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CRITIQUES DE CONCERTS 24 mai 2019

Production originale du Carnaval des Animaux d'après Camille Saint-Saëns au Festival de Radio-France et de Montpellier.

Comme des animaux en cage
© D.R.

Salle archi-comble au Corum de Montpellier, le 25 juillet dernier, pour une production originale du Carnaval des Animaux d'après Saint-Saëns. À l'affiche, rien moins que les soeurs Labèque, les acteurs Gérard Depardieu et Aurore Clément. Sans oublier la romancière Marie Darrieussecq, venue rafraîchir le Carnaval d'une plume neuve.
 

Festival de Radio France et Montpellier, Opéra Berlioz Le Corum,
Le 25/07/2001
Jacques DUFFOURG
 



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  • En première partie, la musique originale de Ma mère l'Oye pour piano à quatre mains est confiée à Katia et Marielle Labèque. Les habitués de la version orchestrale doivent faire un léger effort d'adaptation au prix duquel la découverte de la prime intimité pianistique de ce ballet se révèle captivante.

    Quelque peu assagies, semble-t-il, depuis les années " Grand Echiquier ", les deux soeurs possèdent sans conteste la délicatesse réclamée par ces miniatures et convainquent sans difficulté par une grande douceur de toucher et une vive aptitude aux changements d'atmosphères. Leur synchronisme est demeuré irréprochable, à l'inverse de leur palette dynamique qui aurait gagné à être un brin plus étagée.

    Entracte précoce, et place donc à une version scénique du Carnaval confiée à Jean-Paul Scarpitta. Avec un texte de Marie Darrieussecq, l'auteur de Truismes et un discours de Gérard Depardieu soi-même, l'affiche est des plus alléchante.

    Le dispositif est complété par la lecture en " voix-off " (Aurore Clément) de bonnes feuilles animalières d'écrivains plus illustres, des chorégraphies, un diaporama et un décor à dominante bleu. Les Labèque tiennent les deux pianos, entourées d'un petit ensemble où brillent entre autres les noms de Manuel Fischer-Dieskau et Pascal Moraguès.


    La conception d'ensemble s'avère séduisante : le petit bijou de Saint-Saëns ouvre toutes grandes les portes de l'imaginaire, et pas seulement enfantin ; sa vis comica n'excluant en rien les échappées poétiques, il n'y a donc pas de contresens préalable à offrir au Carnaval une imagerie supplétive et ? pourquoi pas ? un récit.

    Mais l'exercice n'en est pas moins périlleux : creuser la veine descriptive d'une musique picturale à souhait, pourquoi non ? mais l'utiliser comme prétexte pour déverser à gros bouillons ses propres fantasmes frise la confiscation. Peut-on laisser une incrustation vidéo en imposer à une partition qui ne fut pas pensée pour la scène ?

    C'est pourtant ce qui survient à force de reproductions de Giotto, Dürer, d'envols répétitifs d'oiseaux, de portraits de Carole Bouquet ou de Charlotte Rampling (certes, de très jolies bestioles !) qui au lieu de composer une paraphrase cohérente tirent l'entreprise vers le patchwork psychanalytique tendance auberge espagnole.

    Depardieu rescapé d'Urgences

    Après le préambule solennel d'Aurore Clément et une chorégraphie simpliste de Katrine Boorman, la salle retient son souffle à l'arrivée tardive de Depardieu. En tenue de rescapé de la série télévisuelle Urgences, il met toute sa bonne volonté pour donner un souffle incantatoire à une litanie baleinière qui ressemble à une réécriture duPetit Prince par Marguerite Yourcenar (sans, hélas, le talent de l'un ou l'autre). Là dessus, la posture statique imposé à l'acteur par Scarpitta et un bruitage tendance faune marine, aussi vide de sens que nuisible à la musique, achève d'exaspérer l'oreille.


    La narcissique plaquette qui présentait le programme avait pourtant avoué tenir le compositeur pour quantité négligeable par ces mots : " le livret ne suit pas de manière scrupuleuse les quatorze pièces de Saint-Saëns ". C'est le moins qu'on puisse dire car durant d'interminables soliloques zoologiques, on se demande pour quoi sont présents les instrumentistes.

    Or chacune de leurs interventions (les Labèque, Fischer-Dieskau par exemple) sont proprement hypnotiques et certaines idées scéniques se révèlent excellentes : par exemple la clarinette de Pascal Moraguès qui promène le chant du Coucou de droite et de gauche alors que l'obscurité règne sur le parterre.

    Pourquoi, dès lors, ne pas s'en être tenu à ce genre de trouvailles, si proches du facétieux compositeur que savait être Saint-Saëns ? Pourquoi avoir convoqué à grands frais des artistes de renom et un dispositif scénique très lourd sans les fédérer derrière un projet cohérent avec l'argument musical ? Tassés côté jardin, dans la plus grande pénombre, tous ces merveilleux musiciens ont subi le même sort que Saint-Saëns lui-même : celui des animaux en cage.




    Festival de Radio France et Montpellier, Opéra Berlioz Le Corum,
    Le 25/07/2001
    Jacques DUFFOURG

    Production originale du Carnaval des Animaux d'après Camille Saint-Saëns au Festival de Radio-France et de Montpellier.
    Maurice Ravel : Ma mère l'Oye, version originale pour piano à quatre mains (1910).
    Camille Saint-Saëns : Le Carnaval des Animaux, fantaisie zoologique (1886), version avec récitants et danseurs
    Texte original de Marie Darrieussecq.
    Citations de Léonard de Vinci, Franz Kafka et Jacques Prévert.
    Récit : Gérard Depardieu et Aurore Clément. Danse : Katrine Boorman,
    Camille Victor, Raphaëlle Boitel, Delphine Lemonnier et Frédéric Reymond.
    Mise en scène : Jean-Paul Scarpitta.

    Katia et Marielle Labèque, pianos. Massimo Spadano et Valérie Gillard, violons. Fabrizio De Melis, alto. Manuel Fischer-Dieskau, violoncelle., Benoît Fromanger, flûte. Pascal Moraguès, clarinette. Marco Postinghel, basson substitué à la contrebasse. Raymond Curfs, percussions.

     


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