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CRITIQUES DE CONCERTS 18 septembre 2019

Récital du pianiste Grigory Sokolov au Théâtre des CHamps-Élysées.

Sokolov, un pianiste qui tutoye ses partitions
© Opus 111

Difficile de se plaindre du manque de personnalité des pianistes façonnés selon le modèle des concours internationaux et de faire l'impasse sur le Russe Grigory Sokolov. En récital le 3 avril dernier, il a démontré que la lignée presque éteinte des interprètes qui savent tutoyer les partitions est encore vivace en lui.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 03/04/2001
Eric SEBBAG
 



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  • Combien de pianistes sont-ils capables de programmer une moitiĂ© de rĂ©cital avec du François Couperin ? On imagine sans peine le teint blĂŞme des organisateurs devant une telle proposition. Et pourtant, le pianiste russe Grigory Sokolov est coutumier du fait, quand il ne lui prĂ©fère pas le virginaliste William Byrd


    À l'inverse de ce qui se pratique trop souvent avec Bach ou Scarlatti, le répertoire de clavecin ne peut plus, sur une telle durée, être considéré comme un simple "chauffe doigts" . Mais la musique fragile de Couperin offre bien des difficultés d'interprétation, et les clavecinistes eux-mêmes sont souvent en peine de donner une direction à ces apparentes mignardises ensevelies sous une ornementation torrentielle.

    Pour sa part, Sokolov n'y entend aucunes minauderies précieuses. Si son Couperin est aérien, parfois suspendu, il est guidé par une conduite vocale souple qui fait ressortir des trésors mélodiques insoupçonnés. Trillant volontiers à quatre doigts ( !), Sokolov arrive à gommer l'inertie naturelle de son instrument, pourtant, il ne l'utilise pas à demi-mesure et sait le faire sonner au besoin aussi puissant que s'il disait Schumann ou Brahms, y compris en utilisant la pédale.

    Si stylistiquement, Sokolov n'est pas toujours irréprochable (quelques ornements à l'envers ou des liaisons négligées), sa problématique n'est clairement pas la probité philologique. En revanche, il sait rendre à Couperin une voix et une dignité pianistique que l'on avait pas entendu depuis Marcelle Meyer (bien qu'avec des moyens très différents).


    Sa lecture de Mozart n'est pas moins originale. Sombre, dramatique, violente, elle est absolument garantie sans sucre et fait volontiers penser à la radicalité d'un Harnoncourt. Tout de tensions et riche en suspens au sens policier du terme, le Mozart de Sokolov est clairement un frère caché de Beethoven.

    Trahison ? Non, simplement, Sokolov appartient à cette lignée presque éteinte des interprètes qui savent tutoyer les partitions pour se les approprier totalement. Et s'il n'a pas le toucher d'un Michelangeli, la clarté de discours d'un Lipatti ou la puissance contenue d'un Schnabel, le pianiste russe n'en possède pas moins un caractère immédiatement distinctif : la dynamique.

    En effet, si le concert ne se déroulait sur la grande scène nue des Champs-Élysées, on croirait volontiers qu'un ingénieur du son tapi dans les coulisses trafique en permanence le bouton de volume. Sokolov réussit en effet des écarts d'intensité tout simplement inouïs, et grâce à eux, il est en mesure d'édifier des d'architectures sonores tout à fait neuves.

    Ce sens de la construction est particulièrement frappant dans le Prélude, Choral et Fugue de Frank. On comprend dès lors pourquoi la maestria du pianiste passe plus difficilement au disque : pour apprécier sa science de la dynamique, il faut des conditions de restitution sonore dont seuls les audiophiles surarmés disposent.

    Dans un passage périlleux où les mains se croisent sans relâche, Sokolov décide brusquement de doubler l'intensité sonore. On croit que le piano va fendre et ce sont les dernières résistances du public qui cèdent. Il ne faudra pas moins de quatre rappels "standing ovation" pour qu'il consente à se séparer du pianiste. Seule une Bartoli ou un Zimerman en ont fait autant sur cette scène si exigeante.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 03/04/2001
    Eric SEBBAG

    Récital du pianiste Grigory Sokolov au Théâtre des CHamps-Élysées.
    François Couperin
    Extraits du 3e livre des pièces pour clavecin
    13e Ordre
    Les Lis Naissans,
    Les Rozeaux, rondeau,
    L'Engageante,
    Les Folies françaises, ou les Dominos,
    La Virginité, sous le Domino couleur d'invisible,
    La Pudeur, sous le Domino couleur de rose,
    L'Ardeur sous le Domino incarnat,
    L'Espérance, sous le Domino vert,
    La Fidélité, sous le Domino bleu
    La Persévérance, sous le Domino gris de lin
    La Langueur, sous le Domino violet
    La Coquéterie, sous différents Dominos
    Les Vieux Galans et les Trésorières Suranées, sous des Dominos pourpres et feuilles mortes
    Les Coucous bénévoles, sous des Dominos jaunes
    La Jalousie taciturne, sous le Domino gris de maure
    La Frénésie, ou le Désespoir, sous le Domino noir
    L'âme en peine

    18e Ordre
    Allemande, La Verneuil
    La Verneüilète
    Soeur Monique
    Le Turbulent
    1-Attendrissante
    Le Tic-toc-choc, ou les Maillotins, rondeau
    Le Gaillard-Boiteux

    Wolfgang Amadeus Mozart
    Fantaisie pour piano en ut mineur K.475 et Sonate pour piano en ut

    CĂ©sar Franck
    Prélude, Choral et Fugue pour piano en si mineur

    Grigory Sokolov, piano

     


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