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CRITIQUES DE CONCERTS 23 septembre 2020

Concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio-France dirigé par Eliahu Inbal avec la mezzo-soprano Doris Soffel.

Schulhoff devra patienter
© Orchestre Philharmonique de Radio-France

Eliahu Inbal (© Orchestre Philharmonique de Radio-France)

Le programme retenu par Eliahu Inbal pour son concert en tant que chef invité de l'Orchestre Philharmonique de Radio-France s'ouvrait par la Seconde symphonie " Menschheit " d'Erwin Schulhoff. Sauf erreur, il s'agit du premier ouvrage du compositeur allemand, mort au camp de concentration en 1942, qui soit donné en France.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 19/10/2001
Romain FEIST
 



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  • Le choix de cette symphonie pour faire d√©couvrir au public l'art de Schulhoff est a priori paradoxal. " Menschheit " appartient encore largement √† un post-romantisme que son auteur reniera totalement, peu de temps apr√®s sa composition en 1919. Stylistiquement, elle se situe dans la lign√©e de Das klagende Lied, une oeuvre de jeunesse de Mahler.

    En proc√©dant d'une telle d√©marche, c'est un peu comme si l'on voulait faire croire que les G√ľrrelieder sont repr√©sentatifs du style de Schoenberg, ou Bourgogne de celui de Var√®se. N√©anmoins, cette attitude s'explique sans doute par les conceptions esth√©tiques pour le moins conservatrices affich√©es par Eliahu Inbal, lequel clame urbi et orbi qu'il y a encore beaucoup de musique √† √©crire dans le langage de Haydn et de Mozart, et que la tonalit√© a son avenir devant-elle


    Moyennant quoi, voici exhum√© des rayonnages des biblioth√®ques une symphonie pour soprano solo et orchestre certes √©crite avec m√©tier et efficacit√©, mais qui ne pr√©sente plus qu'un int√©r√™t anecdotique. Mais n'est-ce pas porter pr√©judice √† la m√©moire d'Erwin Schulhoff, qui revendiqua par la suite pleinement un statu m√©rit√© de musicien d'avant-garde et refusa que soient ex√©cut√©es de telles " erreurs de jeunesse " ?

    Divisée en cinq mouvements (fondés chacun sur un poème de Theodor Däubler), cette seconde symphonie op. 28 met en oeuvre une formation instrumentale de type wagnérienne. À celle-ci s'ajoute une partie chantée, assurée ici par Doris Soffel, créatrice de l'oeuvre (jouée pour la première fois à Vienne en 1999 seulement).

    La mezzo allemande ne s'est d'ailleurs pas r√©v√©l√©e totalement convaincante, accusant une certaine fatigue vocale, avec des duret√©s dans le timbre et des graves manquant nettement d'ampleur. Ses aigus sont en revanche demeur√©s lumineux et puissants, en d√©pit d'un vibrato pas toujours aussi bien contr√īl√© qu'on l'e√Ľt souhait√©.

    L'Orchestre Philharmonique de Radio-France s'est plut√īt bien tir√© de cette entreprise d√©licate. Les cordes √©taient soyeuses et homog√®nes, les bois impeccables. Seules les attaques des trompettes n'avaient pas toujours la pr√©cision voulue, ce qui allait se confirmer apr√®s l'entracte.

    La direction d'Eliahu Inbal était, quant à elle, beaucoup trop retenue et analytique pour une oeuvre fondamentalement lyrique et grandiloquente. Quitte à vouloir ressusciter les splendeurs décadentes d'un post-romantisme finissant, autant assumer ses choix jusqu'au bout


    Dédicace à un Spartakiste

    Pour la petite histoire, l'on retiendra que Schulhoff avait dédié sa symphonie à Karl Liebknecht, fils du fondateur du Parti Social-Démocrate allemand. Chef de file, avec Rosa Luxemburg, du mouvement Spartakiste, il tenta de mener à Berlin, à l'issue du premier conflit mondial, une révolution d'inspiration marxiste qui fut réprimée dans le sang. Dans un raccourci un peu désinvolte, le programme distribué aux spectateurs de la salle Pleyel l'a présenté comme " un ouvrier assassiné " !

    En seconde partie figurait la Cinquième symphonie d'Anton Bruckner, un romantique parfaitement assumé, celui-là. Le Philharmonique de Radio-France y a tenu la vedette, en se montrant d'une discipline et d'une justesse digne de bien des formations réputées d'outre-Rhin. Seules quelques entrées imprécises, comme dit aux trompettes notamment, ont été à déplorer.

    Il faut aussi regretter qu'Eliahu Inbal s'en soit tenu à une conception superficielle et tonitruante de l'oeuvre de Bruckner, écrasant tout sous le vrombissement des cuivres et gommant les aspects contemplatifs et lyriques de la partition.

    Il manquait une v√©ritable vision d'ensemble, et cette Cinqui√®me est apparue comme une succession de s√©quences aux ruptures exag√©r√©ment marqu√©es, et sans lien organique entre elles. On est ici tr√®s loin de la ma√ģtrise souveraine d'un G√ľnther Wand ou d'un Franz Konwitschny


    Le bilan du concert reste n√©anmoins profitable √† l'orchestre, contraint √† un minutieux travail de mise en place et de justesse d'ensemble. L'excellence des pupitres de violoncelles et de contrebasses dans Bruckner en est d√©j√† le premier fruit. En revanche, pour se faire mieux conna√ģtre dans l'hexagone, Schulhoff devra encore patienter.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 19/10/2001
    Romain FEIST

    Concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio-France dirigé par Eliahu Inbal avec la mezzo-soprano Doris Soffel.
    Erwin Schulhoff : Seconde symphonie op. 28 " Menschheit "
    Anton Bruckner : Cinqui√®me symphonie

     


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