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CRITIQUES DE CONCERTS 25 juin 2018

Nouvelle production de la Chauve-souris de Strauss dans une mise en scène de Hans Neuenfels et sous la direction de Marc Minkowski au festival de Salzbourg 2001.

Salzbourg 2001 (8) :
Une Chauve-souris carrément défoncée

© Deutsche Grammophon

On ne risque pas d'oublier de si tôt la dernière année de Gerard Mortier à Salzbourg. Après des Noces novatrices, une géniale Lady Macbeth et une Ariane contestée, le directeur du festival, sur le départ, semble régler ses comptes dans une scandaleuse Chauve-souris en forme de pamphlet moral et politique contre les Autrichiens. Un de trop ?
 

Felsenreitschule, Salzburg
Le 23/08/2001
Yannick MILLON
 



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  • Il fallait s'y attendre, quand Mortier programme la Chauve-souris, ce n'est pas pour offrir au public autrichien son œuvre fétiche mais une production érotico-politique fulgurante. Et comme souvent, il a privilégié le metteur en scène au plateau ou au chef.

    Conspué dès la première, le metteur en scène Hans Neuenfels n'avait apparemment qu'une idée en tête : adapter une partition qu'il trouve banale et mauvaise. Il en a donc complètement réécrit les dialogues. Ainsi, le personnage du geôlier Frosch, confié à la comédienne Elisabeth Trissenaar, intervient tout au long de l'opérette pour commenter l'action, haranguer le public, le ridiculiser sur son ignorance.

    L'action se focalise sur deux points : l'imminence d'une catastrophe avec la présence d'un état policier et les tensions inhérentes à cette situation politique – allusion directe au FPÖ de Jorg Haider récemment arrivé au pouvoir – et la débauche sexuelle des personnages, peignant de manière crue et dénonciatrice les vices cachés de la bourgeoisie.

    Tout y passe : Eisenstein, collabo répugnant, scalpe le Dr Blind, avocat aveugle, après qu'il a subi un interrogatoire sur ses origines raciales ; un jeune homme hongrois est abattu d'un coup de fusil lors de la Csardas de Rosalinde.

    Au niveau de la sexualité des personnages, la mise en scène va plus loin encore : pendant l'ouverture, une jeune fille pratique une fellation à un danseur déguisé en chauve-souris ; les deux gamins des Einsenstein - inventés pour l'occasion - couchent ensemble ; des prisonniers se masturbent devant Adèle, et, pendant le duo de la montre, Eisenstein sodomise des petites filles sur scène, y compris sa propre fille, ainsi que quelques jeunes hommes passant par-là.


    Un bal qui vire à la rave party

    Dans la salle, les mines sont déconfites, et une partie du public ne doit pas être loin de l'apoplexie. Le traditionnel champagne est remplacé par la cocaïne et le bal chez Orlofsky est une rave party. Ce dernier, insupportable toxicomane hystérique en pyjama, exaspère le public qui commence à siffler. La tension atteint son paroxysme quand le Prince shooté frôle l'overdose sur scène. La comédienne annonce alors l'entracte en plein milieu du deuxième acte.

    Malgré ces coups de poing quelque part stimulants, la mise en scène est vraiment fatigante et grossière. Il est en effet difficile de supporter le verbiage de Neuenfels, à travers des dialogues tenant du salmigondis, d'une longueur rebutante, ainsi qu'une bande son avec techno tendance hardcore et bruitages ridicules.

    Pour défendre une telle entreprise, encore aurait-il fallu disposer d'une équipe musicale infaillible. Et à ce niveau-là, on touche véritablement le fond. On peut sérieusement douter de l'affinité de Marc Minkowski avec cette musique. Sa battue sèche, maladroite, à l'agogique saugrenue, ne tombe à aucun moment en phase avec la musique de Strauss. Harnoncourt l'a bien compris, la musique viennoise a bien du mal à se passer de la tradition.

    Pour cet ouvrage, c'est ce qu'aura prouvé la thématique du festival 2001 : Questionner la tradition. Avec ses points d'orgue arbitraires, ses tempos malvenus aux enchaînements douteux et son rythme de valse jamais naturel, Minkowski démontre constamment qu'il ne la possède pas. Pour parachever le tout, la synchronisation avec la scène est indigne, constamment en décalage.

    Quant au plateau, jamais on n'a vu à Salzbourg sous Mortier une distribution aussi indigente. Comment assurer une quelconque cohérence alors que trois rôles sont chantés en alternance ? Même Mireille Delunsch, si inspirée ailleurs, est ici dépassée par les événements, et avale la moitié de ses vocalises.

    Et que penser d'une Adèle à qui manque une bonne tierce dans l'aigu ? En effet, Anna Korondi ne possède pas toutes les notes du rôle, loin s'en faut. Christoph Homberger et David Moss rivalisent de laideur vocale dans un récital d'aboiements à mi-chemin entre cris de fausset et basses de crooner. Olaf Bär, correct Falke, est d'une banalité consternante dans son Brüderlein. Seuls Dale Duesing et Matthias Klink sauvent l'équipe vocale de la déroute complète.

    Au final, il ne reste de la Chauve-souris de Strauss qu'une œuvre salie et défigurée. On savait le petit mammifère nocturne aveugle, le voilà en plus rendu sourd et muet.




    Felsenreitschule, Salzburg
    Le 23/08/2001
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de la Chauve-souris de Strauss dans une mise en scène de Hans Neuenfels et sous la direction de Marc Minkowski au festival de Salzbourg 2001.
    Johann Strauss II (1825-1899)
    Die Fledermaus, opérette en trois actes (1874)
    Livret de Carl Haffner et Richard Génée d'après le Réveillon d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy
    Ensemble de Danse Marco Santi
    Chœur Arnold Schönberg
    Orchestre du Mozarteum de Salzbourg
    direction : Marc Minkowski
    mise en scène : Hans Neuenfels
    décors et costumes : Reinhard von der Thannen

    Avec :
    Christoph Homberger (Gabriel von Eisenstein), Mireille Delunsch (Rosalinde), Anna Korondi (Adèle), Olaf Bär (Dr Falke), Dale Duesing (Frank), David Moss (le Prince Orlofsky), Matthias Klink (Alfred), Elisabeth Trissenaar (Frosch), Franz Supper (Dr Blind), Daniela Mülhbauer (Ida), Andreas Bettinger (Ivan), Kerstin Slawek, Daniel Eberle (enfants d'Eisenstein).

     



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