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CRITIQUES DE CONCERTS 19 juin 2019

L'édition 2001 du festival du Thoronet.

Avec l'accord des chauves-souris
© D.R.

Roberto Festa de l'ensemble Daedalus.

Sertie dans la forêt varoise, l'abbaye cistercienne du Thoronet accueille, chaque année en juillet, un public nombreux et non spécialisé, attiré par la magie du lieu et par une programmation musicale originale sans concession, signée Dominique Vellard, par ailleurs directeur de l'Ensemble Gilles Binchois.
 

Festival du Thoronet,
Le 25/07/2001
Olivier BERNAGER
 



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  • Un festival de musique médiéval est-il viable ? Le projet du Thoronet fait mentir les sceptiques et les directeurs de festivals paresseux qui confondent réjouissances musicales et pompe à euros ; ces mêmes " décideurs artistiques " qui considèrent la Quarantième de Mozart comme une locomotive et un motet de l'Ecole de Notre Dame comme un surpoids.

    Or, on vient au Thoronet en famille pour se ressourcer dans le répertoire médiéval et des musiques de tradition orale. Cette année, le festival avait une oreille à l'est avec les polyphonies ukrainiennes de l'Ensemble Drewo, et l'autre au sud avec l'Orchestre arabo-andalou de Fez et la jeune diva de la romance sépharade, Françoise Atlan.

    Ce jumelage est d'autant plus justifié que l'univers médiéval, notamment le chant, fait sien les pratiques modales issues du monde arabe que l'on retrouve, par exemple, dans les Cantigas de Sancta Maria, et mélange souvent le sacré et le profane, comme le font aujourd'hui les chanteurs ukrainiens.

    Pour l'édition 2001, le festival s'est ouvert le 18 juillet sur des messes et des motets tout à tour monodiques et polyphoniques, chantés par l'Ensemble Gilles Binchois, dont Dominique Vellard est le directeur.

    Puisées dans un répertoire mal connu d'antiennes, d'hymnes et de repons de Guillaume Dufay, de Jean de Ségovie et de Gilles Binchois, ces oeuvres trouvent dans l'acoustique idéale de l'abbatiale un écrin à leur mesure.


    Le 19 juillet, grâce à l'excellent ensemble Diabolus in musica, on aura pu juger de la splendeur des pièces composées par les musiciens du Pape quand la Papauté se déplaça de Rome en Avignon en 1305.

    Avec les polyphonies du chapelain de la Sainte Chapelle, Johannes Prioris (ca. 1510), l'Ensemble Daedalus, le 22 juillet, faisait découvrir un compositeur fastueux dont le nom est moins cité que celui d'Ockeghem, de Josquin ou de Brumel.

    Le 24 juillet, L'ensemble Les flamboyants du flûtiste Michael Form présentait le premier manuscrit imprimé de musique polyphonique, " l'Odhecaton ", un recueil d'une centaine de chants couché sur le papier à Venise en dans les années 1501 par un élève de Gutemberg, le Vénitien Ottaviano Pettrucci.

    Celui-ci rassemble les " incipit " de chants traditionnels, comme pour en laisser la trace dans l'histoire, laissant de côté les paroles complètes que sans doute chacun était censé connaître à l'époque. C'est à partir de ces fragments que Michael Form et ses musiciens ont créé une interprétation purement instrumentale de ces chansons dans le dortoir des moines, devant une assistance recueillie, que le propos abstrait et savant du programme était loin de rebuter.


    Les chants corses de Marcassu

    Le Festival s'achevait le 25 juillet sur des messes traditionnelles corses chantées par l'ensemble A Cumpagna. Voici un répertoire dont la pratique est toujours vivante, et commence à avoir un public continental fervent.

    Les travaux et les jours, les larmes et les joies : une première partie constituée de chants pour accompagner les défunts à leur dernière demeure, et une seconde constituée de messes et d'hymnes pour les circonstances de la vie. Voilà pour le programme dont certains chants, plus savants que les autres, étaient issus de manuscrits récemment exhumés de la riche bibliothèque du couvent franciscain de Marcassu.

    La très forte présence de ces artistes au comportement d'hommes de tous les jours, humbles et directs, ajoutée à des chants à trois voix à l'expression âpre comme l'est le pays corse, firent de ce concert un moment fort. Ces chants utilisent des intervalles " purs " comme la tierce mineure longue, appelée " terza mezzana " et la " grande quinte "

    Leur mélange suscite des sons harmoniques qui entrent en résonance naturelle non seulement entre eux, d'où un timbre global tout à tour boisé et strident, mais aussi en résonance avec l'acoustique parfaite pour la musique vocale (surtout monodique) de l'abbatiale. On assistait ainsi à un jeu fragile et puissamment expressif d'apprivoisement de l'espace par le chant qui, avec le contrôle de la lumière, est une des bases spirituelles de l'architecture cistercienne.

    Applaudis, ils le furent, même au delà, puisqu'une partie de l'assistance salua leur départ d'un début de " Holà " ! Il faut dire qu'en plus de ces polyphonies très tendues et d'une beauté sauvage, l'orage grondait et des chauves-souris de belle taille voletaient au-dessus de l'assistance.

    La science dira peut-être un jour que ces surprenantes bestioles d'allure gothique adorent la musique médiévale




    Festival du Thoronet,
    Le 25/07/2001
    Olivier BERNAGER

    L'édition 2001 du festival du Thoronet.
    18 juillet
    messes et motets de Guillaume Dufay, de Jean de Ségovie et Gilles Binchois
    Ensemble Gilles Binchois
    Direction : Dominique Vellard

    19 juillet
    Musiques de la Papauté au XIIe siècle
    Ensemble Diabolus in musica

    22 juillet
    Polyphonies de Johannes Prioris (ca. 1510)
    Ensemble Daedalus
    Direction : Roberto Festa

    24 juillet
    Musiques du manuscrit " Odhecaton "
    Ensemble Les flamboyants
    Direction : Michael Form

    25 juillet
    Messes traditionnelles corses
    Ensemble A Cumpagna

     


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