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CRITIQUES DE CONCERTS 12 novembre 2019

Concert de l'ensemble Intercontemporain à la Cité de la Musique.

Le zéro et l'infini
© D.R.

Marc André Dalbavie

L'espace et le temps sont des notions très élastiques en musique et les compositeurs d'aujourd'hui aiment en jouer. Ainsi, l'autre jour, à la Cité de la Musique, Penthode d'Elliott Carter, pièce pourtant deux fois plus brève que Mobiles de Marc-André Dalbavie, semblait s'étirer presque à l'infini.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 19/06/2001
Mathias HEIZMANN
 



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  • Trois compositeurs au programme de ce concert de la Cit√© de la Musique plac√© sous le signe de la cr√©ation contemporaine¬†: Carter, Kurtag et Dalbavie. Du premier, Penthode s'annonce passionnant si on en croit la notice¬†: " Une exp√©rience sur le caract√®re individuel et isol√© des instruments, cinq groupes qui s'opposent ou se combinent alors qu'une longue ligne continue, allant d'un instrument √† l'autre, relie la premi√®re √† la troisi√®me partie de la pi√®ce. "

    Du coup, on rêve à un monde de tensions et de conflits balayés par un souffle unificateur, une oeuvre qui résout ses contradictions et dénoue les attentes qu'elle a éveillées. Il n'en fut pourtant rien. La magie des premiers instants et le lyrisme irrésistible de ce fameux fil conducteur se muent rapidement en promenade tranquille dans un paysage sonore admirablement construit mais parfaitement ennuyeux. Une fois de plus en matière d'art, l'intelligence ne fait pas tout.

    À la décharge de Carter, il faut dire que son oeuvre venait juste après les Scènes d'un roman de György Kurtag, Quinze petites merveilles de simplicité et de poésie sonore qui avaient placé la barre assez haut. Car ici, la moindre inflexion, la plus infime nuance, semble donner du sens aux poèmes de Rimma Dalos, jusqu'à rendre presque inutile la lecture des traductions. Tout un monde s'y déploie sous nos oreilles, on suit les questionnements angoissés du narrateur, une femme aux prises avec ses doutes et ses craintes.


    Ainsi, de pi√®ce en pi√®ce, la musique installe une forme de mise en sc√®ne dont la force laisse pantois. Maria Husmann s'y montre une prodigieuse actrice - o√Ļ conteuse, on ne sait pas trop - et sa pr√©sence vocale donne une curieuse impression d'intimit√©, comme si s'adressant √† l'ensemble des auditeurs, elle parlait √† chacun. Et il faut souligner la difficult√© inh√©rente de ces pi√®ces br√®ves : il s'agit de se plonger instantan√©ment dans chaque univers et de changer de peau quinze fois de suite. √Ä ce jeu de cam√©l√©on, l'ensemble Intercontemporain emmen√© par David Robertson se r√©v√®le souverain.

    La cr√©ation de Mobiles de Marc-Andr√© Dalbavie m√©rite elle aussi tous les √©loges. L'oeuvre met en place un dispositif sonore de spatialisation parfaitement efficace qui s'articule autour d'une id√©e simple : installer une confusion totale entre les murmures de la salle et l'oeuvre elle-m√™me. Concr√®tement, les paroles des choristes de l'ensemble Accentus se m√™lent aux voix du public alors que les musiciens semblent encore accorder leurs instruments.

    On met un certain temps √† s'en rendre compte, en partie gr√Ęce √† l'√©quilibre du son amplifi√© et √† la disposition des hauts parleurs, mais surtout en raison de l'√©tranget√© de la situation. La force de cette sorte d'ouverture est probablement li√©e au sentiment d'√™tre partie prenante d'une oeuvre qui cherche √† abolir les fronti√®res, qu'elles soient spatiales ou temporelles.

    Mais cette belle id√©e aurait tr√®s bien pu se r√©duire √† un simple effet si l'auteur n'avait montr√©, √† la fois dans le traitement sonore et dans la conception g√©n√©rale de sa composition, une ma√ģtrise sans faille et un imaginaire sans fin. Ainsi, Mobiles fascine constamment parce que l'oeuvre semble toujours parler d'un ailleurs, d'un objet insaisissable que l'on croit parfois tenir, au d√©tour d'une parole, d'un accord ou d'une image. De ce point de vue, cette composition redonne au symbolisme cher √† Debussy une place de choix et assume parfaitement l'ambigu√Įt√© du sens, tout en donnant √† chaque spectateur la possibilit√© de construire son propre univers, quelque part entre le z√©ro et l'infini du temps musical.




    Cité de la Musique, Paris
    Le 19/06/2001
    Mathias HEIZMANN

    Concert de l'ensemble Intercontemporain à la Cité de la Musique.
    György Kurtag : Scène d'un roman, op 19.
    Elliott Carter : Penthode
    Marc-André Dalbavie : Mobiles pour choeur et ensemble (création)
    Ensemble Intercontemporain
    Direction : David Robertson
    Maria Hussmann, soprano

     


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