altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 17 septembre 2019

Récital de Paul Badura-Skoda au pianoforte et au piano Bösendorfer.


Gaveau passe l'Ă©ponge
© D.R.

De quelque obscur tâcheron du piano, on n'aurait aucun scrupule à fustiger l'invraisemblable succession d'errements techniques - et stylistiques - qui ont figuré au programme de ce récital du 9 novembre à la salle Gaveau. Mais au clavier, il y avait Paul Badura-Skoda, un artiste immense à qui l'on doit tant

 

Salle Gaveau, Paris
Le 09/11/2001
Romain FEIST
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Vieux prĂŞtre d’IsraĂ«l

  • Salzbourg 2019 (8) : Et puis s’en va…

  • Salzbourg 2019 (7) : Diablement drĂ´le

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • De Paul Badura-Skoda, il est difficile de contester les compĂ©tences musicologiques tout comme la virtuositĂ©. Et pourtant, d'emblĂ©e, la main droite a trahi le musicien, et il manquait quelques notes Ă  la Fantaisie K 397 de Mozart.

    L'esprit y était toutefois. Ruptures agogiques judicieuses, à l'effet dramatique certain, utilisation pertinente des jeux du pianoforte pour varier la couleur instrumentale, rubato et maniérismes à la Carl Philipp Emanuel Bach, tout à fait de mise dans une telle oeuvre.

    L'horizon s'est assombri dans les célébrissimes variations sur Ah vous dirai-je maman K 265, composées par Mozart lors de son séjour à Paris en 1778. Les problèmes techniques sont allés crescendo, avec en plus, une raideur rythmique et un martèlement systématique des temps forts qui donnaient à l'ensemble un caractère presque scolaire.

    La Sonate en do mineur K 457 n'a pas plus fourni d'occasion de limiter les dégâts. Paul Badura-Skoda a abordé l'allegro molto initial dans un tempo frisant la précipitation, sans ménager de respiration susceptible d'éviter l'asphyxie de la mélodie.

    Le développement et la réexposition ont tourné à la catastrophe pure et simple, et il n'y avait plus ni gamme ni batterie qui ne fut impitoyablement savonnée. L'adagio a laissé entrevoir quelque espoir, vite déçu par un Finale plus beethovénien que mozartien, et surtout fort brouillon.

    Le Bösendorfer comme planche de salut

    La Sonate en la mineur D 537 de Schubert qui suivit l'entracte parut apporter une certaine rémission, sur le plan technique du moins. Paul Badura-Skoda - qui avait troqué son pianoforte contre un Bösendorfer bien réglé - semblait retrouver ses moyens, même si l'on pouvait contester son parti pris de mettre en exergue les seuls aspects tragiques de la partition, au détriment de la poésie et de la rêverie.

    Sous ses doigts, la musique de Schubert sonnait comme une réminiscence (pas si) lointaine du " Sturm und Drang ". Soit. Mais comment défendre l'Appassionata qui clôturait la soirée ? Tous ceux qui connaissent la magnifique intégrale des sonates pour piano de Beethoven que Paul Badura-Skoda a enregistré pour Astrée n'en croiraient pas leurs oreilles.

    Alors que le pianiste autrichien avait révolutionné l'interprétation de l'oeuvre du maître de Bonn, il semble s'être ici brutalement souvenu qu'il fut l'élève d'Edwin Fischer, reniant tout le travail accompli au cours des cinquante dernières années, pour s'abandonner à un romantisme impétueux, emphatique et constamment outrancier.

    Le tempo était fluctuant, la pédale omniprésente, la mise en place rythmique approximative. L'Allegro ma non troppo final paracheva le naufrage par une dramatique série de fausses notes.

    A l'issue d'un tel concert, le seul sentiment qui peut prévaloir, c'est l'incompréhension. Pourquoi ? Qu'a-t'il bien pu se passer pour que l'on en arrive là ? Il faut espérer que ce n'était qu'un faux pas que même les plus grands artistes peuvent commettre.

    Un mauvais concert et une mauvaise critique ne seront de toute façon que d'insignifiantes péripéties en regard des services que Paul Badura-Skoda a apporté à la musique tout au long de sa carrière. Le public de la salle Gaveau avait manifestement choisi de passer l'éponge, en applaudissant chaleureusement et en réclamant deux bis au vieux maître, qui joua successivement l'Albumblatt (Valse en sol D 844) et l'Impromptu en fa mineur D 935 n°4 de Schubert.




    Salle Gaveau, Paris
    Le 09/11/2001
    Romain FEIST

    Récital de Paul Badura-Skoda au pianoforte et au piano Bösendorfer.
    Mozart : Fantaisie K 397, Ah vous dirai-je maman K 265, Sonate en do mineur K 457
    Schubert : Sonate en la mineur D 537
    Beethoven : Sonate Appassionata

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com