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CRITIQUES DE CONCERTS 31 octobre 2020

Concert de l'ensemble Intercontemporain dirigé par Jonathan Nott à la Cité de la Musique.

Un Lohengrin complètement halluciné
© Philippe Gontier

Mardi 22 mai dernier, la Cité de la Musique recevait Jonathan Nott et l'ensemble Intercontemporain. Y était invitée également, pour l'étrange Lohengrin de Salvatore Sciarrino, la soprano et actrice Marianne Pousseur, qui a finalement volé la vedette à l'ensemble des protagonistes, donnant au très sérieux Part d'Hanspeter Kyburz des allures d'objet décoratifs.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 22/05/2001
Mathias HEIZMANN
 



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  • Part du compositeur Hanspeter Kyburz est une oeuvre complexe dont la construction dramatique s'inspire du roman d'Hermann Broch, La mort de Virgile. Ses √©pisodes sont assez diff√©renci√©s pour retenir l'attention et r√©v√®lent des moments de gr√Ęce.
    D'o√Ļ vient alors qu'on ne conserve de cette musique qu'un souvenir flou¬†? Difficile √† dire. Ce qui est s√Ľr, en revanche, c'est que l'oeuvre, dans sa complexit√©, laisse peu de place √† l'auditeur, comme si elle trouvait plus de force en tant que projet artistique (la mise en ab√ģme du texte de Broch) et excitait surtout √† la facult√© d'analyse de l'auditeur.
    Lohengrin se pose au contraire comme une tragédie moderne, traitant à la fois de l'identité et de la nature profonde de l'hystérie féminine, cette rébellion du corps face au diktat imposé au désir des femmes par une société d'hommes.
    Que nous montre-t-on¬†? Une femme pouss√©e sur un fauteuil d'h√īpital par un homme, dont le costume strict et la barbe impeccablement taill√©e √©voquent le d√©but du si√®cle. De cette mani√®re, si la l√©gende d'Elsa de Braban ¬Ė dont Lohengrin s'inspire ¬Ė remonte √† des temps plus anciens, on imagine sans peine cette femme en consultation chez Freud lui-m√™me.
    Le sujet lui-même renvoie aux origines de l'hystérie : il ne s'agit littéralement de la révolte d'une jeune fille contrainte au mariage et qui soutient publiquement rencontrer en hallucination un homme (Lohengrin) qui vient à son secours. Salvatore Sciarrino ne retient de la légende que la crise hallucinatoire alors qu'Elsa, livrée au dédoublement, incarne également Lohengrin.


    Une mise en scène de la folie ordinaire

    Tout cela aurait pu faire de ce Lohengrin une succession de clich√©s si l'auteur n'avait v√©ritablement mis en sc√®ne ces manifestations et construit une dramaturgie sonore autour de la parole. La musique, bien qu'elle n'occupe en terme d'espace qu'une place infime par rapport √† la voix, devient un √©l√©ment fondamental qui souligne constamment le glissement du personnage vers un √©tat qu'on suppose extraordinairement archa√Įque, caract√©ris√© par un repli sur soi (c'est tr√®s exactement position d'Elsa au d√©but du spectacle) et l'incapacit√© de se diff√©rencier du reste du monde.
    L√† encore, cet √©tat est exploit√© √† des fins dramatiques : Elsa finit par occuper tout l'espace, √† la fois par le volume et les modulations sonores qu'elle g√©n√®re (des mots aux effets de glotte amplifi√©s), mais surtout par son d√©doublement de personnalit√© qui lui permettra d'√™tre √† la fois ici et ailleurs, successivement Elsa et Lohengrin.
    Le malaise extr√™me dans lequel l'oeuvre plonge l'auditoire r√©side √©videmment dans la mise en ab√ģme de cette folie ordinaire, que chacun sent confus√©ment comme une ombre aux aguets. Mais elle fonctionne aussi sur un sens aigu de la dramaturgie : de ce point de vue, Lohengrin accumule les tensions et parvient √† faire d'une simple hallucination une v√©ritable trag√©die.
    Pour r√©aliser ce tour de force, il fallait √©videmment une actrice hors pair, capable √† la fois de porter un texte et de faire comprendre que les mots, au-del√† de leur sens, servent √† revendiquer sa propre existence. De ce point de vue, Marianne Pousseur se montre plus actrice que chanteuse, m√™me si l'oeuvre exige, √† l'√©vidence, une solide ma√ģtrise du m√©tier. Sa prestation, √† elle seule, suffit √† faire de cette soir√©e un √©v√©nement inoubliable.




    Cité de la Musique, Paris
    Le 22/05/2001
    Mathias HEIZMANN

    Concert de l'ensemble Intercontemporain dirigé par Jonathan Nott à la Cité de la Musique.
    Salvatore Sciarrino : Lohengrin
    Hanspeter Kyburz : Part
    Ensemble Intercontemporain dirigé par Johathan Nott

     


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