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CRITIQUES DE CONCERTS 15 octobre 2019

Fin du cycle Bartok au Théâtre du Châtelet.

Pierre Boulez
dans son domaine musical

© Marie Noelle Robert

Pour clore le cycle Bartok du Théâtre du Châtelet, Pierre Boulez a composé un programme presque idéal pour saluer le maître hongrois. Pianiste déjà légendaire, le pianiste Maurizio Pollini n'était pas le moindre atout de l'affiche, mais les avis restent partagés quant à sa connivence avec le compositeur de l'Allegro barbaro.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 20/06/2001
Gérard MANNONI
 



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  • Pierre Boulez reste un chef d'orchestre totalement à part. D'abord, il est l'un des compositeurs majeurs de l'époque et l'une des personnalités les plus influentes, sinon la plus influente, de la vie musicale française. Et puis, comme il ne dirige que le répertoire très particulier qu'il aime et qui lui convient donc forcément, il est difficile de le prendre en défaut.

    On se rappelle bien dans le passé une assez catastrophique série de concertos de Mozart avec Yvonne Loriod au piano, mais voici longtemps que le maître ne commet plus ce type d'erreurs. Avec Bartok, il est chez lui, depuis toujours. Il en connaît les moindres recoins, et il faut avouer que l'extraordinaire précision de sa direction, la clarté absolue de sa lecture de toute partition, son souci redoutable de la précision instrumentale font ici merveille, d'autant que son autorité naturelle et sa stature de monument historique vivant impressionnent les musiciens, même ceux de l'Orchestre de Paris qui joue comme jamais sous sa férule.

    Alors, que ce soit dans le Divertimento pour orchestre à cordes Sz. 113 ou dans le Concerto pour orchestre Sz. 116, toute la richesse de Bartok est magistralement déployée. La transparence de l'écriture, les contrastes entre les rythmes marqués, voire brutaux et ces étonnants moments de rêverie presque romantique, entre ces thèmes d'inspiration populaire et la manière très savante dont ils sont souvent traités, l'énergie latente même dans les mouvements les plus lents, on ne voit guère qui sait aujourd'hui les mettre en évidence de manière aussi irrésistible.

    Y a-t-il ce manque d'âme, de sensibilité que l'on reproche toujours et encore à la direction de Boulez ? Difficile à dire avec ce type de musique. Bartok, certes, peut être émouvant, mais ce n'est pas Tchaïkovski. On peut d'ailleurs appliquer ces mêmes commentaires au Premier concerto pour piano dont Maurizio Pollini était le soliste. Pollini peut-il encore aujourd'hui surprendre comme jadis avec la Fantaisie de Schumann ?


    On ne sait trop, mais avec cette musique, certainement, car au-delà de la fabuleuse maîtrise de l'instrument, il y a aussi une adéquation parfaite de l'écriture musicale avec le jeu du pianiste: lucidité, urgence du rythme, transparence totale des structures même dans les moments de virtuosité les plus fous. Le triomphe était au rendez-vous. Cela se comprend, car même si l'on n'a pas les oreilles qui battent la chamade, l'écoute d'un tel programme avec de tels interprètes reste un exceptionnel moment de musique au plus haut niveau.



    Allegro ma non barbaro

    Maurizio Pollini est un géant du piano, c'est entendu, et c'est aussi à réentendre souvent lorsqu'il livre des Diabelli aussi souveraines que celles qu'il vient de graver chez DGG. Mais son jeu à la fois équilibré, dosé, pesé, presque calibré défend-t-il au mieux Bartok ? Le doute est permis.

    De sa conception du piano comme un instrument de percussion, le compositeur ne faisait pas mystère. Ailleurs c'est un défaut de frapper, brutaliser ou d'infliger quelques sévices que ce soit à son piano, chez Bartok il n'est pas interdit d'avoir fait boxeur comme premier métier.

    Apollinien jusqu'au bout des ongles, le pianiste italien s'y refuse. Du coup (ou plutôt du manque de coups), la partition perd son punch et la tension sauvage qui lui donnent chair, et surtout muscles (il faut écouter Kocsis dans ce même concerto pour comprendre). Faute d'accent tonique et de ce léger déhanchement si caractérisque des musiques traditionnelles magyar, Bartok s'amenuise.

    Bien sûr, cette dimension " barbaro " n'est qu'une composante de cette musique. D'ailleurs, aux côtés du pianiste, Boulez n'est pas plus magyar que Pollini, mais son Bartok a fait fortune de presque deux siècles de musique : Wagner, Debussy, Stravinsky, Ravel, Mahler, Schœnberg -et même prémonitoirement Messiaen ou Kurtag - sont venus lui prêter leurs illuminations, leurs désarrois, leur violence, leur ambiguïté, leur souffle.

    Bref, si le Bartok de Boulez est déjà du Boulez, le Bartok de Pollini n'était, ce soir-là, que science du piano ; sans autre conscience.

    Eric Sebbag




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 20/06/2001
    Gérard MANNONI

    Fin du cycle Bartok au Théâtre du Châtelet.
    Bela Bartok : Divertimento pour orchestre à cordes Sz. 113, Premier concerto pour piano et Concerto pour orchestre Sz. 116
    Orchestre de Paris
    Maurizio Pollini, piano
    Pierre Boulez, direction

     


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