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CRITIQUES DE CONCERTS 16 octobre 2018

Récital du pianiste Nicholas Angelich au XXXII° Festival de l'Orangerie de Sceaux.

Délices dans la vallée

Seulement trois jours après l'intégrale des Années de Pèlerinage de Liszt à la Roque d'Anthéron, Nicholas Angelich redonnait la première année du cycle, ainsi que des sonates des Haydn et Beethoven, lors d'un récital à l'Orangerie du Parc de Sceaux. Un contrepoint intéressant à ses travaux d'Hercule provençaux.
 

Orangerie du Parc, Sceaux
Le 19/08/2001
Jacques DUFFOURG
 



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  • Inutile de cherchez sur une carte helvète la vallée d'Obermann,: elle n'est que création littéraire d'Etienne de Senancour (1804). Et la pièce qui porte ce titre n'est ni la plus courte, ni la moins complexe, de la première année de pèlerinage de Liszt, cette " Suisse ", que Nicholas Angelich s'est choisie comme dessert pour assouvir son appétit d'ogre.

    Tout comme le " Dante " de la deuxième année, ce morceau de choix du recueil en six mouvements vient contredire une certaine tradition qui n'y voit que descriptions pittoresques. Obermann, le héros, retrouve cette vallée des larmes, après avoir connu une extase quasi berliozienne sur les cimes alpines.

    Guère éloigné, du reste, d'Harold en Italie, Liszt convoque tous les états d'âme du premier romantisme avec une richesse de palette et, bien entendu, une difficulté technique des plus gourmandes ; Angelich n'en laisse pas une miette.

    Assez statique contrairement à son habitude, il expose l'auditeur à l'ubac plutôt qu'à l'adret, excluant tout rai de lumière, avec ses graves denses et sépulcraux d'une grande opulence, tandis que la main droite tente d'exorciser par l'apaisement l'appel inquiétant d'un ruisseau comme échappé de la Belle Meunière de Schubert.

    Le reste du cahier avait de quoi rendre Aldo Ciccolini jaloux de son disciple, si doué qu'il est pour restituer ces visions agrestes et lacustres, aussi enchanteresses qu'impuissantes à dissiper le " Mal du Pays ". Mais quel don peu répandu permet-il à Nicholas Angelich de conclure avec un tel festin, un menu entamé avec Haydn sans rupture apparente ?

    Rococo ma non troppo pourrait-on dire, et surtout le moins legato que possible, aérant de partout une musique on ne peut plus viennoise (1793), il donne à ces Variations la texture doucereuse et peu linéaire d'une veine moins décorative qu'il n'y paraît.


    Beethoven en entremets

    Les fortissimos sont aussi durs que le dernier accord est volontairement faible, maladif : presque un bis repetita du Rondo KV 511 de Mozart. En si bon chemin, Angelich l'épicurien ne s'arrête pas. Une cinquième sonate de Beethoven, en ut mineur, de trois ans seulement postérieure au Haydn, sert d'entremets.

    La sonate est assortie autant possible : viennoise, mais sans trop de crème. L'allegro n'est pas vraiment molto : là encore prime l'incroyable ventilation du texte. Cette prise de possession oratoire de l'instrument débouche logiquement sur un adagio (très molto, lui), aux quadruples croches étonnantes dont l'instrumentiste détache les notes comme autant de fruits mûrs. Legato toujours banni, le prestissimo souffle comme un coup de vent funeste qui dévaste tout sur son passage.

    Quelque cinq ans plus tard, Beethoven produit un discours plus cérébral avec la fameuse sonate marche funèbre, douzième du nom, et plat de résistance des plus copieux. Angelich ménage par degrés la morbidité orante qui annonce en principe le troisième mouvement. Surprise encore : après un scherzo aussi dansant qu'introspectif, celui-ci, pour funèbre qu'il soit assurément, s'interdit toute démonstration suppliante.

    Au contraire, qui dit marche dit mouvement. Du coup, l'artiste joue littéralement maestoso andante, balayant toute métaphysique au profit d'une cruauté à peine appuyée, n'envisageant de prière à proprement parler que dans la coda. Autant conclure, donc, en donnant au finale théoriquement libérateur ce qu'il faut de brutalité dans l'élan virtuose, pour achever de déconcerter et de ravir.

    Pour qui rêvait d'un pianiste gourmet mais jamais irréfléchi, au toucher subtil mais terrien, au jeu anti-athlétique mais capable d'exploits de marathonien, Angelich est probablement mandataire de la providence.




    Orangerie du Parc, Sceaux
    Le 19/08/2001
    Jacques DUFFOURG

    Récital du pianiste Nicholas Angelich au XXXII° Festival de l'Orangerie de Sceaux.
    Joseph Haydn : Variations en fa mineur, Hob. XVII.6
    Ludwig van Beethoven : Sonates n° 5 en ut mineur opus 10 N° 1, et n° 12 en la bémol majeur " Marche funèbre " opus 26
    Frans Liszt : Les Années de Pèlerinage ; première année, Suisse : la Chapelle de Guillaume Tell ? Au lac de Wallenstadt ? Pastorale ? Au bord d'une source ? Orage ? la vallée d'Obermann ? Eglogue ? le Mal du Pays ? les cloches de Genève.


     


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