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CRITIQUES DE CONCERTS 20 avril 2019

Première journée de la " Mahler Experience " de la Cité de la Musique avec l'Orchestre de l'Age des Lumières dirigé par Sir Roger Norrington.

Mahler en guise de cobaye
© D.R.

Sir Roger Norrington (© D.R.)

Jusqu'où s'arrêteront-ils ? Lorsque les " baroqueux " se sont attaqués à Beethoven, la question revenait dans tous les commentaires. Désormais, on est fixé, ils ne s'arrêteront pas. Pour preuve cette " Mahler experience " à la Cité de la Musique où l'on jouait le compositeur sur instruments d'époque et sans vibrato.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 29/09/2001
Eric SEBBAG
 



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  • Pour ce qui est de décaper les partitions, et les débarrasser de l'humus accumulé avec les années, on sait Sir Roger Norrington expert. Après la seule intégrale Beethoven respectant les tempi réputés impossibles du compositeur, Sir Roger s'est aussi aventuré dans Brahms ou Tchaikovski à la tête des instruments anciens des London Classical Players.

    De même, un disque Wagner comprenant plusieurs Ouvertures et la Mort d'Isolde chantée par Jane Eaglen, ainsi qu'un autre comportant la Troisième Symphonie de Bruckner vinrent montrer que le chef anglais n'entendait laisser aucun sanctuaire à l'abri de ses investigations.

    Dans une brève présentation au cours de l'après-midi, Sir Roger focalisait l'originalité de son " expérience " autour de l'utilisation d'instruments d'époque cordés en boyaux et jouant sans vibrato ; conformément selon lui à l'orchestre que dirigeait Mahler.

    Jouant franc-jeu, Sir Roger prévient que la nouveauté procurée par les instruments doit être estimée à environ 20 %, contre 50 % pour le répertoire baroque où les instruments d'époque ont produit la sensation que l'on sait. Seulement, impossible de se douter à ce stade que ces fameux 20 % étaient cette fois soustractifs.

    De fait, les cordes sonnent manifestement moins, en terme de densité et de présence, et le chiffre avancé paraît nettement sous-évalué dans l'acoustique impitoyable de la Cité de la Musique. À écouter Norrington, on se serait aussi trop habitué à un Mahler ou un Wagner " trop maquillé " selon son expression.

    Bernada Fink qui débute le concert avec Wesendonck-Lieder de Wagner n'est effectivement plus fardée d'un orchestre. Avec le soutien défectif des cordes, on frise une inédite version a cappella. Mais la nudité ne fait pas peur à la mezzo-soprano et l'on en apprécie que mieux ses immenses qualités : engagement, finesse, couleurs.

    Aurait-elle connue une si confondante aisance face à des archets plus consistants ? Toujours est-il que ses cordes vocales ont vibré ce soir-là plus intensément qu'aucun violon. Jusqu'ici l'expérience restait intéressante.

    Tout va se gâter avec cette Sixième Symphonie de Bruckner, choisie ici sans doute parce qu'elle fut créée dans son intégralité par Mahler lui-même. Avec cet Orchestra of the Age of Enlightenment et ses pupitres de cordes faméliques, pas de crescendo digne de ce nom.

    Entièrement dominée par les vents, la symphonie prenait en conséquence des allures de fanfares quelque peu rustiques, lesquelles éclataient avec une verdeur aux limites de l'agression sonore ; impression encore renforcée par une justesse des plus douteuses.

    Mais le pire est encore cette direction " droit dans ses bottes " de Sir Roger qui se refuse à toute agogique. En effet, le chef semble s'interdire toute accélération ou ralentissement au cours d'un mouvement, comme si le métronome était le seul souverain à bord. Là-dessus, pas une seule transition soignée, aucune réflexion sur les reprises, la symphonie s'est résumée à une succession de séquences aussi répétitives qu'interminables.

    L'expérience méritait-elle d'être tentée ? Sûrement, mais cette piètre réalisation ne donnait réellement pas envie de la poursuivre le lendemain, pour une première symphonie et Mahler comme cobaye sacrifié.




    Cité de la Musique, Paris
    Le 29/09/2001
    Eric SEBBAG

    Première journée de la " Mahler Experience " de la Cité de la Musique avec l'Orchestre de l'Age des Lumières dirigé par Sir Roger Norrington.
    Richard Wagner : Wesendonck-Lieder
    Anton Bruckner : Sixième Symphonie

    Bernarda Fink, mezzo-soprano
    Orchestra of the Age of Enlightenment
    Sir Roger Norrington, direction

     


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