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CRITIQUES DE CONCERTS 20 janvier 2020

Projection avec accompagnement orchestral du Napoléon d'Abel Gance au Printemps des Art de Monaco.

Une ode à Napoléon
© Alain Cinquini

Laurent Petitgirard

La politique artistique du Printemps des Art de Monaco gagne à être connue. Cette année, on a projeté une version restaurée et plus complète du film Napoléon d'Abel Gance. Un véritable événement cinématographique et musical qui a permis de découvrir le travail musical réalisé par Marius Constant à partir des oeuvres d'Arthur Honegger.

 

Grimaldi Forum, Monaco
Le 09/05/2001
Mathias HEIZMANN
 



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  • Six heures contre cinq, lors de la derni√®re restauration qui date de 1990: ce Napol√©on (1927) a tout d'une cr√©ation o√Ļ la musique qu'Arthur Honegger a compos√©e sp√©cifiquement pour ce film muet occupe une place non n√©gligeable. L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirig√© par Laurent Petitgirard en a accompagn√© en direct la projection les 9 et 10 mai derniers.

    Le film lui ¬Ė m√™me fut en son temps un projet aussi grandiose qu'impossible et ruineux. En parfait visionnaire, Abel Gance tenta d'utiliser tout ce que le cin√©ma pouvait offrir en mati√®re d'effets, au point de rendre sa projection presque irr√©alisable puisqu'elle n√©cessite trois √©crans, ou du moins un √©cran suffisamment large pour accueillir trois films projet√©s simultan√©ment !

    Mais, très curieusement, la force de ce Napoléon ne tient pas tant aux avancées techniques d'Abel Gance ou dans les procédés rhétoriques qui le conduisirent à inventer la caméra subjective qu'à la tentative désespérée de s'affranchir du cadre de l'écran, avec ce que cela suppose de folie.

    Or, il y a une fascinante corrélation entre le sujet et la forme, entre la folie du personnage et celle du réalisateur. Napoléon, de ce point de vue, est un monde d'illusions qui fait perdre tout repère : le montage, notamment avec l'utilisation de plans séquences extrêmement brefs, conduit à brouiller totalement le temps cinématographique qui, d'une manière évidente, se confond avec le temps musical.

    De la même manière, le travail de superpositions d'images s'apparente plus à un procédé compositionnel à la manière d'un Charles Ives qu'à un simple travail de montage : là aussi, la somme des éléments en jeu devient un objet singulier qui échappe à une pure logique arithmétique.


    Dans ce délire puissant, la musique acquiert une force particulière. De cette optique, Marius Constant a opéré un choix dès plus judicieux en mixant les grandes pages symphoniques d'Arthur Honeguer avec l'oeuvre d'origine. La démesure du propos de Gance trouve ainsi un exact reflet dans la masse symphonique.

    Mais plus encore, cette musique participe au brouillage temporel par sa propre logique. Car, et ce n'est pas la moindre de ses qualités, elle ne sert jamais ou presque à souligner telle ou telle scène : ce qu'elle marque de façon obstinée, c'est la dimension épique d'une oeuvre qui se refuse à tout conventionnalisme et cherche son salut dans un délire de toute puissance.

    Les spectateurs se trouvent dès lors confrontés à un objet difficile à identifier, un monstre hybride quelque part entre opéra et cinéma, une sorte de geste qui aurait substitué aux paroles un monde d'images. Dès lors, un écran plus large aurait été nécessaire, tout comme l'escamotage des instrumentistes dans quelque fosse d'opéra.

    Mais cette r√©serve technique p√®se au regard du travail r√©alis√© par les musiciens et leur chef Laurent Petitgirard. Malgr√© la difficult√© li√©e aux imp√©ratifs du genre (notamment les probl√®mes de calage temporel avec le film), l'orchestre trouve une libert√© rare dans l'ensemble du programme, √† l'instar des passages improvis√©s par le pianiste Jean-Fran√ßois Zygel et l'organiste Thierry Esca√Įch. Napol√©on n'avait pas connu de troupes aussi vaillantes depuis Austerlitz.


    Cliquez ici pour en savoir plus sur le film.




    Grimaldi Forum, Monaco
    Le 09/05/2001
    Mathias HEIZMANN

    Projection avec accompagnement orchestral du Napoléon d'Abel Gance au Printemps des Art de Monaco.
    Napoléon d'Abel Gance
    Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigé par Laurent Petitgirard
    Jean-Fran√ßois Zygel (piano). Thierry Esca√Įch (orgue)

     


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