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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2019

Concert du Festival de Colmar avec le pianiste Frank Braley et le violoniste Renaud Capuçon.

Un goût de trop peu
© Roque d

En Alsace, le Festival de Colmar est devenu un lieu incontournable pour ceux qui souhaitent se gorger de musique durant l'été. Mais si sa programmation, des plus généreuses, laisse généralement peu de place au farniente et si les têtes d'affiches se succèdent sans relâche, tous les concerts ne tiennent pas leurs promesses.
 

Le 06/07/2001
Mathias HEIZMANN
 



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  • Vendredi dernier Frank Braley et Renaud Capuçon tenaient l'affiche Ă  la Chapelle Saint-Pierre. De la musique de chambre pour une fin d'après-midi ensoleillĂ©, difficile de rĂŞver mieux, d'autant qu'on nous promet un subtil mĂ©lange de Schubert de Beethoven et de Ravel.

    Cependant, dès les premières mesures de l'Introduction et variation sur le lied Trockne Blumen, on s'ennuie ferme. Le piano ne manque pourtant pas de qualités même si l'on peut préférer un son plus franc et pinailler sur l'usage très systématique de pédale forte qui produit un son un peu auréolé. De son côté, le violon chante et Renaud Capuçon se montre même touchant tant il met d'ardeur à faire sonner son instrument.

    Mais en écoutant Beethoven et Ravel, on se rend vite compte que les problèmes ne se réduisent pas à des questions de littéralité, de faiblesse individuelle ou collective. D'abord parce qu'un certain nombre de "défauts" disparaissent au fil du concert (dont les problèmes de pédalisation de Frank Braley), mais surtout parce que les deux musiciens montrent un professionnalisme de bon aloi et que leur Sonate à Kreutzer - tout comme celle de Ravel - se tient. Formellement du moins.

    En fait, cette prestation, toute prudente et sage, pose une fois de plus la question de l'incarnation, et, plus précisément, celle du choix avec ce que cela suppose de renoncements et de sacrifices.


    Le cinéaste François Truffaut* avait en son temps noté que les grandes oeuvres étaient toujours des oeuvres ratées, dans la mesure où leurs auteurs, pour s'exprimer, doivent nécessairement sacrifier quelque chose : Glenn Gould sacrifie tout pour une prise de parole qui tient souvent de la réécriture, Guilels dans ses lectures baroques, sacrifie la littéralité pour un discours humaniste et une sensualité du son parfaitement hors contexte.

    On pourrait dérouler ainsi la liste des grandes interprétations subjectives, toutes plus ou moins "ratées" si l'on entend par "interprétation réussie" une sorte d'équilibre idéal où, pour citer Truffaut :" tous les éléments participent également d'un tout qui mérite alors l'adjectif de parfait. "

    En ce sens, Frank Braley et Renaud Capuçon ont sans doute plus recherché cette sorte de perfection qu'une prise de rôle forcément risquée. On pourrait ajouter un peu méchamment que les imperfections demeurent, regretter pour le coup que, faute d'un concert renversant, l'on ait eu droit à une formidable leçon technique.

    Et même si nombre de passages, du côté de Renaud Capuçon, ont flirtés avec une certaine grâce, l'ensemble n'a pas su trouver une forme quelconque de nécessité. Assez bonne écoute commune, assez bonne technique, assez " d'assez " qui, au total, laissent un goût de trop peu.



    * À propos de La tour de Nesle d'Abel Gance, in Les films de ma vie. Ed flammarion




    Le 06/07/2001
    Mathias HEIZMANN

    Concert du Festival de Colmar avec le pianiste Frank Braley et le violoniste Renaud Capuçon.
    Schubert : Introduction et variation sur le lied Trockne Blumen
    Beethoven : Sonate Ă  Kreuzer
    Ravel : Sonate pour violon et piano

     


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