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CRITIQUES DE CONCERTS 14 juillet 2020

Concert de la série "Répliques" de l'ensemble Itinéraire avec le flûtiste Barthold Kuijken.

Souffler n'est pas jouer ?
© Eric Sebbag

Les concerts pour flûte seule sont rares, à l'image du répertoire d'ailleurs. C'est pourquoi la série des concerts " Répliques " de l'ensemble Itinéraire offrait un événement insolite en confrontant Barthold Kuijken, maître incontesté de la flûte baroque, et Sophie Dardeau, jeune zélatrice du répertoire contemporain.
 

Cité Universitaire, Paris
Le 06/06/2001
Eric SEBBAG
 



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  • En plein coeur de la CitĂ© Universitaire de Paris, le Salon de la Fondation Deutsch de la Meurthe offre dĂ©jĂ  un cadre très dĂ©paysant. ExtĂ©rieurement, la bâtisse figurerait presque une Ă©glise, Ă  l'intĂ©rieur, elle abrite une petite salle vĂŞtue de bois du sol au clocher ( !), dont la rĂ©sonance offre une lisibilitĂ© parfaite.

    Les flûtes de Barthold Kuijken épousent cette acoustique avec une plénitude sans mélange, donnant vie à des sons d'une sidérante et irréelle densité. Défiant toute loi physique, les timbres charnus et boisés semblent provenir de toute part, comme s'ils habitaient les charpentes de longue date et n'attendaient que le guide propice à leur révélation.

    Mais le répertoire pour flûte seule est-il trop mince à l'époque baroque ? Qu'à cela ne tienne, Barthold Kuijken va le gonfler à la force de son seul souffle. Ainsi, à la célèbre sarabande de la Partita en la mineur de Bach, Kuijken va donner une telle étoffe d'ornements et de mélismes qu'une pièce toute neuve en surgit, d'une beauté inédite, chantournée et d'une richesse de coloris quasi orientale.

    Mêmes audaces dans la sonate du fils Bach, avec des contrastes très " Strum und Drang " que l'artiste n'avait jamais confié à un micro. Là encore, une fluidité et une absence de pesanteur qui défient toute gravitation. Si on ne sait pas s'élever dans les airs en se tirant par les cheveux, le seul souffle de Kuijken fait planer à des altitudes flûtistiques dont il est le seul explorateur à ce jour.


    Autre moyen d'élargir le territoire restreint des flûtes en bois : la conquête. Ce soir-là, Kuijken défrichait les terres a priori hostiles du luthiste Sylvius Leopold Weiss. En effet, ce dernier n'a laissé que des manuscrits de tablatures pour luth, donc une notation très idiomatique de l'instrument que seul un luthiste chaussé de son instrument peut déchiffrer.

    Cependant, un contemporain de Weiss, Quantz, a laissé des transcriptions de la musique du luthiste, et Kuijken tente la même expérience en s'emparant de la voix supérieure des pièces de luth. Cette dernière exploitant beaucoup la technique de l'harmonie figurée chère à Bach – ce procédé d'écriture crée l'illusion de la polyphonie avec une seule voix-, le mariage de la colonne d'air et du lyrisme intimiste de Weiss appelle toutes les bénédictions.

    Souffler n'est pas jouer ? VoilĂ  longtemps que Barthold Kuijken sait faire mentir l'adage.

    RĂ©plique contemporaine

    Rude contraste pour la réplique contemporaine avec les flûtes en métal de Sophie Dardeau. Son moins dense, moins pur, plus riche en souffle perdu (bruit blanc) que Kuijken. Cette élève de Pierre-Yves Arthaud n'a pas le timbre plein et rond de son maître, mais elle compense par un engagement, une maestria technique et une énergie qui laissent le public en apnée.

    À côté des déjà " classiques " du XXe siècle de Berio et Ferneyhough, il y a l'orientalisme de Scelsi, l'éther sonore de Murail, mais la découverte de la soirée fut le Neanderthal Fandango de François Narboni. D'allure répétitive mais sans le caractère trivial des séquences primaires à la Philip Glass - donc rien de " néanderthalien " ici -, la pièce superpose une sorte d'ostinato à la basse avec une partie supérieure efflorescente, riche en harmoniques (mais sans effets), et subtilement changeante.

    Elle n'offre pas de danse non plus (Fandango), mais semble plutôt figurer une étrange machine se dérèglant progressivement, par spasmes. Aussi insolite qu'hypnotique. Dommage que le concert se soit conclu par les stridences du Nidi de Donatoni pour flûte piccolo, à la limite du supportable dans une acoustique si porteuse. Cette réplique finale se voulait-elle une conclusion cinglante ? Elle fut simplement inaudible.




    Cité Universitaire, Paris
    Le 06/06/2001
    Eric SEBBAG

    Concert de la série "Répliques" de l'ensemble Itinéraire avec le flûtiste Barthold Kuijken.
    Salon de la Fondation Deutsch de la Meurthe

    Jean-Sébastien Bach : Partita en la mineur, pour flûte seule, B WV 10 13
    Carl Philipp Emanuel Bach : Sonate en la mineur, pour flûte seule, H 562
    Sylvius Leopold Weiss : Pièces en sol majeur, pour flûte seule

    Barthold Kuijken, flûte traversière baroque

    Luciano Berio : Sequenza I
    Giacinto Scelsi : Quays
    François Narboni : Neanderthal fandango
    Brian Ferneyhough : Cassandra's Dream Song
    Tristan Murail : Unanswered questions
    Franco Donatoni : Nidi

    Sophie Dardeau, flûte

     


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