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CRITIQUES DE CONCERTS 10 décembre 2019

Version de concert de l'opéra Risurrezione de Franco Alfano au festival de Radio-France et de Montpellier.

Résurrection à double titre
© Luc Jennepin

Denia Mazzola-Gavazzeni

Franco Alfano est surtout connu pour avoir achevé la partition de Turandot de Puccini, à la demande de Toscanini. Pourtant, Alfano a livré plusieurs autres partitions d'opéras marquantes, parmi lesquelles cette Risurrezione que le festival de Montpelllier proposait récemment de redécouvrir en version de concert.
 

Festival de Radio France et Montpellier, Opéra Berlioz Le Corum,
Le 08/08/2001
Jacques DUFFOURG
 



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  • Entre v√©risme et sentimentalisme, cette Risurrezione de Franco Alfano trousse un canevas dramatique des plus extravagants, Qu'on en juge plut√īt : la pure Katiuscha (Denia Mazzola, sur qui tout repose), paysanne √©lev√©e au rang de demoiselle de compagnie, est s√©duite puis abandonn√©e par le prince Dimitri (Antonio Nagore).

    Enceinte, elle est chass√©e par ses ma√ģtres ; son enfant meurt. Elle se livre √† la prostitution ; accus√©e √† tort d'un crime, elle se retrouve emprisonn√©e. Surviennent alors la d√©portation en Sib√©rie, la d√©ch√©ance, le tabagisme et l'alcool.

    En conclusion de quoi, l'ingrat habit√© par le remords vient proposer r√©paration √† la courtisane, amourach√©e entre-temps d'un bell√Ętre local (Vladimir Petrov). Refus, puis pieuses larmes sur fond de " r√©surrection " (paraphrase du choeur), d'o√Ļ le titre. S√©paration et salut √©difiants garantis.

    Même si la pièce atteint la millième en 1951, ses ressources dramaturgiques, on l'aura compris, ne plaident plus guère en sa faveur, on recherche donc tout naturellement la valeur musicale : elle est superlative, presque de bout en bout.

    Europ√©en avant d'√™tre napolitain, Alfano court de Paris √† Leipzig et de Berlin √† Moscou, conna√ģt son Wagner (d√©nouement √† rapprocher du Vaisseau, et surtout cor anglais au d√©but du IV, se souvenant de Tristan) comme son Debussy (interludes denses et narratifs, dignes de Pell√©as).

    Anticipant sur la toute proche Salomé, l'orchestre ne se contente pas de recourir aux possibilités nouvelles et nombreuses offertes par l'effectif. Bien plus que le choeur d'utilité, il devient le commentateur autonome et solidaire du drame chanté.


    Denia Mazzola au pinacle

    À Montpellier, un Friedemann Layer des grands soirs lui a donné toute latitude pour s'épanouir : avant tout clarté des attaques et totale mise en relief des plans sonores mais aussi netteté des cuivres, opalescence des cordes et écoute constante des chanteurs.

    Parmi ces derniers, on portera au pinacle la prestation de Denia Mazzola. Intérêt et handicap de la partition, celle-ci ne doit sa cohérence vocale qu'à l'omniprésence de Katiuscha. Sollicitée sans cesse, Mazzola prodigue au Corum une véritable démonstration.

    Physiquement peu avare d'efforts, elle est une actrice consommée qui, presque à elle seule, réussit à donner vie à une version de concert. De plus, sa voix est d'une homogénéité de registres et d'une variété d'expression sidérantes relevée d'une envergure dynamique peu commune.

    Pr√®s d'elle, deux r√īles masculins inaboutis ne seront jamais en mesure de lui ravir la vedette. Dimitri trouve en Antonio Nagore un t√©nor aussi souple qu'efficient, mais dont le style s'√©tiole √† mesure que la partition progresse (pleurs, aigus cri√©s). Inversement, Vladimir Petrov est un splendide baryton, mais son r√īle trop r√©duit ne comprend qu'un monologue, certes d'une grande beaut√© mais qui n'intervient qu'au dernier acte.

    Reste les (trop ?) nombreux partenaires qui se r√©partissent entre l'excellent (Laura Brioli) et l'ordinaire (Nan√† Kavtarashvili, Giancarlo Tosi) ; coutumier du Festival ; de son c√īt√©, le choeur de la Radio Lettone s'emploie avec conviction √† apporter √† l'op√©ra la touche septentrionale qui lui sied.

    Que retenir de cette réhabilitation montpelliéraine ? Hormis la chute de tension du duo final (comme dans Turandot terminé par Alfano lui-même
    ), la musique va au-delà de tout ce que l'Italie produisait alors.

    Seul un argument outré et un déséquilibre de distribution peuvent en expliquer l'oubli. Mais, ne serait-ce que pour cette Katiuscha d'anthologie campée par Denia Mazzola, ou pour découvrir le sens de l'orchestration d'Alfano, cette résurrection était méritée à double titre.




    Festival de Radio France et Montpellier, Opéra Berlioz Le Corum,
    Le 08/08/2001
    Jacques DUFFOURG

    Version de concert de l'opéra Risurrezione de Franco Alfano au festival de Radio-France et de Montpellier.
    Risurrezione de Franco Alfano (1876-1954) d'apr√®s R√©surrection de L√©on Tolsto√Į.
    Solistes et Choeur de la Radio Lettone
    Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon
    Direction : Friedemann Layer.

    Avec Denia Mazzola-Gavazzeni, Antonio Nagore, Vladimir Petrov, Laura Brioli, Jacqueline Mayeur, Giancarlo Tosi, Nanà Kavtarashvili.

     


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