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CRITIQUES DE CONCERTS |
31 aoűt 2025 |
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Concert de l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam sous la direction de Klaus Mäkelä au Festival de Salzbourg 2025.
Salzbourg 2025 (6) :
Le chef qui n’aimait pas le pathos
À Salzbourg, des averses nourries succèdent à une chaleur cuisante. Pas de quoi doucher l’enthousiasme de la lune de miel entre Klaus Mäkelä et l’Orchestre du Concertgebouw, dans une lecture de la Cinquième de Mahler entièrement tournée vers la lumière, passant à côté de l’esprit des deux premiers mouvements par son refus catégorique de tout pathos.
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Dans la ville de Mozart, où les étés sont aussi courts qu’intenses, les anciens aiment à rappeler que passé le 18 août, date à laquelle l’Empereur François-Joseph quittait Bad Ischl pour retourner à Vienne, la saison chaude touche à sa fin. Une coutume respectée cette année, où la dernière décade du festival commence copieusement arrosée. C’est à la nuit tombée, à 21 h, qu’entrent en scène l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam et son futur fringant directeur musical, Klaus Mäkelä, qui fait les miracles que l’on sait à la tête de l’Orchestre de Paris.
Avant la pièce de résistance mahlérienne, on s’ennuie ferme dans Rendering de Luciano Berio, exercice d’interpolations contemporaines dans une symphonie fragmentaire de Schubert à la thématique rudimentaire – la rengaine du Finale, véritable scie musicale – et à une trop grande échelle (presque quarante minutes) pour soutenir l’attention. Car chaque changement d’univers se signale de la même manière, avec cordes mystérieuses et célesta qui nous transportent soudain chez les fantômes du Tour d’écrou brittenien.
C’est donc à passé 22 h que débute une Symphonie n° 5 de Mahler d’1 h 17, dans des tempi assis, où énergie ne rime jamais avec précipitation, presque à la limite de l’engourdissement dans certains développements. Mäkelä est tellement solaire qu’on ne s’étonne guère qu’il évacue les aspects morbides d’une partition écrite au moment où Mahler a échappé de peu à la mort, mais on reste d’abord sur une impression mitigée devant un tel refus du pathos, de l’atmosphère funèbre gommés au profit d’un élan vital univoque qui altère les deux premiers mouvements.
En revanche, dès que débute le Scherzo, l’adéquation entre la battue et la musique s’enclenche, le Ländler chaloupe avec un grand naturel, les sections s’enchaînent presque avec avidité, tout en laissant s’épanouir des solistes jamais brusqués – le cor de Katy Woolley, magnifique de sonorité, manque toutefois de vigueur dans l’articulation, dans un pupitre parfois trop présent.
L’Adagietto, au rubato très élaboré, jamais statique, est l’occasion de mettre enfin en valeur les sublimes cordes amstellodamoises, jusque-là grignotées par des vents très en dehors, et aussi fondues que les souffleurs jouent dru et affûté. Surtout, même dans un tempo un peu pépère, Mäkelä démêle sans jamais fanfaronner le tissu contrapuntique du Finale qui a fait trébucher tant de grands chefs. La technique est déjà ahurissante, la complexité viendra.
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GroĂźes Festspielhaus, Salzburg Le 21/08/2025 Yannick MILLON |
 | Concert de l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam sous la direction de Klaus Mäkelä au Festival de Salzbourg 2025. | Luciano Berio (1925-2004)
Rendering
Gustav Mahler (1860-1911)
Symphonie n° 5 en ut# mineur (1902)
Concertgebouw Orchestra
direction : Klaus Mäkelä |  |
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