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CRITIQUES DE CONCERTS 07 décembre 2021

Intégrale des trois livres des Années de Pèlerinage de Frans Liszt par Nicholas Angelich au festival de la Roque d'Anthéron.

Pèlerinage à mains nues
© D.R.

En matière de défis pianistiques, l'idée d'une intégrale des Années de Pèlerinage de Franz Liszt en un seul concert, soit près de trois heures de musique, paraît des plus folles. C'est pourtant la gageure tentée et accomplie par Nicholas Angelich, à la Roque d'Anthéron, le 16 août dernier.
 

Festival de piano de la Roque d'Anthéron,
Le 16/08/2001
Olivier BERNAGER
 



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  • Près de dix-huit cents amateurs de piano, dont aucun ne manquait Ă  l'appel Ă  la fin de ce marathon, ovationnaient ce 16 aoĂ»t au Parc du Château de Florans le jeune Nicholas Angelich qui venait de donner un de ces rĂ©citals qui marquent autant la vie d'un concertiste que celle de ses auditeurs.

    Car il fallait oser livrer en trois parties d'une heure environ chacune l'intĂ©gralitĂ© des trois livres des AnnĂ©es de Pèlerinage de Liszt. Oser le risque physique : il y a dans ces pièces des monstres pianistiques. Oser le parcours musical : les chef-d'oeuvre que sont, individuellement, ces pièces de durĂ©es et de caractères très divers, entre trois et quinze minutes.

    Allaient-ils rĂ©sister Ă  leur accumulation, Ă  leur rapprochement ? Ne fallait-il pas craindre une probable lassitude ? Si le disque rend possible une telle somme d'Ă©coute, qu'en est-il du concert ? On imagine aisĂ©ment que le pianiste et l'organisateur ont dĂ» se poser la question.

    Les oeuvres ont Ă©tĂ© Ă©crites sur une durĂ©e de composition très longue, entre 1849 et 1877, et dans des contextes très diffĂ©rents : un voyage en Suisse et en Italie chargĂ©s de passion pour Marie d'Agoult dans le premier et le deuxième livre, une inspiration chargĂ©e de mysticisme et de recherche sonores dans le tardif troisième livre Ă©crit par Liszt devenu abbĂ©.

    Toutes ces descriptions de paysages, ces étapes musicales, ces explorations de la matière sonore (et pas seulement dans la Troisième année), semblent par leur proximité se répondre pour offrir une palette infinie de sensations, de vécu, d'imaginaire, d'instantané, qui plongent dans l'intimité du compositeur, dans le secret du pianiste, dans la respiration de l'auditeur.


    La silhouette de Brahms ?

    Angelich possède un physique imposant, tout en rondeurs, tout en douceur, et en puissance. Assis assez loin du piano, dans une position à la fois majestueuse et sereine, il fait penser à une silhouette connue de Brahms.

    Ses mains sont fines, assez grandes, elles contrastent avec son grand corps auquel sied parfaitement le frac. Son visage rond est expressif mais il ne force jamais le trait. Parfois on y lit une farouche détermination, une volonté de fer qui contraste avec la douceur de son expression habituelle.

    Sa palette sonore est exceptionnelle. Son jeu est tour Ă  tour lumineux, perlĂ©, enrobĂ© dans un halo de pĂ©dale maĂ®trisĂ©e, puissant dans les graves, d'une douceur infinie dans les aigus. Sa virtuositĂ© est sans faille : il faut avoir entendu ses octaves alternĂ©es, ses batteries d'accords, ses trilles hallucinĂ©es.

    Mais elle n'est jamais dĂ©monstrative : elle accompagne toujours le chant de l'âme de ce poète, elle exprime dans le dĂ©lire des doigts l'Ă©motion pure, la jubilation ; celle-lĂ  mĂŞme qui transforma jadis Franz Liszt de fougueux amant qui visita l'Italie en compagnie de l'amoureuse, en abbĂ© qui composa Messes et AnnĂ©es de pèlerinage III.

    Au final, ce concert Ă©tait une expĂ©rience spirituelle qui donnait une profonde impression d'unitĂ©. Rendons grâce au pianiste d'ĂŞtre parvenu Ă  retracer l'itinĂ©raire de cette quĂŞte artistique avec la conviction d'un humble et fervent pèlerin en terre sainte pour qui les kilomètres ne comptent pas ; mĂŞme quand il ne marche qu'avec ses mains !




    Festival de piano de la Roque d'Anthéron,
    Le 16/08/2001
    Olivier BERNAGER



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