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CRITIQUES DE CONCERTS 20 aoűt 2019

Reprise de La Bohème de Giacomo Puccini à l'Opéra de Paris.

Une bohème seigneuriale
© Eric Mahoudeau

© Eric Mahoudeau

Parce que la critique n'est pas une science exacte, deux avis valent mieux qu'un. C'est pourquoi Françoise Malettra est allée voir et entendre cette Bohème parisienne qui fait l'événement de ce mois de novembre lyrique, avec le couple Alagna-Gheorghiu en vedette.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 10/11/2001
Françoise MALETTRA
 



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  • Question : le public va-t-il voir Ă  l'OpĂ©ra Bastille La Bohème de Puccini, ou La Bohème selon Angela Gheorgiu et Roberto Alagna, le couple ( Ă  la ville comme Ă  la scène) le plus convoitĂ© des directeurs de maisons d'opĂ©ra, celui qui – dit-on – conduirait Ă  l'art lyrique les plus irrĂ©ductibles, et drainerait les foules non encore converties dans leur sillage de lumière ?

    La réponse est évidente : ce sont eux les vainqueurs, qui n'ont pas ménagé leurs efforts, ni leurs apparitions (soigneusement orchestrées par leurs agents) pour s'installer en haut de l'affiche et ne pas en bouger, avec les meilleurs arguments du monde pour le faire : leur jeunesse, leur charme, et
    leurs voix d'or.

    Bien sûr qu'Angela Gheorgiu est une Mimi dont un homme tomberait facilement sous le charme au premier regard. Bien sûr que Roberto Alagna est un Rodolfo plus que séduisant, dont on comprend aussi la jalousie. Bien sûr que l'on ne comprend pas pourquoi ils se quittent, quand on sait qu'elle en mourra. Alors pour quelles raisons est-on si peu bouleversé par leur si pathétique histoire ?

    Essayons de faire le point : Angela est bien une de ces créatures fragiles et fortes à la fois, victime toute désignée, comme les aime Puccini. Elle possède un timbre magnifique, une ligne de chant impeccable, des accents à la Maria Callas exactement là où il convient. Alors ?

    Roberto a bien l'allure d'un poète maudit, ou presque, qui partage en bon camarade une joyeuse misère avec Colline, le philosophe, Marcello, le peintre, et Schaunard le musicien (un pour tous, tous pour un !). Peut-être donne-il trop souvent de la voix ? Il est vrai qu'il en a tellement, et qu'elle est si belle. Mais en fin, il y a des moments d'extase dans l'opéra où un peu plus de douceur ne nuirait pas.

    Musette, l'amie volage mais au grand coeur ? Disons-le franchement : scéniquement, on n'y croit pas un seul instant, et trop peu vocalement. Marcello, Colline, Schaunard ? Ils sont tous les trois excellents, donc pas en cause. Dans ce cas, il faut bien se résoudre à regarder du côté de l'orchestre et se dire que Puccini y était singulièrement absent. Et c'est pourtant là que tout se joue.

    Dans la musique de ce mélodiste de génie, certes, mais aussi dans son orchestration qui libère et soulève des flots de musique, avec une inspiration qui ne faiblit jamais, et une science harmonique à laquelle une partie de la génération des compositeurs ne cesse aujourd'hui de rendre hommage.

    Visiblement le chef Daniel Oren n'y est pas particulièrement sensible. Il se contente d'accompagner les chanteurs, sans doute pour les mettre en beauté plus encore (ce qu'ils savent déjà très bien faire), en les laissant à eux-mêmes non sans les mettre en danger : des attaques périlleuses, des notes aiguës interminablement tenues, comme autant d'arrêt sur l'image complaisamment accordée, des reprises incertaines


    Bon, mais après tout, on ne peut pas pleurer à toutes les Bohème. Après tout, on assiste à une exposition-démonstration de voix superbes, dans une mise en scène sagement réaliste (pardon, il faut dire " vériste "). On se voit épargné de l'atelier d'artiste glauque, auquel on accéderait par un praticable en acier seulement trempé par la rouille, où à une ruelle du Quartier Latin éclairé par le plus blafard réverbère. Pas de quoi sortir d'humeur chagrine de cette Bohème pour voix seigneuriales.

    Lire aussi l'avis d'Eric Sebbag.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 10/11/2001
    Françoise MALETTRA

    Reprise de La Bohème de Giacomo Puccini à l'Opéra de Paris.
    Opéra en quatre tableaux
    Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Ilica
    d'après le roman Scènes de la vie de Bohème de Henry Mürger

    Orchestre et Choeurs de l'Opéra National de Paris
    Maîtrise des Hauts-de-Seine
    Choeurs d'enfants de l'Opéra National de Paris

    Direction musicale : Daniel Oren
    Mise en scène : Jonathan Miller
    Décors : Dante Ferretti
    Costumes : Gabriella Pescucci
    Lumières : Guido Levi

    Avec Angela Ghorghiu (Mimi), Roberto Alagna (Rodolpho), Elena Evseeva (Musetta), Ludovic Tézier (Marcello), Erwin Schrott (Colline), Stéphane Degout (Schaunard), Michel Trempont (Benoït), Christian Jean (Alcindoro), Gérard Noizet (Parpignol), Sergei Stilmachenko (Sergente dei Doganieri), Phillippe Madrange (Doganieri).

     


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