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CRITIQUES DE CONCERTS |
01 novembre 2024 |
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Nouvelle production de Parsifal dans une mise en scène de Dieter Dorn et sous la direction de Sir Simon Rattle au Festival de Pâques de Baden-Baden 2018.
Le Graal est dans la fosse
Assister à un Parsifal en Allemagne un Vendredi saint dans un silence religieux est un luxe auquel le sublime Philharmonique de Berlin, superbement conduit par Sir Simon Rattle et une distribution impeccable, rend pleinement justice. Dommage que la partie scénique due à un Dieter Dorn peu inspiré déçoive quelque peu !
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Complicité artistique
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Hommage au réalisme poétique
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Parsifal est sans doute l’opéra où, dès les premières notes, on sait à quoi s’en tenir. Rattle choisit une voie médiane entre lenteur hypnotique et théâtralité exacerbée avec des tempi relativement allants, un jeu extrêmement nuancé et des mises en relief saisissantes – la longue phrase des cordes quand Gurnemanz reconnaît la Sainte Lance. Il est aidé par les sonorités divines qui sortent de la fosse, le Philharmonique de Berlin exhalant une beauté instrumentale stupéfiante, des masses d’une admirable rondeur, aux splendides cuivres, malgré des cloches au son curieux.
L’intérêt ne vient hélas pas vraiment de la mise en scène de Dieter Dorn qui, sans être gênante, n’est pas très excitante. Les levers de rideau impairs montrent des structures mobiles en bois qui évoluent comme si on cherchait une bonne combinaison pour les assembler, rare belle idée pour montrer le déclin de la communauté du Graal. Si le II est le moins réussi avec un décor sans intérêt, vague évocation de créneaux surdimensionnés, le pire réside dans une absence cruelle d’éclairages dignes de ce nom – la même lumière blanche et directe presque tout du long de l’acte central.
La direction d’acteurs apporte en revanche un soin certain, notamment pour les rôles secondaires ainsi qu’à une armada de figurants (excellents comédiens), mais se révèle plus conventionnelle pour les rôles principaux. Le final amène un certain pessimisme avec un Parsifal statufié, des chevaliers se détournant de tous, un Amfortas expirant et un Gurnemanz se réfugiant sur le cercueil de Titurel.
L’événement réside pourtant ailleurs, dans une distribution exemplaire. Stephen Gould en Parsifal impressionne par son volume, un chant soigné et une incarnation sobre mais intense, tout aussi convaincant en innocent qu’en rédempteur. Ce chant volontairement brut au départ contraste avec la rondeur et la lumière que le ténor apporte ensuite, culminant dans son ultime retour, particulièrement émouvant.
Face à une telle pointure, la Kundry de Ruxandra Donose peut paraître plus frêle, ce qu’elle est plutôt initialement. Elle se révèle pourtant à la hauteur de la situation au II avec un timbre moiré et très séduisant, un chant subtil et une ligne parfaite que couronnent des aigus certes moins spectaculaires que ceux de son partenaire mais tout aussi beaux. Franz-Josef Selig est tout aussi remarquable, offrant un matériau superbe et un art du dire passionnants de bout en bout en Gurnemanz. Mêmes immenses qualités avec l’Amfortas d’un admirable Gerald Finley, distillant une émotion intense sans jamais verser dans l’histrionisme.
Au même degré de perfection se révèle Evgeni Nikitin, un vrai luxe ici, en Klingsor tranchant et saisissant de noirceur, en un mot idéal. Notons enfin, outre le Titurel de Robert Lloyd, d’excellents chevaliers et écuyers ainsi qu’un admirable Philharmonia Chor Wien dont l’homogénéité, la puissance et l’intensité sont un vrai pendant à la splendeur de l’orchestre. La partie musicale de cette représentation est décidément renversante.
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Festpielhaus, Baden-Baden Le 30/03/2018 Pierre-Emmanuel LEPHAY |
| Nouvelle production de Parsifal dans une mise en scène de Dieter Dorn et sous la direction de Sir Simon Rattle au Festival de Pâques de Baden-Baden 2018. | Richard Wagner (1813-1883)
Parsifal, ein BĂĽhnenweihfestspiel en trois actes (1882)
Philharmonia Chor Wien
Berliner Philharmoniker
direction : Sir Simon Rattle
mise en scène : Dieter Dorn
décors : Magdalena Gut
costumes : Monika Staykova
éclairages : Tobias Löffler
préparation des chœurs : Walter Zeh
Avec :
Stephen Gould (Parsifal), Ruxandra Donose (Kundry), Franz-Josef Selig (Gurnemanz), Gerald Finley (Amfortas), Evgeni Nikitin (Klingsor), Robert Lloyd (Titurel), Iwona Sobotka, Kiandra Howarth, Elisabeth Jansson, Mari Eriksmoen, Ingelborg Gillebo, Kismara Pessatti (Filles-fleurs), Neal Cooper, Guido Jentjens (Chevaliers du Graal), Ingelborg Gillebo, Elisabeth Jansson, Neal Cooper, Iurie Ciobanu (Écuyers), Kismara Pessatti (Voix d’en haut). | |
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