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CRITIQUES DE CONCERTS 10 décembre 2019

Récital du pianiste Georges pludermacher au XVIIIe festival Chopin à Paris.

Chopin sous la peau
© festival Chopin

Après des sonates de Mozart sans sucre et une intégrale Beethoven non moins surprenante d'absence de pathos, on imaginait mal Georges Pludermacher s'accorder avec le romantisme réputé à fleur de peau de Chopin. Naturellement, le pianiste français n'a pu s'empêcher d'aller voir en dessous, mais sans jamais écorcher.
 

Orangerie du Parc de Bagatelle, Boulogne
Le 28/06/2001
Jacques DUFFOURG
 



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  • Georges Pludermacher est un √©l√®ve dissip√©, qui commence son r√©cital par la bagatelle avant de se consacrer √† l'√©tude ; de Chopin bien-s√Ľr, le ma√ģtre des lieux qui s'arroge naturellement la meilleure part de chacun des deux domaines.

    Ses mazurkas, réminiscences d'exil, dont l'essence dansante et légère est admirablement rendue par l'artiste (rubato, style chaloupé, contrastes de dynamiques), trouvent aussi chez lui leur constante ambivalence de couleur.

    Rare au concert, le piano de Smetana ¬Ė autre chercheur d'identit√© nationale - ne voit pas davantage de gal√©jade dans le genre " futile ". Le pianiste joue, rubato encore, les changements rapides et pr√©monitoires d'un cahier de jeunesse aux titres adolescents, √† la mani√®re du Carnaval de Schumann.

    Le lugubre accord final fait c√©sure avec la premi√®re des bagatelles de Beethoven ; que Pludermacher, distanci√© mais non distant, replace sous son faux-air de simplicit√©, apr√®s l'ultime sonate opus 111. Mais la tension et l'ampleur montent de degr√© en degr√© jusqu'√† la sixi√®me bagatelle qui cl√īt la premi√®re partie.


    Avec un son puissant et net, une sobre économie de gestes et de buste, Pludermacher offre une merveilleuse palette de teintes et de climats - parfois délétères - qu'il avait déjà faite sienne dans les Diabelli rémoises (éditées chez Transart).

    Même mouvement ascensionnel dans le Chopin de l'opus 25, recueil de bravoure qui ne s'oppose qu'en apparence aux fantaisies apéritives. De la plus élégiaque berceuse à la tempétueuse révolte, et avec des intervalles délibérément courts entre chacunes, l'interprète gravit toutes les marches avec un détachement de sphinx et une foulée olympienne.

    Une main gauche constamment mena√ßante et ambigu√ę a bien pr√©par√© le brutal paroxysme des deux derni√®res √©tudes, rarement entendues aussi violentes et ma√ģtris√©es √† la fois. Apr√®s quoi, la gaze translucide d'un Debussy (encore des √©tudes) vient apporter en bis quelque r√©mission.

    De fait, le talent de Pludermacher ne tient pas qu'√† son refus de tout pathos inutile. Son irr√©fragable souplesse rythmique - son go√Ľt pour le jazz ? -, fait de ce cycle une architecture en mouvement dont la g√©om√©trie refuse de se plier √† Euclide.

    Au final, d'un élève si brillant, on souhaite qu'il ne délaisse jamais ses études




    Orangerie du Parc de Bagatelle, Boulogne
    Le 28/06/2001
    Jacques DUFFOURG

    Récital du pianiste Georges pludermacher au XVIIIe festival Chopin à Paris.
    Chopin : Les quatre premi√®res Mazurkas, opus 17, Douze √Čtudes, opus 25
    Smetana : Bagatelles et Impromptus.
    Beethoven : Six Bagatelles, opus 126

     


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