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| CRITIQUES DE CONCERTS |
04 mars 2026 |
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Nouvelle production d’Iolanta de Tchaïkovski dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig et sous la direction de Pierre Dumoussaud à l’Opéra national de Bordeaux.
Iolanta en quĂŞte de sens
Dernier opéra de Tchaïkovski, Iolanta, en ouverture de la saison du Grand-Théâtre de Bordeaux, bénéficie d’un plateau vocal d’une remarquable tenue, soutenu par la direction d’orchestre exemplaire de Pierre Dumoussaud, dans une mise en scène épurée signée Stéphane Braunschweig, largement inspiré par les Très Riches Heures du duc de Berry.
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Souvent produit avec un autre ouvrage en raison de sa brièveté (une heure trente), Iolanta de Tchaïkovski, créé aux côtés du ballet Casse-noisette, se suffit en réalité à lui-même comme le prouve cette représentation bordelaise. Le livret de Modeste Tchaïkovski, frère du compositeur, extrait d’un conte médiéval, tient d’une fable initiatique avec tous les ingrédients : une jeune aveugle protégée par son père de tout contact, qui retrouvera la lumière grâce à l’amour d’un jeune chevalier et les conseils d’un médecin avisé.
Comme à son habitude, Stéphane Braunschweig n’a pas pris à la légère cette épreuve symbolique, mais a choisi d’intellectualiser cette histoire dans un cadre volontiers austère, s’inspirant pour les costumes des enluminures des Très Riches Heures du duc de Berry récemment exposées au château de Chantilly. Rien d’ostentatoire dans ce décor au tapis vert jonché de roses blanches ou rouges, huis clos en deux parties représentant le jardin ou la chambre de la princesse entre virginité et parabole du passage du stade de l’adolescence à celui de l’âge adulte. Les éclairages, très suggestifs, en particulier à la fin où la lumière aveuglante fait passer de la nuit au jour, contribuent à créer une sensation forte au moment du happy end.
Claire Antoine captive pour sa prise de rôle de Iolanta, non seulement par un sens dramatique inné qui la conduit de l’innocence à la révélation lumineuse, mais aussi par la qualité d’un chant à la large projection, au timbre chaud et émouvant. En roi René, la basse estonienne Ain Anger témoigne de la complexité de son personnage tiraillé entre le désir de dissimuler l’infirmité de sa fille et son amour pour elle avec une émotion dans la voix digne du Sarastro de La Flûte enchantée.
Le jeune Julien Henric possède une ligne très équilibrée dans son incarnation de Vaudémont, l’amoureux de l’héroïne. Autre révélation de la soirée, l’Ibn-Hakia d’Ariunbaatar Ganbaatar, médecin maure de la Cour qui permet à Iolanta de recouvrer la vue. Vladislav Chizhov, qui chante dans sa langue maternelle, exprime quant à lui toute la juvénilité du duc Robert. Les autres partenaires sont également dignes de tous les éloges.
À la tête de l’Orchestre national de Bordeaux très concentré et engagé, Pierre Dumoussaud – l’un des chefs français les plus intéressants de sa génération – sait alterner intensité et sens des nuances (dès l’introduction aux vents), évitant tout pathos et généreux dans les moments de tension. Les nombreux rappels portent témoignage de l’enthousiasme d’un public girondin visiblement conquis.
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Grand-Théâtre, Bordeaux Le 18/11/2025 Michel LE NAOUR |
 | | Nouvelle production d’Iolanta de Tchaïkovski dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig et sous la direction de Pierre Dumoussaud à l’Opéra national de Bordeaux. | Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
Iolanta, opéra en un acte (1892)
Livret de Modeste Tchaïkovski, d’après Henrik Hertz
Chœur de l’Opéra national de Bordeaux
Orchestre national Bordeaux Aquitaine
direction : Pierre Dumoussaud
mise en scène & décors : Stéphane Braunschweig
costumes : Thibault Vancraenenbroeck
éclairages : Marion Hewlett
préparation des chœurs : Salvatore Caputo
Avec :
Claire Antoine (Iolanta), Ain Anger (René), Julien Henric (Vaudémont), Vladislav Chizhov (Robert), Ariunbaatar Ganbaatar (Ibn-Hakia), Abel Zamora (Alméric), Ugo Rabec (Bertrand), Lauriane Tregan-Marcuz (Martha), Franciana Nogues (Brigitte), Astrid Dupuis (Laura). |  |
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