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CRITIQUES DE CONCERTS 25 septembre 2020

Don Carlo de Giuseppe Verdi à l'Opéra Bastille.

Don Carlo chez les athlètes
© Eric SEBBAG

Quelle grande salle d'opéra pourrait décemment refuser cette année un hommage à Verdi ? À Bastille, on a choisi de ranimer une production de Don Carlo déjà donné en 1998, mais avec un plateau vocal plutôt relevé. Dommage que l'orchestre tonitruant de James Colon ne lui ait guère laissé de latitude d'expression.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 28/03/2001
Yutha TEP
 



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  • ExĂ©cutĂ© Ă  la Scala de Milan en 1884, Don Carlo est en fait la mouture italienne du Don Carlos crĂ©Ă© en 1867 Ă  Paris. On ne dira jamais assez combien est prĂ©judiciable la coupure de l'Acte de Fontainebleau qui, dans la version française, expose la rencontre entre l'Infant et Elisabeth de Valois, source de leur passion et en consĂ©quence, d'une partie de leurs dĂ©boires.

    Les Parisiens avaient eu le privilège d'y assister dans la production de Luc Bondy au Châtelet, mais il est vrai que réunir une distribution francophone vocalement et linguistiquement satisfaisante relève de la gageure. L'Opéra de Paris, qui reprend ici sa production de 1998, a du moins le mérite de contenter les amateurs de décibels vocaux.

    Sergei Larin dispose en effet de moyens fracassants et il sera difficile d'oublier le tonitruant Don fatale de Dolora Zajick (1), à la projection encore plus spectaculaire. Cependant, son incarnation d'Eboli souffre d'inégalités flagrantes de registres, alors que la monotonie d'accent éteint le Don Carlo de Larin. Le tout couronné d'un certain "mal canto" et un timbre peu amène pour les deux.

    Kristinn Sigmundsson, Gran Inquisitore terrifiant, ne s'embarrasse pas plus de nuances ; sa confrontation avec René Pape est cependant renversante. Ce dernier n'a pas la stature vocale d'un Ramey, il a du moins de la tenue, et tente les demi-teintes dans son monologue de l'acte III, dressant un portrait convaincant du vieillard tyrannique mais touchant dans sa soif d'amour.


    Silhouette altière, acteur sûr, voix ferme, Carlos Alvarez est un Posa d'envergure, et gagnera sans doute en maturité. Voix plantureuse aux pianissimi admirables, Marina Mescheriakova se préoccupe manifestement de beau chant, son Elisabetta aurait gagné l'excellence avec un brin de souplesse et un peu moins de systématisme. L'air Tu che la vanita n'en a pas moins l'effet d'un baume apaisant dans un maelstrom sonore dont le premier responsable est assurément James Conlon.

    Si Don Carlo est l'un des opéras les plus noirs et les plus hiératiques de Verdi, si l'étouffante chape orchestrale tissée par le compositeur exige des voix de bronze, il est toutefois possible d'alléger le discours instrumental, comme Antonio Pappano l'a montré dans la production du Châtelet. Visant manifestement l'efficacité dramatique (avec un orchestre d'ailleurs en bonne forme), Conlon ne quitte que très rarement la nuance forte, condamnant ses chanteurs à la surenchère.

    Et que dire de la mise en scène de Graham Vick ? Son esthétisme dépouillé vaut aux spectateurs une Chanson du voile visuellement agréable ou un autodafé bien ordonné, mais elle souffre d'un manque de fermeté dans ses options, hésitant entre mise en exergue de la rébellion politique de l'Infant et celle de la rivalité amoureuse entre père et fils, jusque dans une direction d'acteurs qui laisse les artistes désemparés : la victime principale en est Sergei Larin, aux gestes gauches, prenant plus d'une fois des allures d'adolescent maladroit en révolte contre l'autorité paternelle.

    Reconnaissons-lui du moins à Vick le mérite de ne pas gêner la musique. Mais le public ne s'était-il pas pressé si nombreux pour goûter aux joies brutes du chant athlétique ? De ce point de vue (ou plutôt d'ouïe), personne n'a été déçu.

    (1) remplaçant ce soir-là une Olga Borodina certainement bien plus royale dans le rôle d'Eboli.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 28/03/2001
    Yutha TEP

    Don Carlo de Giuseppe Verdi à l'Opéra Bastille.
    Don Carlo, opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi
    Livret de Joseph Méry & Camille du Locle, traduit en italien par Achille de Lauzières & Angelo Zarnardini d'après Schiller.
    Graham Vick, mise en scène
    Tobias Hoheisel, costumes & décors
    James Conlon, direction musicale
    Avec Sergei Larin (Don Carlo), René Pape (Filippo II), Carlos Alvarez (Rodrigo), Marina Mescheriakova (Elisabetta di Valois), Dolora Zajick (Eboli), Kristinn Sigmundsson (Il Grande Inquisitore), Marie Devellereau (une voce dal cielo).
    Orchestre & Choeurs de l'Opéra National de Paris.

     


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