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CRITIQUES DE CONCERTS 16 janvier 2018

Version de concert de l'opéra Risurrezione de Franco Alfano au festival de Radio-France et de Montpellier.

Résurrection à double titre
© Luc Jennepin

Denia Mazzola-Gavazzeni

Franco Alfano est surtout connu pour avoir achevé la partition de Turandot de Puccini, à la demande de Toscanini. Pourtant, Alfano a livré plusieurs autres partitions d'opéras marquantes, parmi lesquelles cette Risurrezione que le festival de Montpelllier proposait récemment de redécouvrir en version de concert.
 

Festival de Radio France et Montpellier, Opéra Berlioz Le Corum,
Le 08/08/2001
Jacques DUFFOURG
 



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  • Entre vérisme et sentimentalisme, cette Risurrezione de Franco Alfano trousse un canevas dramatique des plus extravagants, Qu'on en juge plutôt : la pure Katiuscha (Denia Mazzola, sur qui tout repose), paysanne élevée au rang de demoiselle de compagnie, est séduite puis abandonnée par le prince Dimitri (Antonio Nagore).

    Enceinte, elle est chassée par ses maîtres ; son enfant meurt. Elle se livre à la prostitution ; accusée à tort d'un crime, elle se retrouve emprisonnée. Surviennent alors la déportation en Sibérie, la déchéance, le tabagisme et l'alcool.

    En conclusion de quoi, l'ingrat habité par le remords vient proposer réparation à la courtisane, amourachée entre-temps d'un bellâtre local (Vladimir Petrov). Refus, puis pieuses larmes sur fond de " résurrection " (paraphrase du choeur), d'où le titre. Séparation et salut édifiants garantis.

    Même si la pièce atteint la millième en 1951, ses ressources dramaturgiques, on l'aura compris, ne plaident plus guère en sa faveur, on recherche donc tout naturellement la valeur musicale : elle est superlative, presque de bout en bout.

    Européen avant d'être napolitain, Alfano court de Paris à Leipzig et de Berlin à Moscou, connaît son Wagner (dénouement à rapprocher du Vaisseau, et surtout cor anglais au début du IV, se souvenant de Tristan) comme son Debussy (interludes denses et narratifs, dignes de Pelléas).

    Anticipant sur la toute proche Salomé, l'orchestre ne se contente pas de recourir aux possibilités nouvelles et nombreuses offertes par l'effectif. Bien plus que le choeur d'utilité, il devient le commentateur autonome et solidaire du drame chanté.


    Denia Mazzola au pinacle

    À Montpellier, un Friedemann Layer des grands soirs lui a donné toute latitude pour s'épanouir : avant tout clarté des attaques et totale mise en relief des plans sonores mais aussi netteté des cuivres, opalescence des cordes et écoute constante des chanteurs.

    Parmi ces derniers, on portera au pinacle la prestation de Denia Mazzola. Intérêt et handicap de la partition, celle-ci ne doit sa cohérence vocale qu'à l'omniprésence de Katiuscha. Sollicitée sans cesse, Mazzola prodigue au Corum une véritable démonstration.

    Physiquement peu avare d'efforts, elle est une actrice consommée qui, presque à elle seule, réussit à donner vie à une version de concert. De plus, sa voix est d'une homogénéité de registres et d'une variété d'expression sidérantes relevée d'une envergure dynamique peu commune.

    Près d'elle, deux rôles masculins inaboutis ne seront jamais en mesure de lui ravir la vedette. Dimitri trouve en Antonio Nagore un ténor aussi souple qu'efficient, mais dont le style s'étiole à mesure que la partition progresse (pleurs, aigus criés). Inversement, Vladimir Petrov est un splendide baryton, mais son rôle trop réduit ne comprend qu'un monologue, certes d'une grande beauté mais qui n'intervient qu'au dernier acte.

    Reste les (trop ?) nombreux partenaires qui se répartissent entre l'excellent (Laura Brioli) et l'ordinaire (Nanà Kavtarashvili, Giancarlo Tosi) ; coutumier du Festival ; de son côté, le choeur de la Radio Lettone s'emploie avec conviction à apporter à l'opéra la touche septentrionale qui lui sied.

    Que retenir de cette réhabilitation montpelliéraine ? Hormis la chute de tension du duo final (comme dans Turandot terminé par Alfano lui-même
    ), la musique va au-delà de tout ce que l'Italie produisait alors.

    Seul un argument outré et un déséquilibre de distribution peuvent en expliquer l'oubli. Mais, ne serait-ce que pour cette Katiuscha d'anthologie campée par Denia Mazzola, ou pour découvrir le sens de l'orchestration d'Alfano, cette résurrection était méritée à double titre.




    Festival de Radio France et Montpellier, Opéra Berlioz Le Corum,
    Le 08/08/2001
    Jacques DUFFOURG

    Version de concert de l'opéra Risurrezione de Franco Alfano au festival de Radio-France et de Montpellier.
    Risurrezione de Franco Alfano (1876-1954) d'après Résurrection de Léon Tolstoï.
    Solistes et Choeur de la Radio Lettone
    Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon
    Direction : Friedemann Layer.

    Avec Denia Mazzola-Gavazzeni, Antonio Nagore, Vladimir Petrov, Laura Brioli, Jacqueline Mayeur, Giancarlo Tosi, Nanà Kavtarashvili.

     


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