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CRITIQUES DE CONCERTS 16 aoŻt 2022

Concert du trentenaire du Quatuor Alban Berg au Th√©√Ętre de Champs-√Člys√©es.

Un implacable tour d'écrou
© Emi classics

Après l'inégal concert Haydn, Schumann, Lutoslawski, le Quatuor Alban Berg continuait de fêter son trentième anniversaire avec un programme aux allures emblématiques puisqu'il associait une oeuvre d'Alban Berg compositeur et l'une des compositions les plus audacieuses et les plus visionnaires jamais écrite : le 15e Quatuor de Beethoven
 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 18/05/2001
Michel PAROUTY
 



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  • On conna√ģt la perfection formelle du quatuor¬†: pr√©cision et naturel des attaques, logique imparable des contrastes, diversit√© et subtilit√© des nuances, jusqu'au plus infime pianissimo, solidit√© de l'architecture, conduite soutenue du discours. Mais au-del√† de ces qualit√©s, leur Suite lyrique impose d'embl√©e une tension qui ne subira jamais la moindre baisse, s'accentuant au contraire comme un implacable tour d'√©crou.

    Les quatre instrumentistes composent un climat d'√©tranget√©, de myst√®re, de violence diffuse. Avec, √† chaque instant, un besoin d'√©tonner, de surprendre, d'enserrer l'auditeur dans les mailles d'un filet musical dense et pourtant d'une parfaite clart√©. La force expressive du jeu des Berg est telle que ce qui pourrait se d√©canter jusqu'√† l'abstraction ou, au contraire, chuter dans l'anecdotique (on sait, depuis une vingtaine d'ann√©es, que cette Suite est li√©e √† un √©pisode amoureux dramatique de la vie du compositeur) devient le plus poignant des jeux th√©√Ętraux. Jusqu'au tragique Largo desolato final, o√Ļ la musique se dilue dans un silence angoissant.

    Plus que le ton et la couleur, c'est l'articulation qui diff√®re dans le long Quatuor n¬į¬†15 opus 132 de Beethoven, aussi nerveuse mais plus souple. Le lyrisme n'a rien perdu de son intensit√©, m√™me si la lumi√®re semble plus tamis√©e que vive. La coh√©sion, l'√©coute mutuelle sont admirables dans le contrepoint de l'ample Molto adagio central¬†; la clart√© des lignes l'est tout autant, ainsi que le souci de les faire chanter. Comme si l'on assistait √† une mont√©e progressive vers la lumi√®re, sans ostentation incongrue.

    Il est dommage que les probl√®mes d'intonation flagrants mais momentan√©s du premier violon, G√ľnter Pichler, perturbent une telle f√™te de l'esprit (ils seront encore plus aigus dans le bis, l'Adagio du Quatuor op. 76¬†N¬į2, "¬†Les Quintes¬†", o√Ļ la m√©lodie est particuli√®rement expos√©e). Mais la prise de risque est inou√Įe, plus encore que dans l'oeuvre de Berg. L'Allegro appassionato d√©mesur√© qui conclut cette page essentielle est men√© de main(s) de ma√ģtre(s), et ses accords ne peuvent que c√©der la place au silence.

    L'interprétation des Berg n'est ni confortable, ni allant de soi ; elle se veut une perpétuelle remise en cause d'un répertoire longuement fréquenté. On n'entre pas sans effort dans cet univers. Mais ces efforts sont précieux.




    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 18/05/2001
    Michel PAROUTY

    Concert du trentenaire du Quatuor Alban Berg au Th√©√Ętre de Champs-√Člys√©es.
    Suite lyrique d'Alban Berg
    Quatuor n¬į¬†15 opus 132 de Beethoven
    Quatuor Alban Berg

     


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