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CRITIQUES DE CONCERTS 08 aoŻt 2020

Reprise de l'opéra " Les Trois soeurs " de Peter Eötvös.

Un triplé de siamoises
© Marie-No√ęlle Robert

¬© Marie-No√ęlle Robert

Il y a trois ans, l'op√©ra Les Trois Soeurs de Peter E√∂tv√∂s avait √©t√© salu√© comme "¬†le chef-d'oeuvre lyrique du vingti√®me si√®cle finissant¬†". Sa reprise au Ch√Ętelet √©tait l'occasion de se rendre compte si l'oeuvre m√©ritait d'√™tre trait√©e √† l'√©gal de Die Soldaten de Zimmermann ou duGrand Macabre de Ligeti.
 

Th√©atre du Ch√Ętelet, Paris
Le 06/11/2001
Romain FEIST
 



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  • Si l'√©criture instrumentale et vocale de ces Trois Soeurs est aussi efficace qu'inventive, on n'y d√©c√®le pas d'innovation majeure. En revanche, elle ne recule pas devant quelques concessions pour s√©duire. C'est notamment le cas du long monologue d'Andr√©, qui tient par bien des aspects de l'air d'op√©ra russe romantique √† la Eug√®ne On√©guine, en d√©pit de sa parure harmonique moderne.

    En d'autres points, tout particulièrement dans l'introduction, l'ascétisme et le coloris extrême-oriental de l'orchestration justifient les options retenues par le metteur en scène, Ushio Amagatsu, qui transpose l'action de la pièce de Tchékhov au Japon.

    Si selon Peter E√∂tv√∂s, l'accord√©on est un instrument typique de la culture russe, la mani√®re dont il est trait√© dans cette introduction √©voque plut√īt la sonorit√© du sh√ī (orgue √† bouche) ou du Hichiriki (hautbois) qu'on trouve dans le Gagaku (orchestre imp√©rial japonais).

    Dans la mesure o√Ļ le livret de Claus H.¬†Henneberg et de Peter E√∂tv√∂s lui-m√™me est une cr√©ation artistique originale et non une simple adaptation √† l'op√©ra d'une pi√®ce de th√©√Ętre pr√©existante, ces choix esth√©tiques, bien que rendant peu lisible l'intrigue Tch√©kov, apparaissent coh√©rents.

    Du point de vue de l'ex√©cution, il faut regretter certaines in√©galit√©s dans la distribution. Trouver trois contre-t√©nors capables d'assumer les r√īles principaux tient de la gageure¬†: ici, le pari n'a pas vraiment √©t√© tenu. Conscient de cette difficult√©, le compositeur a d'ailleurs r√©alis√© une seconde version de son op√©ra, pour voix de femmes cette fois, qui a √©t√© pr√©sent√©e notamment √† D√ľsseldorf, Freiburg-im-Breisgau et Budapest.

    Un trio inégal

    Au ch√Ętelet, des trois soeurs, c'est paradoxalement Bejun Mehta (Macha) qui a r√©alis√© la prestation la moins discutable, alors m√™me qu'il √©tait indispos√© et que la repr√©sentation du 6¬†novembre avait d√Ľ √™tre retard√©e d'une demi-heure pour lui permettre de retrouver la voix. √Ä l'inverse, ses deux partenaires, Alain Aubin (Olga) et Oleg Riabets (Irina) souffraient d'une insuffisance de moyens un peu trop flagrante (timbres serr√©s, manque d'agilit√©).

    Le r√īle de Natacha, l'√©pouse d'Andr√©, est √©galement d√©volu √† un contre-t√©nor, mais sollicite bien plus les talents d'acteurs que les capacit√©s vocales de l'interpr√®te¬†; Gary Boyce s'est acquitt√© de cette t√Ęche en composant un personnage truculent et plein de verve.

    Au nombre des bonnes surprises de la soirée figuraient également Denis Sedov (Soliony), baryton-basse à la voix ample et d'une rare homogénéité de timbre, ainsi que l'imposant André d'Albert Schagidullin, lequel a fait valoir un sens du legato accompli dans le fameux monologue.

    Du point de vue instrumental, l'ouvrage de Peter Eötvös requiert deux orchestres, l'un dans la fosse et l'autre derrière le plateau. Placé dans la fosse, le premier était conduit par Kent Nagano tandis que le second était piloté par le compositeur en personne.

    L'effet de relief recherch√© avec cette double phalange n'a pas toujours √©t√© perceptible en raison de l'acoustique particuli√®re du Th√©√Ętre du Ch√Ętelet, et seules les percussions ont v√©ritablement eu le rendu escompt√©.

    Mais ceci mis à part, les musiciens du Philharmonique de Radio France ont fait preuve de discipline, de précision et de justesse, alors même qu'ils avaient à affronter une partition difficile à mettre en place. On regrettera simplement que Kent Nagano ait eu tendance à couvrir çà et là les trois contre-ténors.

    Au bout du compte, ces Trois soeurs auront permis de go√Ľter une musique savamment √©labor√©e et d'appr√©cier une mise-en-sc√®ne raffin√©e. Mais, ainsi repr√©sent√© avec des soeurs siamoises, cet op√©ra a peu de chances d'√©clipser la pi√®ce de Tchekov comme les Noces de Figaro ont fait p√Ęlir √† jamais le chef-d'oeuvre de Beaumarchais.




    Th√©atre du Ch√Ętelet, Paris
    Le 06/11/2001
    Romain FEIST

    Reprise de l'opéra " Les Trois soeurs " de Peter Eötvös.
    Opéra en trois séquences d'après Les Trois Soeurs d'Anton Tchekhov
    Livret de Claus H. Henneberg traduit en russe par Krzysztof Wiernicki
    Créé le 13 mars 1998 à l'Opéra National de Lyon

    Orchestre Philharmonique de Radio France
    Direction musicale : Kent Nagano et Peter Eötvös
    Mise en scène, scénographie et lumières : Ushio Amagatsu
    Décors : Sayoko Yamaguchi
    Costumes : Genta Iwamura

    Avec Gary Boyce (Natacha), Alain Aubin (Olga), Bejun Mehta (Macha), Oleg Riabets (Irina), Peter Hall (Tcheboutykine), Alexei Grigoriev (Rod√©), Albert Schagidullin (Andre√Į), Nikita Storojev (Koulygine), Wojtek Drabowicz (Verchinine), Gregor Dalal (Touzenbach), Valery Serkin (Fedotik), Denis Sedov (Soliony), Jan Alofs (Anfissa).

     


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