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CRITIQUES DE CONCERTS 18 juin 2019

Intégrale des concertos de Beethoven sur pianoforte avec Orchestre du XVIIIe siècle dirigé par Frans Brüggen.

Les lauriers de l'Empereur
© Eric Sebbag

Entendre les concerti de Beethoven sur pianoforte est suffisamment exceptionnel pour que cela constitue en soi un événement. En avril dernier, Frans Brüggen et son Orchestre du XVIIIe siècle invitaient trois pianistes jouant trois instruments anciens ou copies d'anciens pour une intégrale en trois concerts.
 

Salle Gaveau, Paris
Le 25/04/2001
Isabelle APOSTOLOS
 



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  • De mĂŞme que dans les sonates, on peut lire dans les concertos de Beethoven l'Ă©volution d'un pianiste et d'un compositeur confrontĂ© Ă  l'Ă©volution de son instrument. Des deux premiers concertos, encore marquĂ©s par Mozart, au Concerto dit l'Empereur, il y a un monde expressif qui se modifie sous nos oreilles, par paliers brutaux, Beethoven rĂ©pondant Ă  chaque nouvel acquis de l'instrument par des audaces volontiers extrĂ©mistes.

    D'où la bonne idée de choisir trois instruments de facture différente pour révéler aux mélomanes les changements qui se sont opérés dans la vie du compositeur-pianiste. Paul Komen, le lundi 23 avril, jouait sur un piano italien La Grassa de 1815, réutilisé le lendemain par Stanley Hoogland auquel était par ailleurs confiée une copie d'un Anton Walter de 1795 réalisée par Peter McNulty.

    Ronald Brautigam, quant Ă  lui, interprĂ©tait l'Empereur sur un Conrad Graf de 1835. Trois instruments de très belle apparence, mais aux sonoritĂ©s inĂ©gales sur les deux instruments anciens (aigus " rincĂ©s " du Graf) Ă  l'inverse du Walter-McNulty, magnifique de rondeur sur toute l'Ă©tendue du clavier.

    Globalement, ces concertos ont quelque peu déçu par leur retenue, peut-être due essentiellement aux options de Frans Brüggen, privilégiant l'homogénéité orchestrale et refusant le tranchant qui aurait dû traduire l'extrémisme expressif beethovenien sensible dès le troisième concerto.

    Certes l'orchestre s'est montrĂ© Ă©gal Ă  sa rĂ©putation, avec une belle plĂ©nitude sonore, frappante concernant des vents ; mais quatre violons supplĂ©mentaires auraient certainement apportĂ© un Ă©quilibre plus satisfaisant, surtout dans l'acoustique sĂ©duisante mais un rien mate de la Salle Gaveau rĂ©novĂ©e.


    Rien Ă  redire sur la minutie de l'articulation, la mise en relief exemplaire des pupitres et une discipline collective de haute tenue, autant de qualitĂ©s manifestes dans la Symphonie Pastorale. Mais oĂą sont les orages, les zones d'ombres et de mystères d'un Beethoven dont les tourments musicaux comme humains ne sont un secret pour personne ?

    Il est vrai que les pianistes n'ont pas tous contribuĂ© Ă  animer le dĂ©bat. Si Paul Komen a fait preuve d'une Ă©lĂ©gance indĂ©niable et d'un contrĂ´le des nuances respectable dans le très mozartien Concerto n° 1, son Troisième Concerto n'a pas rendu totalement hommage Ă  cette première " rĂ©volution " beethovenienne qu'il porte en lui.

    De son cĂ´tĂ©, Stanley Hoogland n'est pas parvenu Ă  sortir d'une rĂ©serve et d'une affectation aussi frustrante que dĂ©placĂ©e, jusque dans un Concerto n° 4 avare de contrastes et sans aucune progression dynamique ; avec en particulier un Andante con moto Ă  l'encĂ©phalogramme absolument plat.

    Il a fallu attendre Ronald Brautigam dans le Cinquième Concerto pour extirper l'orchestre et le chef de leur torpeur. D'un engagement admirable, Brautigam s'est emparé presque physiquement de l'ample symphonisme des mouvements extrêmes, dès la cadence introductive, insufflant à l'Adagio central un lyrisme poignant grâce à un art des nuances étagé à l'infini. Dommage que l'Empereur fut le seul à mériter des lauriers.




    Salle Gaveau, Paris
    Le 25/04/2001
    Isabelle APOSTOLOS

    Intégrale des concertos de Beethoven sur pianoforte avec Orchestre du XVIIIe siècle dirigé par Frans Brüggen.
    Le 23 avril : Menuets, contredanses & danses allemandes (compilation de Frans BrĂĽggen) – Concertos n° 1 & 3. Paul Komen, pianoforte.
    Le 24 avril :
    Ouverture des CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e – Concertos n° 2 & 4. Stanley Hoogland, pianoforte.
    Le 25 avril :
    Symphonie n° 6 Pastorale – Concerto n° 5 L'Empereur. Ronald Brautigam, pianoforte.

    Orchestre du XVIIIe siècle
    Frans Bruggen, direction.

     


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