Cornelius Meister. Sous sa baguette, la partition du premier opéra de maturité de Wagner montre encore tout ce qu’elle doit à Mendelssohn et Weber.
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Complicité artistique
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Hommage au réalisme poétique
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Après avoir mis en scène Parsifal pour l’Opéra des Flandres en 2013 et avant Lohengrin en décembre à l’Aalto Theater d’Essen, Tatjana Gürbaca revient au Vaisseau fantôme de Wagner avec une mise en scène radicalement différente de celle proposée en 2008 à la Deutsche Oper Berlin. Aujourd’hui sur la scène de Gand après Anvers, l’unique décor d’Henrik Ahr présente une scène dorée rectangulaire servant à limiter les gestes des protagonistes, filmés du dessus par une caméra renvoyant l’image au plafond.
De cette lecture moderne ressortent de bonnes idées, pour la plupart pas tout à fait neuves, rappelant souvent d’autres metteurs en scène. Au I, Senta arrive en robe de mariée pour laquelle vont se battre les choristes en y accrochant des billets de banque, peine perdue face aux liasses déployées par le Hollandais. On retrouve donc l’idée d’une fille vendue par son père, comme chez Alex Ollé. Autre exemple, les croix chrétiennes sont portées par tous sauf le Hollandais, ramenant ce dernier au mythe du juif errant qui aurait inspiré Wagner pour ce personnage et de nombreuses productions, alors que dans sa proposition précédente, Gürbaca avait utilisé pour ce rôle la pelisse de Dead Man.
Tous jouent en outre avec un liquide noir qui finira par couler dans le cadre d’or ainsi que sur la vidéo du plafond, à l’image des nombreux travaux de Romeo Castellucci et Michael Thalheimer, mais amené ici sans réel fil conducteur. On oublie donc l’originalité et la cohésion d’ensemble pour se concentrer sur la dramaturgie, efficace pour rendre les sentiments des personnages comme nous les comprenons aujourd’hui et particulièrement bien traduite par l’implication sans faille des chanteurs et des choristes.
Du plateau ressort une homogénéité qui ne cache pas les faiblesses de chacun et ne fait ressortir aucun artiste particulièrement, même si le Daland de Dmitry Ulyanov semble le plus complet dans la clarté de la projection, la diction et la qualité globale du chant. Il répond au Hollandais de Markus Marquardt remplaçant Ian Paterson annoncé souffrant. Le chanteur en troupe à Dresde livre une prestation assez similaire à celle de 2015 mais profite de la plus petite scène des Flandres pour développer une meilleure qualité d’émission, sans combler pour autant le manque de noirceur dans les graves.
Ladislav Elgr tient un bel Erik sans rendre le texte avec prĂ©cision ni jouer trop dans l’aigu, mĂŞme lorsqu’il tente de charmer la jolie Senta de Liene Kinča, elle aussi dynamique et engagĂ©e, mais en difficultĂ© dans la Ballade et dans la scène finale pour couvrir l’ampleur de la partition. Les seconds rĂ´les ravissent eux-aussi sans marquer, le Steuermann d’Adam Smith chantant plus Dutch que Deutsch et la Mary de Raehann Bryce-Davis avec une pointe d’aigreur, tandis que le chĹ“ur montre un engagement scĂ©nique sans faille et une vĂ©ritable ferveur vocale.
Point fort de cette production, la fosse profite du jeune Cornelius Meister, qui réussit à faire ressortir comme personne la filiation du leitmotiv de l’océan avec la coda de l’Andante con moto de la Symphonie Écossaise, et parvient dans le premier opéra validé du maître, joué ici dans la version révisée de 1863, à ramener l’œuvre à l’époque de Mendelssohn. Les sonorités sont donc claires et aérées et utilisent des appuis qui doivent encore à Mozart dans l’imbrication des thèmes et la gestion de la polyphonie.
Ce plaisir de deux heures quinze sans interruption tient chaque instant de l’action sans jamais alourdir la ligne, et développe avec un orchestre impliqué toute la fluidité d’une partition qu’on a trop souvent tendance à tirer vers le Wagner de la maturité, alors que la ramener à sa période de composition permet d’en faire mieux ressortir chaque moment dramatique, dont les magnifiques leitmotive fantomatiques, ou celui de la rédemption dans les derniers instants.
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