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CRITIQUES DE CONCERTS 24 janvier 2020

Reconstitution de l'opéra Catone in Utica de Vivaldi par Jean-Claude Malgoire à la Salle Favart.

Honni soit
qui gloire y pense

© Eric Sebbag

Jérôme Savary l'avait promis : la musique baroque ne serait pas oubliée dans sa programmation de l'Opéra-Comique, rebaptisé, sous son mandat, Théâtre Musical Populaire. Et quoi de plus populaire que Vivaldi pour commencer ? Mais le choix du sympathique - mais peu perfectionniste - Jean-Claude Malgoire était-il idéal ?
 

Opéra Comique - Salle Favart, Paris
Le 25/05/2001
Yutha TEP
 



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  • Au lendemain de la dĂ©faite et du meurtre de PompĂ©e, le sĂ©nateur Caton s'est rĂ©fugiĂ© Ă  Utique en compagnie de ses partisans, d'Emilia, veuve de PompĂ©e ivre de vengeance, et de sa fille, Marzia. Amoureux de Marzia, Arbace roi des Numides, le soutient, mais l'objet de ses flammes n'a d'yeux que pour CĂ©sar. Après maintes pĂ©ripĂ©ties, CĂ©sar survit aux intrigues d'Emilia, pardonne au terrible vieillard et reconquiert ainsi l'amour de Marzia. Jean-Claude Malgoire et Gildas Bourdet modifient cependant ce livret sans grande innovation de MĂ©tastase, Catone se donnant ici la mort alors que le choeur final entonne les louanges Ă  l'amour.

    S'appuyant sur une orchestration à la richesse respectable, la musique de Vivaldi ne réserve pas beaucoup de surprises, mais dispense néanmoins de beaux instants, principalement dans les airs de César. Par ailleurs, Jean-Claude Malgoire a opéré une habile sélection dans le corpus vivaldien pour remplacer la musique du premier acte, entièrement perdue. Opera seria jusqu'à la dernière note, Catone donne la priorité à la pyrotechnie vocale, la plupart des airs exigeant une vélocité impressionnante et surtout une tessiture terrifiante.

    C'est à cette primauté de la vocalité sur une réelle réflexion dramatique que se heurte tout metteur en scène : comment, par exemple, traiter les da capo, occasion pour un chanteur de dévoiler son art (encore faut-il qu'il en ait les capacités), mais immanquable casse-tête pour la scénographie ? Gildas Bourdet n'aura pas apporté de réponse définitive, mais du moins a-t-il le mérite de ne pas laisser ses artistes à l'abandon et d'éviter tout statisme, avec un jeu d'acteur certes conventionnel.


    Même remarque pour les décors minimalistes et résolument abstraits, faits de panneaux de couleurs vives que reflète un sol très miroitant, des chaises servant seules d'accessoires ; passé l'interrogation première suscitée par leur sens, le spectateur se laisse prendre à un jeu de lumières assez esthétiques. Le gros point noir reste des costumes assez " camelote "(celui d'Arbace !), dont l'exubérance à mi-chemin entre histoire et féérie jure de manière flagrante avec l'environnement abstrait.

    Le manque de préparation de la Grande Ecurie a été pour sa part bien réel. Justesse approximative, attaques désordonnées, sonorité d'ensemble malingre, l'orchestre a fortement déçu, dans une musique qui pourtant n'exige pas de prouesses. Jean-Claude Malgoire n'a pas réussi à surmonter les faiblesses de sa phalange pour imprimer un véritable dramatisme à la partition. En revanche, on ne pouvait trouver meilleur choix s'il agissait d'écarter le répertoire baroque de cette scène (l'Opéra Comique) qui lui convient pourtant idéalement.

    Reste la distribution. Dans le rôle-titre, le ténor Simon Edwards n'a pas le plus beau timbre du monde, mais il assure courageusement les notes, sans parvenir toutefois à animer un personnage unidimensionnel. Sa fille Marzia, ici la soprano Manuela Kriscak, est un peu à son image, professionnelle, mais sans grande séduction ni virtuosité. Sa prestation demeure cependant un plaisir si on la compare au Fulvio catastrophique de Sylvie Althaparro. On connaissait le beau timbre de cette chanteuse, ainsi que ses limites dans les exercices de virtuosité, mais comment ne pas être atterré par les inégalités de registre, le manque de souplesse ou la justesse inexistante, brutalement révélés dans un rôle écrit pour Elisabetta Moro, l'une des plus grandes virtuoses de l'ère baroque ?

    Philippe Jarroussky en Arbace a fait valoir une musicalité parfaite, servie par un beau sens du phrasé, mais il doit encore travailler le placement de la voix et sa projection. Veronica Cangemi a aisément triomphé en Emilia vengeresse : beau timbre, vocalises sidérantes, la soprano a compensé un certain manque de franchise dans l'émission par un engagement théâtral admirable. Reste le cas Jacek Laczckowski. Le polonais est un vrai sopraniste ; si le grave est quasi-inaudible, si l'endurance dans une oeuvre aussi longue fait défaut, le musicien a surpris par son raffinement et surtout, le virtuose a sidéré le public par son aisance dans les aigus, jusque dans des cadences distillant des contre-notes à faire pâlir bien des sopranos. Un cas unique assurément. Plus qu'un simple objet de curiosité, Laczckowski a été l'astre bizarre d'une soirée qui a alterné le meilleur et plus souvent le pire.



    Un autre avis convergent

    Voici donc ce Catone in Utica, opéra seria , dans lequel le Vénitien Vivaldi va au bout de toutes les ressources belcantistes de l'opéra napolitain contemporain. Une résurrection qui est a priori la bienvenue, tant le Prêtre roux y déploie des trésors d'invention dans un foisonnement virtuose...

    Reste que l'entreprise, confiée à Jean-Claude Malgoire, souffre d'un mal qui tend à devenir trop fréquent chez le pionnier du concert à l'ancienne en France. En d'autres termes, son orchestre de la Grande Ecurie joue " petits bras " dès l'ouverture, compromise par des cors en mal de justesse et des cordes terriblement à la peine.

    Dommage, hélas, trois fois dommage, car l'harmonieuse mise en scène de Gildas Bourdet et le plateau de voix stimulant – sinon entièrement satisfaisant - méritaient mieux que cet accompagnement très insuffisant. Avec un bonheur absolu : la révélation du soprano conquérant et vengeur de Veronica Cangemi, à l'aise dans les prouesses pyrotechniques du rôle d'Emilia, la veuve de Pompée qui poursuit César de sa haine. Précisément, César est le sopraniste Jacek Laszczkowski : timbre disons fabriqué, mais technique assurée qui fait rêver à ce que la réalité historique des castrats a peut-être été.

    Et si la mezzo Sylvie Althaparro (Fulvio) ne sort pas indemne d'un aria certes à très haut risque (popularisé au disque par Cecilia Bartoli), on n'oubliera pas de sitôt le Caton au profil de médaille du ténor Simon Edwards, non plus que l'Arbace de Philippe Jaroussky, décidément le contre-ténor qui monte.

    Roger TELLART




    Opéra Comique - Salle Favart, Paris
    Le 25/05/2001
    Yutha TEP

    Reconstitution de l'opéra Catone in Utica de Vivaldi par Jean-Claude Malgoire à la Salle Favart.
    Catone in Utica, opéra en trois actes d'Antonio Vivaldi sur un livret de Métastase.
    Catone in Utica, opéra seria d'Antonio Vivaldi, livret de Métastase
    Direction musicale : Jean-Claude Malgoire
    Mise en scène : Gildas Bourdet
    DĂ©cors : Gildas Bourdet et Edouard Laug
    Costumes : Christine Rabot-Pinson
    Lumières : Jacky Lautem
    Avec Simon Edwards (Catone), Jacek Lazczkowski (CĂ©sar), Manuela Kriscak (Marzia), Veronica Cangemi (Emilia), Philippe Jarroussky (Arbace), Sylvie Althaparro (Fulvio).

     


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