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CRITIQUES DE CONCERTS 25 septembre 2020

Nouvelle production des Noces de Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es.

Divorce aux torts exclusifs
© Alvaro Yanez

Pietro Spagnoli incarne le Comte Almaviva (© Alvaro Yanez)

Les Mozart de René Jacobs ont le don de diviser la rédaction d'Altamusica. Le Cosi de l'an passé déjà, les Noces cette année. À l'enthousiasme d'Olivier Bernager répond un costard retaillé jusqu'au pourpoint par Jacques Duffourg. Dernière chance de se faire une opinion au TCE ce soir, 19 h 30, sinon sur France Musiques samedi.
 

Le 15/10/2001
Jacques DUFFOURG
 



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  • Restons pragmatiques : vaines querelles que d'imputer un d√©sappointement violent √† un choix d'instruments ou de diapason. Ces pol√©miques ont eu leur temps, et certes pas de gloire ; l√† donc n'est pas le probl√®me. Par contre, et sans jeu de mots, il est dans le temp√©rament : au sens de la caract√©rologie musicale et dramatique.

    Reprenons, sur le lieu du crime, ses divers éléments. Pas forcément dans la suite protocolaire, révérence gardée envers l'ordre d'entrée en scène. Le principe, si l'on comprend bien, de la pensée jacobsienne chez Mozart, c'est la liberté. Parfait, on applaudit, surtout dans les Noces. En art, c'est bien connu, pas de contraintes


    Des archives attestent-elles que le continuo était dévolu au pianoforte ? Soit. Et l'instrument, qui sait être si chantant sous les doigts d'un Staier, ici de pérorer à hue et à dia, sans cesse. Même pendant les silences (de Mozart, ne l'oublions pas !). Récitatifs, airs, ensembles : il est partout, omniprésent et assommant.

    Il n'est pas le seul √† s'√©riger en contre-dogme. Face √† lui, une autre th√©orie libertaire hautement recommandable ¬Ė sans ironie aucune, le merveilleux coffret de Cos√¨ par le m√™me Jacobs en est la preuve ¬Ė s'immisce, s'installe, s'impose : la tyrannie de l'ornement, laiss√© √† la disposition du chanteur (N.D.L.R. : en fait Jacobs les √©crits lui-m√™me en concertation avec les chanteurs).

    Est-il vraiment libre ? Sempre libero, voudrait le chef belge, sans doute avec la meilleure volont√© du monde. Seulement, d√®s lors qu'une fioriture est attendue (trois fois dans "¬†Non pi√Ļ andrai¬†"), est-elle r√©ellement ad libitum ? Non, c'est un tic, aussi envahissant et usant que la logorrh√©e du pianoforte. D'autres chefs ont avant Jacobs r√©introduit cette n√©cessaire licence, mais avec beaucoup plus de tact. Pourquoi en faire une obligation ?


    Maestro fortissimo

    De son pupitre, le maestro semble bien d√©cid√© √† prendre la partition √† bras le corps. Ainsi d√©cr√®te-t-il Fortissimo d√®s le premier tutti de la merveilleuse Ouverture. Et son triste orchestre (vents asthmatiques contre cordes mates : du noir et blanc, plut√īt que des noires et des blanches !) de tressauter derechef. Le d√©cor musical est plant√© : l'important est de cogner fort, dur et sec.

    La confusion des sentiments, l'ambigu√Įt√©, la recherche, entre et dans les notes, des corps et des coeurs qui s'effleurent, se veulent et se perdent, Ren√© Jacobs ne conna√ģt pas. Voyons ! C'est un vaudeville, et des plus dr√īles ! Qui le contredirait ? Mais pourquoi cette lecture univoque ; sans les doubles sens chers √† Mozart ?

    Attention : Monica Bacelli (Ch√©rubin), l'une des punitions de la soir√©e (pas d'aigu, grave jugulaire, th√©√Ętralit√© de statue
    ), entonne " Voi che sapete " au ralenti. Si l'idée était de souligner l'érotisme, le choix d'une Chrysotémis prépubère ne s'imposait pas.

    Pietro Spagnoli domine des √©paules, √† d√©faut de la t√™te, un ensemble in√©gal. Cette fois, un peu court d'aigu ¬Ė mais vaillant et cr√©dible -, il rach√®te son valet, un pauvre Lorenzo Regazzo, certes efficace, mais plus larbin que l'impertinent de Beaumarchais : Da Ponte l'avait d√©j√† temp√©r√©, Regazzo l'ach√®ve.

    Pendant que Véronique Gens, sublime Fiordiligi au disque avec le même chef peine à faire comprendre ici qu'elle n'est pas la camériste (médium opaque, déclamation ancillaire). Cette dernière, Patrizia Ciofi, régale l'auditoire d'une voix ductile et fruitée ; même si parfois, légèrement citron.

    Hormis l'√©pouvantable Marcelline de Sophie Pondjiclis, les autres s'en sortent plut√īt bien. Ils sont aid√©s par un Martinoty qui parvient, dans des costumes dix-huiti√©mistes (avec un d√©cor empli de symboles tr√®s intellectuels et √©rudits, mais parfois lourds et pour certains d'entre eux, d'une laideur qu'on croyait r√©volue), √† introduire un peu de cette notion du th√©√Ętre total, consubstantielle des Noces.

    Gr√Ęce lui soit rendue. Sa direction d'acteurs, pourtant rien moins que r√©volutionnaire, est parfois inutilement agit√©e ; mais couve de brillantes id√©es (le Trio du fauteuil). Elle verse, ainsi, quelque baume sur la plaie que Ch√©rubin esp√®re ¬Ė vainement - colmater avec ce ruban qui effleura la peau de la Comtesse.

    De la " Folle Journée " promise, ne reste qu'une soirée pas folichonne, et avant même l'accomplissment du mariage, ces Noces ont déjà presque tout pour n'appeler qu'un divorce aux torts exclusifs.


    Lire aussi l'avis plus favorable d'Olivier Bernager.




    Le 15/10/2001
    Jacques DUFFOURG

    Nouvelle production des Noces de Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es.
    Le Nozze di Figaro Wolfgang Amadeus Mozart

    Choeur du Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es
    Concerto Köln
    Direction musicale : René Jacobs
    mise en scène : Jean-Louis Martinoty
    Décors : Han Schavernoch
    Lumières : Jean Kalman
    Costumes : Sylvie de Segonzac
    Pianoforte : Nicolau de Figueredo

    Avec Pietre Spagnoli (Le Comte Almaviva), Véronique Gens (La Comtesse Almaviva), Patrizia Ciofi (Suzanna), Lorenzo Regazzo (Figaro), Monica Bacelli (Cherubino), Sophie Pondjiclis (Marcellina), Alexandro Svab (Antonio), Antonio Abete (Bartolo), Peter Hoare (Don Basilio), Carla di Censo (Barberina), Serge Goubioud (Don Curzio).

     


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