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CRITIQUES DE CONCERTS 20 février 2020

Nouvelle production des Noces de Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es.

René Jacobs
convole en justes noces

© Alvaro Yanez

Pietro Spagnoli incarne le Comte Almaviva (© Alvaro Yanez)

Alors que le Cosi fan Tutte, donn√© l'an pass√© par Ren√© Jacobs, fut grandement lou√© pour son interpr√©tation musicale, le chef belge d√Ľ souffrir un mauvais mariage avec un metteur en sc√®ne chinois iconoclaste. Il n'a pas refait la m√™me erreur pour la nouvelle production des Noces de Figaro au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es.
 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 15/10/2001
Olivier BERNAGER
 



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  • Auteur de plusieurs ouvrages sur l'op√©ra, notamment un subtil "¬†Voyages √† l'int√©rieur de l'op√©ra baroque¬†" chez Fayard, Jean-Louis Martinoty est le prototype du metteur en sc√®ne √©rudit qui conna√ģt √† fond son XVIIIe¬†si√®cle. Il a d√©j√† collabor√© plusieurs fois avec Ren√© Jacobs, lequel garde un mauvais souvenir de son exp√©rience avec Chen Shi-Zheng l'an pass√©.

    D'embl√©e, Martinoty installe l'action des Noces dans un cadre de sc√®ne bancal qui semble d√©noncer l'espace sc√©nique classique. Comme les lignes de fuite du d√©cor sign√© Hans Schavernoch n'ob√©issent pas aux principes stricts de la perspective, on peut le lire, d√®s la premi√®re image comme une mise en ab√ģme de l'action.

    D'autant plus que le c√©l√®bre d√©compte de Figaro qui mesure la taille de son lit nuptial dans la premi√®re sc√®ne, s'effectue dans un univers de meubles d√©mont√©s, dans un capharna√ľm calcul√© de tableaux pos√©s par terre ou suspendus de guingois. Si l'on ne le savait d√©j√†, ce d√©cor parlerait de lui-m√™me d'un monde dont Beaumarchais, Da Ponte et Mozart pressentent g√©nialement la destruction.

    Ces toiles, montrant vanités et natures mortes, ajoutées, déplacées ou supprimées au cours des quatre actes, vont créer un espace pictural éloquent. C'est elles qui disent ce qui est caché derrière l'action, elles commentent la musique, elles parlent pour les auteurs. Ici, le décor dévoile déjà ce qu'il y a derrière l'intrigue.

    On va ainsi de la remise des objets inutiles dans le premier acte, comme si les valets allaient dispara√ģtre dans les greniers de l'histoire, au Cabinet de curiosit√©s des ma√ģtres au troisi√®me, o√Ļ le Comte m√©dite sur l'existence et sur la mort en se saisissant d'objets divers, cr√Ęnes, fossiles etc., √† l'image de ces aristocrates collectionneurs qui liront ou participeront √† la r√©daction de l'Encyclop√©die de Diderot et d'Alembert.


    Le sens révolutionnaire des Noces

    Par de nombreux détails, Martinoty parle du sens révolutionnaire de cet opéra pendant que René Jacobs, superbement inspiré, emmène les protagonistes dans leur folle journée.

    Plus que tout autre élément, le tempo est ce qui lie l'action et la musique. René Jacobs dirige d'un bras souple, accordant le tempo aux exigences scéniques autant qu'au caractère des airs. Son orchestre a une sonorité incisive, très crue, faisant la part belle aux détails d'instrumentation.

    Il sait comme personne rendre libres ses musiciens, notamment le continuo, qui accompagne les r√©citatifs avec impertinence et vivacit√©, mais toujours avec imagination et originalit√©. Gr√Ęce √† la fantaisie dont ils sont habill√©s, notamment par le pianofortiste Nicolau de Figueredo, ceux-ci prennent une place tout aussi captivante que les airs et les ensembles.

    C'est pendant les r√©citatifs que la direction d'acteurs de Martinoty est la plus virtuose. On se surprend ainsi √† oublier le chant au profit d'un ravissement qui tient autant au jeu des chanteurs com√©diens qu'au cadre dans lequel ils √©voluent, et qu'aux r√©cits qu'ils chantent en donnant l'impression de les parler. Du th√©√Ętre en musique comme jamais.

    Du c√īt√© des chanteurs, homog√©n√©it√© de style. Pietro Spagnoli campe un Comte Almaviva agit√© et path√©tique. Sa voix claire en fait un jeune homme un peu perdu qui manque d'assurance dans ses airs de col√®re ( " Hai gi√† vinta la causa ") et le rend juv√©nile lorsqu'il demande pardon √† la fin du quatri√®me acte.

    Véronique Gens, la Comtesse Almaviva, ne tombe pas dans le travers de la grande dame froide, elle chante avec une distance aristocratique, mais elle est touchante dans ses confidences, et gamine dans ses projets de vengeance.

    La Suzanna de Patrizia Ciofi ne force pas le trait. Elle est alerte, piquante, pimpante, comme il se doit, mais juste assez et jamais trop. De son c√īt√©, le Figaro de Lorenzo Regazzo est inqui√©tant et para√ģt presque aussi intrigant qu'un Don Giovanni.

    On n'oubliera pas la seconde intrigue, celle des origines familiales de Figaro. Dans cette mise en sc√®ne, la nouvelle famille de Figaro donne √† l'action un coup de fouet suppl√©mentaire tout en √©vitant de tomber dans la caricature. Plus qu'un √©clat de rire de commedia dell'arte, cette surprise r√©serv√©e par le livret donne de l'humanit√© aux personnages et n'appara√ģt pas, comme c'est la plupart du temps le cas, comme un ajout pas tr√®s n√©cessaire √† la dramaturgie.

    Reste l'indispensable conclusion de la Trilogie, ce Don Giovanni dont il faudra se languir encore deux ans avant de revivre pareilles noces.




    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 15/10/2001
    Olivier BERNAGER

    Nouvelle production des Noces de Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es.
    Choeur du Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es
    Concerto Köln
    Direction musicale : René Jacobs
    mise en scène : Jean-Louis Martinoty
    Décors : Han Schavernoch
    Lumières : Jean Kalman
    Costumes : Sylvie de Segonzac

    Avec Pietro Spagnoli (Le Comte Almaviva), Véronique Gens (La Comtesse Almaviva), Patrizia Ciofi (Suzanna), Lorenzo Regazzo (Figaro), Monica Bacelli (Cherubino), Sophie Pondjiclis (Marcellina), Alexandro Svab (Antonio), Antonio Abete (Bartolo), Peter Hoare (Don Basilio), Carla di Censo (Barberina), Serge Goubioud (Don Curzio).

     


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