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CRITIQUES DE CONCERTS 18 aoŻt 2019

Première journée de la " Mahler Experience " de la Cité de la Musique avec l'Orchestre de l'Age des Lumières dirigé par Sir Roger Norrington.

Mahler en guise de cobaye
© D.R.

Sir Roger Norrington (© D.R.)

Jusqu'o√Ļ s'arr√™teront-ils ? Lorsque les " baroqueux " se sont attaqu√©s √† Beethoven, la question revenait dans tous les commentaires. D√©sormais, on est fix√©, ils ne s'arr√™teront pas. Pour preuve cette " Mahler experience " √† la Cit√© de la Musique o√Ļ l'on jouait le compositeur sur instruments d'√©poque et sans vibrato.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 29/09/2001
Eric SEBBAG
 



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  • Pour ce qui est de d√©caper les partitions, et les d√©barrasser de l'humus accumul√© avec les ann√©es, on sait Sir Roger Norrington expert. Apr√®s la seule int√©grale Beethoven respectant les tempi r√©put√©s impossibles du compositeur, Sir Roger s'est aussi aventur√© dans Brahms ou Tchaikovski √† la t√™te des instruments anciens des London Classical Players.

    De même, un disque Wagner comprenant plusieurs Ouvertures et la Mort d'Isolde chantée par Jane Eaglen, ainsi qu'un autre comportant la Troisième Symphonie de Bruckner vinrent montrer que le chef anglais n'entendait laisser aucun sanctuaire à l'abri de ses investigations.

    Dans une br√®ve pr√©sentation au cours de l'apr√®s-midi, Sir Roger focalisait l'originalit√© de son " exp√©rience " autour de l'utilisation d'instruments d'√©poque cord√©s en boyaux et jouant sans vibrato ; conform√©ment selon lui √† l'orchestre que dirigeait Mahler.

    Jouant franc-jeu, Sir Roger pr√©vient que la nouveaut√© procur√©e par les instruments doit √™tre estim√©e √† environ 20 %, contre 50 % pour le r√©pertoire baroque o√Ļ les instruments d'√©poque ont produit la sensation que l'on sait. Seulement, impossible de se douter √† ce stade que ces fameux 20 % √©taient cette fois soustractifs.

    De fait, les cordes sonnent manifestement moins, en terme de densit√© et de pr√©sence, et le chiffre avanc√© para√ģt nettement sous-√©valu√© dans l'acoustique impitoyable de la Cit√© de la Musique. √Ä √©couter Norrington, on se serait aussi trop habitu√© √† un Mahler ou un Wagner " trop maquill√© " selon son expression.

    Bernada Fink qui d√©bute le concert avec Wesendonck-Lieder de Wagner n'est effectivement plus fard√©e d'un orchestre. Avec le soutien d√©fectif des cordes, on frise une in√©dite version a cappella. Mais la nudit√© ne fait pas peur √† la mezzo-soprano et l'on en appr√©cie que mieux ses immenses qualit√©s : engagement, finesse, couleurs.

    Aurait-elle connue une si confondante aisance face √† des archets plus consistants ? Toujours est-il que ses cordes vocales ont vibr√© ce soir-l√† plus intens√©ment qu'aucun violon. Jusqu'ici l'exp√©rience restait int√©ressante.

    Tout va se g√Ęter avec cette Sixi√®me Symphonie de Bruckner, choisie ici sans doute parce qu'elle fut cr√©√©e dans son int√©gralit√© par Mahler lui-m√™me. Avec cet Orchestra of the Age of Enlightenment et ses pupitres de cordes fam√©liques, pas de crescendo digne de ce nom.

    Enti√®rement domin√©e par les vents, la symphonie prenait en cons√©quence des allures de fanfares quelque peu rustiques, lesquelles √©clataient avec une verdeur aux limites de l'agression sonore ; impression encore renforc√©e par une justesse des plus douteuses.

    Mais le pire est encore cette direction " droit dans ses bottes " de Sir Roger qui se refuse √† toute agogique. En effet, le chef semble s'interdire toute acc√©l√©ration ou ralentissement au cours d'un mouvement, comme si le m√©tronome √©tait le seul souverain √† bord. L√†-dessus, pas une seule transition soign√©e, aucune r√©flexion sur les reprises, la symphonie s'est r√©sum√©e √† une succession de s√©quences aussi r√©p√©titives qu'interminables.

    L'exp√©rience m√©ritait-elle d'√™tre tent√©e ? S√Ľrement, mais cette pi√®tre r√©alisation ne donnait r√©ellement pas envie de la poursuivre le lendemain, pour une premi√®re symphonie et Mahler comme cobaye sacrifi√©.




    Cité de la Musique, Paris
    Le 29/09/2001
    Eric SEBBAG

    Première journée de la " Mahler Experience " de la Cité de la Musique avec l'Orchestre de l'Age des Lumières dirigé par Sir Roger Norrington.
    Richard Wagner : Wesendonck-Lieder
    Anton Bruckner : Sixi√®me Symphonie

    Bernarda Fink, mezzo-soprano
    Orchestra of the Age of Enlightenment
    Sir Roger Norrington, direction

     


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