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CRITIQUES DE CONCERTS 15 octobre 2019

Pénélope de Gabriel Fauré en version de concert avec l'Orchestre National de France dirigé par Claude Schnitzler.

Pénélope de Charybde en Scylla
© OpĂ©ra de bordeaux

Unique tentative opératique de Gabriel Fauré, Pénélope serait-il maudit des scènes lyriques? On ne l'entend pratiquement jamais, et quand, fait rarissime, un théâtre se risque à le sortir du purgatoire, l'infortunée compagne d'Ulysse subit elle aussi mille périls. La récente version de concert du TCE n'a pas failli à la triste règle.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 14/06/2001
Françoise MALETTRA
 



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  • PĂ©nĂ©lope devra se rĂ©signer Ă  tisser longtemps encore sa toile, Ă  la faire et Ă  la dĂ©faire, avant de retrouver son improbable Ulysse, et surtout
    son public. D'accord, l'oeuvre est difficile à défendre, et Fauré en fera les frais, car le succès remporté lors de la création parisienne, le 10 mai 1913, ne se renouvellera pas de sitôt. Les reprises qui suivront se solderont par des échecs sans appel, et Pénélope entrera au purgatoire, pour n'en sortir que de très rares fois, ou séduire de grandes interprètes (Régine Crespin, Jessye Norman) qui l'incarneront
    au disque.

    Fauré a soixante-cinq ans lorsque pour la première et la dernière fois il aborde l'opéra : un rêve ancien, longtemps différé, pour le musicien comblé d'honneur et le directeur du Conservatoire unanimement respecté qu'il est alors. Le poète René Fauchois lui a proposé un livret en cinq actes, tiré du dernier chant de L'Odyssée d'Homère, qui raconte le retour d'Ulysse à Ithaque après vingt années d'errance, et les ruses qu'il déploie pour chasser les prétendants à la main de Pénélope et au trône.

    Mais les vers ampoulés de Fauchois, si peu faits pour le théâtre, agacent Fauré. Il corrige, retouche, supprime deux actes, renvoie Télémaque à sa nourrice, donne du corps au rôle de Pénélope, et se jette dans le travail. Resurgit alors le souvenir du coup fatal que vingt ans plus tôt , à Munich, lui avait porté la découverte de la Tétralogie de Wagner. Il n'hésite pas une seconde : " le système wagnérien est le meilleur, il n'y en a pas d'autre ! "

    Mais l'utilisation du leit-motiv et du chromatisme intĂ©gral, la volontĂ© d'Ă©tablir une continuitĂ© musicale et dramatique, ne suffiront pas. C'est le système wagnĂ©rien appliquĂ© Ă  la lettre, sans Wagner, sans l'impĂ©rialisme de l'orchestre et sa somptuositĂ©. " Il faut Ă©couter PĂ©nĂ©lope comme on Ă©coute un quatuor Ă  cordes, ou une symphonie classique ", recommande Jean-Michel Nectoux, grand maĂ®tre es-FaurĂ©.


    On s'y perd un peu, et on oublie la voix. C'est là pourtant où Fauré est le meilleur, en offrant au personnage de Pénélope des moments d'effusion magnifiques (
    le souvenir ardent des heures de délices où je brûlais d'amour entre les bras d'Ulysse
    "
    au premier acte, ou
    Ulysse a rêvé contre mon sein
    "
    , au second). On ne demandait qu'à les entendre. Mais alors il fallait se montrer intraitable sur le choix des chanteurs. L'orchestre, qui a déjà beaucoup à dire, n'en est pas le maître et ne peut les aider à se fondre dans le tissu sonore. D'autant que la version de concert met la musique à nu et ne souffre pas la moindre défaillance.

    Pénélope perd sa voix

    HĂ©las ! Isabelle Vernet, dont la voix s'altère sĂ©rieusement, semble sans cesse se battre contre elle-mĂŞme pour " tenir ". Les plaintes de PĂ©nĂ©lope passent mal, mais les vocifĂ©rations, oui. Etrange confusion des rĂ´les : PĂ©nĂ©lope n'est pas une guerrière, elle est femme plus que femme, amoureuse et loyale jusqu'Ă  l'oubli de soi. OĂą s'est donc perdue la Vernet d'il y a huit ans qui, Ă  l'OpĂ©ra de Nantes, la dĂ©signait pour longtemps comme la tenante du titre ?

    Face Ă  ces dĂ©bordements, le Marseillais Luca Lombardo (Ulysse) semblait vocalement un peu Ă  l'Ă©troit dans la peau du hĂ©ros Ă  l'arc infaillible, visiblement absent au dĂ©sespoir de la reine. Des cinq " prĂ©tendants ", franchement, seul François Leroux ( Eurymaque) avait quelque chance de faire croire Ă  la noirceur de ses desseins (mais qui lui a suggĂ©rĂ© de forcer le trait Ă  ce point en grossissant exagĂ©rĂ©ment la voix ?).

    Quant aux cinq servantes de PĂ©nĂ©lope, Elsa Maurus (MĂ©lantho) Ă©tait la seule que l'on Ă©coutait sans frĂ©mir. Le timbre est toujours aussi beau et le tempĂ©rament dramatique rĂ©ussit Ă  s'exprimer malgrĂ© la brièvetĂ© des interventions. Heureusement Gilles Cachemaille ! Il est un EumĂ©e (le berger d'Ulysse) qui chante comme il respire, avec une ligne vocale impeccable. Heureusement l'enfant-pâtre Douglas Duteil : vingt secondes de grâce, c'est peu, mais dans la dĂ©solation quasi gĂ©nĂ©rale, c'Ă©tait bon Ă  prendre.

    Claude Schnitzler avait beau se dépenser sans compter pour tenter de trouver un semblant d'équilibre entre des voix en souffrance, un Orchestre National pourtant sincèrement engagé dans l'aventure, et des choeurs bien en place, mais singulièrement en quête d'intime conviction. Pénélope avait encore une fois toutes les raisons de s'affliger de son triste destin.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 14/06/2001
    Françoise MALETTRA

    Pénélope de Gabriel Fauré en version de concert avec l'Orchestre National de France dirigé par Claude Schnitzler.
    Gabriel Fauré : Pénélope
    Poème lyrique en trois actes et vingt scènes
    Livret de René Fauchois d'après L'Odyssée d'Homère

    Choeur de Radio France (Dir. François Polgar)
    Orchestre National de Radio France
    Direction : Claude Schnitzler
    Avec Isabelle Vernet (Pénélope), Luca Lombardo ( Ulysse), Guy Flechter (Antinoüs), Gilles Cachemaille (Eumée), Sylvie Sullé (Euryclée), François Le Roux (Eurymaque), Elsa Maurus (Mélantho), Elodie Méchain ( Cléone), Douglas Duteil (Un Pâtre), Marie Boyer (Philo et Eurymone), Anne-Marie Hellot ( Lydie), Brigitte Vinson (Alkandre), Bertrand Dubois (Pisandre), PierreVaello Ctésippe).

     


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