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CRITIQUES DE CONCERTS 19 juin 2019

Reprise de La Bohème de Giacomo Puccini à l'Opéra de Paris.

Une bohème seigneuriale
© Eric Mahoudeau

© Eric Mahoudeau

Parce que la critique n'est pas une science exacte, deux avis valent mieux qu'un. C'est pourquoi Françoise Malettra est allée voir et entendre cette Bohème parisienne qui fait l'événement de ce mois de novembre lyrique, avec le couple Alagna-Gheorghiu en vedette.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 10/11/2001
Françoise MALETTRA
 



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  • Question¬†: le public va-t-il voir √† l'Op√©ra Bastille La Boh√®me de Puccini, ou La Boh√®me selon Angela Gheorgiu et Roberto Alagna, le couple ( √† la ville comme √† la sc√®ne) le plus convoit√© des directeurs de maisons d'op√©ra, celui qui ¬Ė dit-on ¬Ė conduirait √† l'art lyrique les plus irr√©ductibles, et drainerait les foules non encore converties dans leur sillage¬†de lumi√®re¬†?

    La réponse est évidente : ce sont eux les vainqueurs, qui n'ont pas ménagé leurs efforts, ni leurs apparitions (soigneusement orchestrées par leurs agents) pour s'installer en haut de l'affiche et ne pas en bouger, avec les meilleurs arguments du monde pour le faire : leur jeunesse, leur charme, et
    leurs voix d'or.

    Bien s√Ľr qu'Angela Gheorgiu est une Mimi dont un homme tomberait facilement sous le charme au premier regard. Bien s√Ľr que Roberto Alagna est un Rodolfo plus que s√©duisant, dont on comprend aussi la jalousie. Bien s√Ľr que l'on ne comprend pas pourquoi ils se quittent, quand on sait qu'elle en mourra. Alors pour quelles raisons est-on si peu boulevers√© par leur si path√©tique histoire¬†?

    Essayons de faire le point¬†: Angela est bien une de ces cr√©atures fragiles et fortes √† la fois, victime toute d√©sign√©e, comme les aime Puccini. Elle poss√®de un timbre magnifique, une ligne de chant impeccable, des accents √† la Maria Callas exactement l√† o√Ļ il convient. Alors¬†?

    Roberto a bien l'allure d'un po√®te maudit, ou presque, qui partage en bon camarade une joyeuse mis√®re avec Colline, le philosophe, Marcello, le peintre, et Schaunard le musicien (un pour tous, tous pour un¬†!). Peut-√™tre donne-il trop souvent de la voix¬†? Il est vrai qu'il en a tellement, et qu'elle est si belle. Mais en fin, il y a des moments d'extase dans l'op√©ra o√Ļ un peu plus de douceur ne nuirait pas.

    Musette, l'amie volage mais au grand coeur¬†? Disons-le franchement¬†: sc√©niquement, on n'y croit pas un seul instant, et trop peu vocalement. Marcello, Colline, Schaunard¬†? Ils sont tous les trois excellents, donc pas en cause. Dans ce cas, il faut bien se r√©soudre √† regarder du c√īt√© de l'orchestre et se dire que Puccini y √©tait singuli√®rement absent. Et c'est pourtant l√† que tout se joue.

    Dans la musique de ce mélodiste de génie, certes, mais aussi dans son orchestration qui libère et soulève des flots de musique, avec une inspiration qui ne faiblit jamais, et une science harmonique à laquelle une partie de la génération des compositeurs ne cesse aujourd'hui de rendre hommage.

    Visiblement le chef Daniel Oren n'y est pas particuli√®rement sensible. Il se contente d'accompagner les chanteurs, sans doute pour les mettre en beaut√© plus encore (ce qu'ils savent d√©j√† tr√®s bien faire), en les laissant √† eux-m√™mes non sans les mettre en danger¬†: des attaques p√©rilleuses, des notes aigu√ęs interminablement tenues, comme autant d'arr√™t sur l'image complaisamment accord√©e, des reprises incertaines


    Bon, mais apr√®s tout, on ne peut pas pleurer √† toutes les Boh√®me. Apr√®s tout, on assiste √† une exposition-d√©monstration de voix superbes, dans une mise en sc√®ne sagement r√©aliste (pardon, il faut dire "¬†v√©riste¬†"). On se voit √©pargn√© de l'atelier d'artiste glauque, auquel on acc√©derait par un praticable en acier seulement tremp√© par la rouille, o√Ļ √† une ruelle du Quartier Latin √©clair√© par le plus blafard r√©verb√®re. Pas de quoi sortir d'humeur chagrine de cette Boh√®me pour voix seigneuriales.

    Lire aussi l'avis d'Eric Sebbag.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 10/11/2001
    Françoise MALETTRA

    Reprise de La Bohème de Giacomo Puccini à l'Opéra de Paris.
    Opéra en quatre tableaux
    Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Ilica
    d'apr√®s le roman Sc√®nes de la vie de Boh√®me de Henry M√ľrger

    Orchestre et Choeurs de l'Opéra National de Paris
    Ma√ģtrise des Hauts-de-Seine
    Choeurs d'enfants de l'Opéra National de Paris

    Direction musicale : Daniel Oren
    Mise en scène : Jonathan Miller
    Décors : Dante Ferretti
    Costumes : Gabriella Pescucci
    Lumières : Guido Levi

    Avec Angela Ghorghiu (Mimi), Roberto Alagna (Rodolpho), Elena Evseeva (Musetta), Ludovic T√©zier (Marcello), Erwin Schrott (Colline), St√©phane Degout (Schaunard), Michel Trempont (Beno√Įt), Christian Jean (Alcindoro), G√©rard Noizet (Parpignol), Sergei Stilmachenko (Sergente dei Doganieri), Phillippe Madrange (Doganieri).

     


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