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CRITIQUES DE CONCERTS 25 aoŻt 2019

Concert Haendel avec l'Oratorio Samson d'après John Milton.

La surprise de Samson
© D.R.

Le choeur des Sixteen avec Harry Christophers au premier plan (D.R.)

Depuis les r√©ussites de Marc Minkowski ou de Ren√© Jacobs, on n'entend plus Haendel comme au d√©but du renouveau baroque. La cons√©quence en a √©t√© la rel√©gation au second plan d'un Haendel plus mesur√© √† l'anglaise. Le "¬†Samson¬†" dirig√© r√©cemment par Harry Christophers y aurait presque appartenu si le r√īle titre, Tom Rakewell, ne l'en avait sauv√©.
 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 26/10/2001
yutha TEP
 



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  • Le Haendel trop polic√© et mesur√© des Robert King, Trevor Pinnock ou, dans le cas pr√©sent d'Harry Christophers, a pris un coup de vieux depuis Minkowski et Jacobs.

    Ces derniers n'hésitent pas à faire appel à des effectifs orchestraux importants, à soutenir un dramatisme exacerbé, des tempi diaboliques et surtout à convoquer des " calibres " vocaux, ne répondant pas forcément aux normes de la première manière des baroqueux, mais dispensant des frissons imparables.

    Deuxi√®me rencontre entre le compositeur et John Milton, par l'interm√©diaire du librettiste Newburgh Hamilton, Samson est une succession de tableaux, plus qu'un itin√©raire dramatique, malgr√© quelques moments √©minemment th√©√Ętraux, √† l'image des confrontations ¬Ė pour ne pas dire invectives ¬Ė entre Samson et Dalila, ou encore entre le h√©ros h√©breux et Harapha, le g√©ant philistin.

    Mais en d√©pit de quelques airs qui comptent parmi les plus beaux de Haendel (un Let the bright Seraphim immortalis√© au disque par Dame Joan Sutherland), ce sont le choeur et l'orchestre qui ont la part belle, Haendel parvenant √† une modernit√© √©tonnante, notamment dans l'acte¬†III o√Ļ bouillonnent des fulgurances dignes du Haydn de la p√©riode Sturm und Drang.

    Et toujours cette immense inventivité mélodique, cette incroyable efficacité dans la gestion des moyens musicaux, et dans la caractérisation des personnages et de leur psychologie.

    Comment expliquer alors l'inertie de la premi√®re partie du concert¬†? La faute en incombe peut-√™tre √† Haendel lui-m√™me, dont l'inspiration ne para√ģt retrouver ses hauteurs habituelles que dans l'acte¬†II. Il est vrai que la direction de Harry Christophers n'arrange pas les choses. Sa formation, The Symphony of Harmony and Invention, sonne assez joliment dans la grande salle du Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, bien mieux en tout cas que le Gabrieli Consort de Paul McCreesh l'an pass√©.

    Dès les premières mesures, on sait que l'ensemble anglais offrira une mise en place correcte, que les petits dérapages de justesse ne gêneront pas, que les couleurs ne seront pas non plus très chatoyantes.


    Le réveil avec les Sixteen

    Soucieux de phrasé, d'articulation, de nuances aussi, le chef anglais peine à sortir de ces intentions louables, mais insuffisantes. Seules les interventions du choeur des Sixteen réveillent ponctuellement l'audience. Toutes les conditions sont en apparence installées pour une soirée tranquille sans heurt ni passion. Or, la seconde partie s'avère une bonne surprise.

    Ne cherchant nullement l'agitation un peu creuse que Paul McCreesh a incompr√©hensiblement choisie la saison pass√©e, Harry Christophers affronte la partition avec ses armes propres. Progressivement, on se surprend √† appr√©cier tel phras√© √† la musicalit√© ind√©niable, √† go√Ľter tel travail sur les nuances d'un choeur remarquable d'homog√©n√©it√© et de coh√©sion, jusqu'√† une tentative de trille chorale assez r√©ussie dans le dernier acte.

    Il b√©n√©ficie en outre d'une distribution de bon niveau. Si l'intonation et la rigueur rythmique de Carolyn Sampson, derni√®re coqueluche des haendeliens anglais, restent perfectibles, la jeune soprano convainc par une fra√ģcheur et une r√©elle intelligence du discours.

    Comme √† son habitude, Susan Bickley assure sa partie avec professionnalisme, mais son contr√īle pointu des nuances ne r√©chauffe pas toujours un timbre d√©cid√©ment glacial. Les deux basses, Michael George (Manoa, p√®re de Samson) et David Wilson-Johnson (Harapha sonore et efficace), sont indiscutablement anglaises, avec cette tendance marqu√©e √† l'engorgement, mais aussi une pr√©sence √©vidente.

    Mais la plus grande satisfaction vient cependant de Thomas Randle. Quelque peu bridé en Tamerlan par une mise en scène anodine et la direction léthargique de Trevor Pinnock, le ténor est ici enthousiasmant. Le timbre est remarquable, aux couleurs sombres, presque barytonnant ; la technique est solide, et surtout, l'engagement est admirable.

    On remarqua aussi qu'il chante sans partition
    D√©tail en apparence anodin, mais ceci explique peut-√™tre cela. Il ne faudra donc pas manquer son Tom Rakewell du Rakes's Progress d√®s le 21¬†novembre dans ce m√™me Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es.




    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 26/10/2001
    yutha TEP

    Concert Haendel avec l'Oratorio Samson d'après John Milton.
    Choir of The Sixteen
    The Symphony of Harmony and Invention
    Direction : Harry Christophers

    Avec Thomas Randle (Samson) ¬Ė Carolyn Sampson (Dalila, une Philistine) ¬Ė Susan Bickley (Micah, une Isra√©lite) ¬Ė Michael George (Manoa) ¬Ė David Wilson-Johnson (Harapha).

     


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