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CRITIQUES DE CONCERTS 14 août 2018

Vendredi 20 et Samedi 21 avril au festival de Deauville.

Deauville cultive sa nouvelle vague
© Eric Sebbag

Jérôme Pernoo

Avec l'Empéri, Deauville est l'un des rares festivals français autogérés par des musiciens pour des musiciens, l'équivalent de Lockenhaus ou de Marlboro. Sous l'impulsion de Renaud Capuçon, Jérôme Ducros, Nicholas Angelich et Jérôme Pernoo, Deauville est devenu l'espace musical privilégié d'une nouvelle vague de musiciens.
 

Festival de Pâques, Deauville
Le 20/04/2001
Olivier BERNAGER
 



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  • Les généreuses idées sur lesquelles s'appuie ce cinquième Festival de Pâques s'affirment cette année avec une évidence qui pourrait faire méditer nombre d'organisateurs de concerts. Elles découlent de constatations simples. Très sollicités, les meilleurs jeunes musiciens du moment ont besoin de se retrouver de temps en temps pour échanger des idées, jouer du répertoire, en découvrir du nouveau, et plus encore pour se confronter à la discipline de l'orchestre ou aux exigences de la musique de chambre.

    Ainsi, sous l'impulsion de quelques musiciens, fondateurs du Festival, (Capuçon, Ducros, Pernoo, Angelich) a-t-on créé la Philharmonie de chambre dévolue au répertoire classique, romantique et XXème siècle et l'ensemble Les Sauvages qui joue le répertoire baroque. Ajoutons l'accueil des palaces du groupe Barrière qui atténue la modicité des cachets, un public qui se découvre de plus en plus d'affinités avec des artistes dont le nom ne remplace pas le talent, et on obtient un "Marlboro à la française" où, ici comme là-bas, la musique de chambre est d'abord considérée comme un espace musical privilégié.

    Le concert du 20 avril rassemble huit chambristes d'une moyenne d'âge de trente- trois ans. Belle jeunesse qui rend d'autant plus étonnante une approche beaucoup trop prudente du Quintette avec clarinette de Mozart. Un phrasé impeccable, une sonorité équilibrée, deux qualités indispensables qui dénotent une compréhension approfondie du style mozartien, mais d'engagement point ou peu. Même les pianissimi du magnifique clarinettiste Florent Héau ne parviennent pas à couper le souffle d'un auditoire pourtant très attentif. Malgré cela, cette interprétation démontrait un très haut niveau technique et musical.


    La seconde oeuvre, une pièce de jeunesse de Chopin est une rareté. Il est bon d'entendre de temps en temps les pages de moindre inspiration écrites par un génie. On y cherche ce qu'on aime chez lui, on y pointe ce qu'on n'aime pas. Le violon, on l'a souvent remarqué, n'était pas la tasse de thé du compositeur : celui-ci ne monte pas plus haut que le sol et Chopin ne lui laisse jamais la place qui devrait lui revenir dans le contexte du trio avec piano. Le violoncelle n'a rien à lui envier tant son rôle de doublure du piano est flagrant.

    Il faut attendre l'ébauche de mazurka qui clôt l'oeuvre pour sentir un souffle de musique originale. On admettra donc que nos trois musiciens ont eu le courage d'essayer de donner des contours à une oeuvre qui n'en a point. Le pianiste Jérôme Ducros a la part belle, il n'en abuse pas ; la violoniste Catherine Montier s'ennuie avec élégance et le violoncelliste Jérôme Pernoo fait des mines : personne n'est dupe.

    Brahms, le maître de l'inquiétude

    Les déchaînements et les naufrages existentiels du Trio opus 114 ont fait planer dans l'assistance une sorte de fébrilité qui n'aurait pas déplu au maître de l'inquiétude qu'est Brahms. Il faut louer Jérôme Ducros de savoir tempérer les magnifiques envolées de son complice Jérôme Pernoo : les méandres harmoniques de la pièce n'en sont que plus sensibles. Réputée moins inspirée que l'autre chef-d'oeuvre pour clarinette, le Quintette opus 115, ce trio est d'une forme difficile à rendre en raison de ses élans brutaux, spontanés. Ici, la jeunesse de nos trois artistes est un atout : ils n'hésitent devant aucune outrance, se jettent à corps perdu dans cette oeuvre haletante. Une réussite.


    Samedi 21 avril. On attendait d'écouter les chambristes dans le répertoire d'orchestre. Le choix de Bruno Weil, un chef d'expression germanique rompu aux subtilités de la musique baroque autant qu'au grand répertoire d'orchestre romantique est judicieux, d'autant plus qu'il est un pédagogue attentif. La 29e Symphonie de Mozart est une épreuve redoutable. Cordes en demi teinte, harmonie réduite : tout ce que la musique de Mozart comporte de pièges est concentré dans ces pages.

    Bruno Weil adopte donc un parti pris de lisibilité maximum au détriment de la fluidité du discours musical mais Il suffirait de quelques concerts supplémentaires pour corriger ce défaut. On sent dans cette oeuvre où tous les pupitres sont à découvert combien elle met en danger ses interprètes. L'ovation qui l'a conclue était donc méritée.

    Dans la 6e Symphonie de Schubert, on s'est un peu perdu, puis retrouvé, puis à nouveau perdu. C'est Schubert qui veut cela, coincé entre Beethoven, Rossini et la musique populaire viennoise. Ici, le plaisir domine, plaisir de la conversation, plaisir d'être ensemble. Il fallait entendre le dialogue incroyable entre les bois emmenés par le flûtiste génial Michel Moraguès et les cordes. Le chef laissait faire, trop content de retrouver dans l'orchestre les qualités indispensables de la musique de chambre. La boucle était bouclée, en attendant la prochaine édition.




    Festival de Pâques, Deauville
    Le 20/04/2001
    Olivier BERNAGER

    Vendredi 20 et Samedi 21 avril au festival de Deauville.
    Vendredi 20 avril
    Mozart : Quintette pour clarinette, deux violons, alto et violoncelle K 581
    Florent Héau, clarinette
    Nicolas Dautricourt, Fabien Boudot : violons
    Christophe Gaugué : alto
    Alexander Gebert : violoncelle

    Chopin : Trio pour violon, violoncelle et piano, opus 8
    Jérôme Ducros : piano
    Catherine Montier, violon
    Jérôme Pernoo : violoncelle

    Brahms : Trio pour piano, clarinette et violoncelle opus 114
    Jérôme Ducros : piano
    Florent Héau, clarinette
    Jérôme Pernoo : violoncelle

    Samedi 21 avril
    Mozart : 29ème Symphonie
    Schubert : Sixième symphonie

     


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