altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 24 mai 2019

Concert du Budapest Festival Orchestra dirigé par Ivan Fischer au festival de Montpellier.

Peur bleue à Montpellier
© Tanja Niemann

Eva Marton

Le Budapest Festival Orchestra n'a pas la rutilance du Philharmonique de Berlin, l'assise soyeuse du Concertgebouw d'Amsterdam, la précision de la phalange de Cleveland, mais quand il s'agit de défendre le patrimoine musical hongrois, il sait hérisser ses archets comme aucun autre. Il vient de le démontrer à nouveau à Montpellier.
 

Festival de Radio France et Montpellier, Opéra Berlioz Le Corum,
Le 17/07/2001
Françoise MALETTRA
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Aux hommes de bonne volonté

  • Songeuse nuit d'été

  • Une audace magnifiée

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Wagner était-il le meilleur hors-d'oeuvre pour le Budapest Festival Orchestra avant de s'attaquer au Château de Barbe-Bleue de Bartok ? À en juger par l'étrange acidité des cordes, le déséquilibre des masses sonores et le volume général fort, trop fort, on a peine à le penser.

    Heureusement, les choeurs de Montpellier étaient eux très goûteux et d'une belle homogénéité. Quant à Adrianna Pieczonka, elle fut une Elsa deBrabant de Lohengrin vibrante, fiévreuse, épanouie dans tous les registres d'un rôle encore plus redoutable dans la nudité de la version de concert. De quoi regretter qu'elle ne soit pas plus souvent venue chanter sur les scènes françaises.

    À ses côtés, si Albert Bonnema ne fut pas le Lohengrin du siècle, il a le mérite de l'avoir défendu plus qu'honorablement, d'autant qu'il remplaçait au pied levé le ténor Gösta Winbergh empêché.

    Vient enfin le plat principal, Bartok. " Injouable, refusé ! ", avait décrété en 1911 l'austère commission des Beaux-Arts de Budapest à la lecture du premier (et unique) opéra du compositeur : Le Château de Barbe-Bleue, largement inspiré du conte de Perrault, mais revu et corrigé par le poète hongrois Bela Balàsz.

    Verdict irrecevable aujourd'hui, même si l'on comprend qu'à l'époque l'exécution pouvait sembler à haut risque. Elle l'est restée, et il faut une sacrée trempe pour réussir à donner chair à cette tragédie sanglante de soixante minutes (symphonie théâtrale, opéra orchestre ?), d'une tension musicale inouïe, où les voix et les instruments évoluent en permanence dans leur tessiture extrême.




    La musique tire pour la première fois sa substance d'une langue hongroise affranchie des influences venues d'ailleurs, rendue à sa rugueuse douceur et à sa pureté : musique du cri, de la supplique, de la stupeur, musique du désir de l'homme et de la femme, chacun s'épuisant à percer le mystère de l'autre, dans un terrible parcours initiatique, scandé par le franchissement de sept portes, derrière lesquelles veillent les instruments de la guerre et du pouvoir, ou scintille un étang de larmes, où errent les fantômes d'épouses répudiées.

    Mercredi soir, c'était donc au tour de Bartok d'être servi par les siens. Chef, orchestre, chanteurs : tous hongrois. Ivan Fischer, impérial, organisait les déchaînements des échos barbares issus des profondeurs du sinistre château et les troublantes rumeurs nocturnes.

    Là où Boulez (récemment au Châtelet puis à Aix dans ce même Barbe-Bleue ) tissait une étoffe orchestrale riche de mille coloris inédits, la direction de Fischer attaque directement le système nerveux avec une pulsation aussi sourde qu'implacable relevée de cris terrorisants proférés de tous les pupitres.

    Ces derniers seront à peine calmés par la vision de l'autre empire de Barbe-Bleue, celui où fleurissent le lys et les roses, où s'étendent à perte de vue forêts, rivières et montagnes, avant que l'imprudente Judith n'ouvre l'ultime porte et que la nuit ne l'engloutisse à jamais.

    Eva Marton, dont la voix a perdu de sa stabilité (et souvent sa justesse) compense par une force dramatique impressionnante. Sa Judith est violente, frémissante et implorante face à la voix au bronze inaltérable de Laszlo Polgar, terrifiant et pathétique. Bref, ce Château possédait décidément tous les ingrédients nécessaires pour provoquer une délicieuse peur bleue.




    Festival de Radio France et Montpellier, Opéra Berlioz Le Corum,
    Le 17/07/2001
    Françoise MALETTRA

    Concert du Budapest Festival Orchestra dirigé par Ivan Fischer au festival de Montpellier.
    Richard Wagner
    Lohengrin (Acte III, scène l et 2 ? version de concert)
    Treulich gefürt ziehet dahin (choeur)
    Duo Elsa/Lohengrin
    Adrianna Pieczonka (soprano) ? Albert Bonnema (ténor)
    Choeur des Opéras de Montpellier

    Bela Bartok
    Le Château de Barbe-Bleue
    Opéra en l acte, Opus II (1911)
    Livret de Bela Balàsz
    Eva Marton (Soprano : Judith)
    Làslo Polgar (baryton : Barbe-Bleue)

    Budapest Festival Orchestra
    Direction : Ivan Fischer

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com