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CRITIQUES DE CONCERTS |
31 aoűt 2025 |
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Créée en 2010 au Grand Théâtre de Genève, importée à Paris quatre ans plus tard, la mise en scène du Barbier de Séville par Damiano Michieletto connaît à chaque reprise un succès fracassant. Les années passent mais la production ne semble pas en porter les stigmates. La source de cette jouvence ? Dans sa transposition, Michieletto a veillé à ne pas inscrire trop précisément une contemporanéité.
Cette rue populaire de Séville pourrait être celle d’une autre ville du Sud, pas forcément en Espagne. Ces habitants, nous aurions pu les croiser il y a trente ans comme pas plus tard qu’hier. Le fourmillement des décors recèle bien des détails, mais aucun ne vient arrêter le temps. Quant à la frénésie scénique qui avait marqué les esprits à la première parisienne en 2014, elle paraît aujourd’hui moins frappante.
L’immeuble tournant sur lui-même épouse parfaitement la succession des péripéties, il se calque sur le rythme de l’opéra avec naturel et laisse toute leur importance aux personnages, à l’instar du rôle muet (mais non gratuit) du concierge, qui semble presque orchestrer les chassés-croisés. Pour cette reprise, une bonne équipe de chanteurs se fond sans difficulté dans une direction d’acteurs aussi précise que vivante.
Nous attendions la Rosine d’Aigul Akhmetshina qui devait prendre le relais d’Isabel Leonard jusqu’à la fin de la série. Las, la chanteuse russe n’a pas réussi à obtenir de visa malgré le soutien de l’Opéra de Paris. Sa collègue américaine assume par conséquent la totalité des représentations. La mezzo-soprano montre un tempérament à la hauteur du rôle et une voix d’une belle égalité, sans arriver pour autant à laisser son empreinte.
Plus personnel, le comte d’Almaviva de Levy Sekgapane associe classe et charme, même si la voix du ténor semble se perde un peu malgré des décors bien conçus. Luca Pisaroni est un choix curieux pour Basilio. Le chanteur n’a en rien la tessiture grave requise mais l’artiste a plus d’un tour dans son sac et se sort même de l’air de la calomnie. Mattia Olivieri fait un Figaro malicieux mais son chant se fige dans le mezzo-forte alors que le baryton ne quitte pas des yeux le chef de la soirée.
Le Fiorello d’Andres Cascante donne toute satisfaction, tandis que la Berta de Margarita Polonskaya sonne parfois encore un peu trop slave. Celui qui triomphe ce samedi, c’est l’épatant Bartolo de Carlo Lepore. Familier de la production, le chanteur montre une vis comica de premier ordre, soutenue par un chant exemplaire tant dans sa projection que dans son agilité et sa ligne.
Enfin, depuis la fosse, Diego Matheuz parachève la réussite de la représentation. Sous sa direction, l’Orchestre de l’Opéra de Paris sonne avec chaleur et précision sans que la pièce ne perde en élégance. Le chef vénézuélien veille sur ses chanteurs avec une attention de tous les instants, corrigeant immédiatement le moindre décalage ou déséquilibre. Une baguette idéale pour Rossini.
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Opéra Bastille, Paris Le 28/06/2025 Thomas DESCHAMPS |
 | Reprise du Barbier de Séville de Rossini dans la mise en scène de Damiano Michieletto, sous la direction de Diego Matheuz à l’Opéra de Paris. | Gioacchino Rossini (1792-1868)
Il Barbiere di Siviglia, opera buffa en deux actes (1816)
Livret de Cesare Sterbini d’après Beaumarchais
Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris
direction : Diego Matheuz
mise en scène : Damiano Michieletto
décors : Paolo Fantin
costumes : Sylvia Aymonino
éclairages : Fabio Barettin
préparation des chœurs : Alessandro Di Stefano
Avec :
Levy Sekgapane (Il Conte d’Almaviva), Carlo Lepore (Bartolo), Isabel Leonard (Rosina), Mattia Olivieri (Figaro), Luca Pisaroni (Basilio), Andres Cascante (Fiorello), Margarita Polonskaya (Berta), Jianhong Zhao (Un ufficiale). |  |
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