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CRITIQUES DE CONCERTS 04 juillet 2020

Concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio-France dirigé par Eliahu Inbal avec la mezzo-soprano Doris Soffel.

Schulhoff devra patienter
© Orchestre Philharmonique de Radio-France

Eliahu Inbal (© Orchestre Philharmonique de Radio-France)

Le programme retenu par Eliahu Inbal pour son concert en tant que chef invité de l'Orchestre Philharmonique de Radio-France s'ouvrait par la Seconde symphonie " Menschheit " d'Erwin Schulhoff. Sauf erreur, il s'agit du premier ouvrage du compositeur allemand, mort au camp de concentration en 1942, qui soit donné en France.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 19/10/2001
Romain FEIST
 



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  • Le choix de cette symphonie pour faire découvrir au public l'art de Schulhoff est a priori paradoxal. " Menschheit " appartient encore largement à un post-romantisme que son auteur reniera totalement, peu de temps après sa composition en 1919. Stylistiquement, elle se situe dans la lignée de Das klagende Lied, une oeuvre de jeunesse de Mahler.

    En procédant d'une telle démarche, c'est un peu comme si l'on voulait faire croire que les Gürrelieder sont représentatifs du style de Schoenberg, ou Bourgogne de celui de Varèse. Néanmoins, cette attitude s'explique sans doute par les conceptions esthétiques pour le moins conservatrices affichées par Eliahu Inbal, lequel clame urbi et orbi qu'il y a encore beaucoup de musique à écrire dans le langage de Haydn et de Mozart, et que la tonalité a son avenir devant-elle


    Moyennant quoi, voici exhumé des rayonnages des bibliothèques une symphonie pour soprano solo et orchestre certes écrite avec métier et efficacité, mais qui ne présente plus qu'un intérêt anecdotique. Mais n'est-ce pas porter préjudice à la mémoire d'Erwin Schulhoff, qui revendiqua par la suite pleinement un statu mérité de musicien d'avant-garde et refusa que soient exécutées de telles " erreurs de jeunesse " ?

    Divisée en cinq mouvements (fondés chacun sur un poème de Theodor Däubler), cette seconde symphonie op. 28 met en oeuvre une formation instrumentale de type wagnérienne. À celle-ci s'ajoute une partie chantée, assurée ici par Doris Soffel, créatrice de l'oeuvre (jouée pour la première fois à Vienne en 1999 seulement).

    La mezzo allemande ne s'est d'ailleurs pas révélée totalement convaincante, accusant une certaine fatigue vocale, avec des duretés dans le timbre et des graves manquant nettement d'ampleur. Ses aigus sont en revanche demeurés lumineux et puissants, en dépit d'un vibrato pas toujours aussi bien contrôlé qu'on l'eût souhaité.

    L'Orchestre Philharmonique de Radio-France s'est plutôt bien tiré de cette entreprise délicate. Les cordes étaient soyeuses et homogènes, les bois impeccables. Seules les attaques des trompettes n'avaient pas toujours la précision voulue, ce qui allait se confirmer après l'entracte.

    La direction d'Eliahu Inbal était, quant à elle, beaucoup trop retenue et analytique pour une oeuvre fondamentalement lyrique et grandiloquente. Quitte à vouloir ressusciter les splendeurs décadentes d'un post-romantisme finissant, autant assumer ses choix jusqu'au bout


    Dédicace à un Spartakiste

    Pour la petite histoire, l'on retiendra que Schulhoff avait dédié sa symphonie à Karl Liebknecht, fils du fondateur du Parti Social-Démocrate allemand. Chef de file, avec Rosa Luxemburg, du mouvement Spartakiste, il tenta de mener à Berlin, à l'issue du premier conflit mondial, une révolution d'inspiration marxiste qui fut réprimée dans le sang. Dans un raccourci un peu désinvolte, le programme distribué aux spectateurs de la salle Pleyel l'a présenté comme " un ouvrier assassiné " !

    En seconde partie figurait la Cinquième symphonie d'Anton Bruckner, un romantique parfaitement assumé, celui-là. Le Philharmonique de Radio-France y a tenu la vedette, en se montrant d'une discipline et d'une justesse digne de bien des formations réputées d'outre-Rhin. Seules quelques entrées imprécises, comme dit aux trompettes notamment, ont été à déplorer.

    Il faut aussi regretter qu'Eliahu Inbal s'en soit tenu à une conception superficielle et tonitruante de l'oeuvre de Bruckner, écrasant tout sous le vrombissement des cuivres et gommant les aspects contemplatifs et lyriques de la partition.

    Il manquait une véritable vision d'ensemble, et cette Cinquième est apparue comme une succession de séquences aux ruptures exagérément marquées, et sans lien organique entre elles. On est ici très loin de la maîtrise souveraine d'un Günther Wand ou d'un Franz Konwitschny


    Le bilan du concert reste néanmoins profitable à l'orchestre, contraint à un minutieux travail de mise en place et de justesse d'ensemble. L'excellence des pupitres de violoncelles et de contrebasses dans Bruckner en est déjà le premier fruit. En revanche, pour se faire mieux connaître dans l'hexagone, Schulhoff devra encore patienter.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 19/10/2001
    Romain FEIST

    Concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio-France dirigé par Eliahu Inbal avec la mezzo-soprano Doris Soffel.
    Erwin Schulhoff : Seconde symphonie op. 28 " Menschheit "
    Anton Bruckner : Cinquième symphonie

     


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