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CRITIQUES DE CONCERTS 07 décembre 2019

Nouvelle production de Rusalka de Dvorak à l'Opéra de Lyon.

Ondine en eaux tièdes
© G√©rard Amsellem

© Gérard Amsellem

Pour célébrer la prise de fonction de son nouveau directeur musical Ivan Fischer, l'Opéra de Lyon a programmé cette année un des ouvrages favoris du chef hongrois, Rusalka de Dvorak, avec le concours du metteur en scène Jean-Claude Berutti. Mais la magie de ce Conte de fées lyrique n'a pourtant pris qu'à moitié.
 

Opéra national, Lyon
Le 19/11/2001
Yannick MILLON
 



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  • Cent ans apr√®s sa cr√©ation, la France conna√ģt enfin un regain d'int√©r√™t pour Rusalka de Dvorak. Il s'agit pourtant d'un authentique chef-d'oeuvre¬†dont la richesse de l'orchestration √©voque √† merveille le monde lacustre et les l√©gendes de Grimm et Erben. L'√©criture vocale semble h√©rit√©e en droite ligne des Italiens (le c√īt√© tr√®s puccinien de l'Air √† la Lune), et l'efficacit√© dramatique n'a rien √† envier √† Wagner.

    Mais l'ouvrage n'est pas √©vident √† illustrer sc√©niquement. Il est en effet facile de sombrer dans le figuralisme et l'imagerie na√Įve fa√ßon Petite Sir√®ne, mais tirer Rusalka vers le symbolisme abstrait peut aussi conduire √† l'ennui si l'on consid√®re la lente progression de l'intrigue.

    Sans travers flagrant, la lecture un peu molle de Berutti privil√©gie le c√īt√© myst√©rieux, f√©√©rique et plastique plut√īt que la psychologie des personnages. De ce fait, on ressent peu l'√©tau qui se resserre autour d'Ondine, et les acteurs, peu convainquants sc√©niquement, semblent livr√©s √† eux-m√™mes.

    On est mieux servi avec la partie musicale car Ivan Fischer fait preuve d'une lecture narrative, avec une battue souple et inspirée. On pourra tout au plus lui reprocher de privilégier l'éclat dramatique au détriment des quelques hardiesses harmoniques que recèle la partition.

    Mais il n'est gu√®re aid√© avec la sonorit√© fruste de l'Orchestre de l'Op√©ra de Lyon, particuli√®rement dans les innombrables passages piano et d√©licats. Et, est-ce l'acoustique mate du lieu ou cette id√©e saugrenue d'avoir pos√© de la moquette dans la fosse¬†? Toujours est-il que le son des cordes est banal, √† l'√©gal des vents d'ailleurs, si ce n'est une fl√Ľte qui souffle sporadiquement un peu d'air frais.

    Regards implorants façon séries télé

    √Ä l'image du reste de la production, le plateau est moyen. L'Ondine de Klaudia Dernerova manifeste certes des intentions musicales int√©ressantes, mais son √©mission est hasardeuse et la chanteuse bataille constamment avec la justesse et une intonation trop haute. Sa maladroite pr√©sence sc√©nique n'arrange rien, surtout dans les t√™tes √† t√™te avec le Prince o√Ļ ses regards implorants, fa√ßon Feux de l'Amour, pr√™tent au mieux √† sourire.

    Francisco Araiza a toujours un organe solide mais ses aigus se sont ternis et son timbre s'est durci, rendant du coup son Prince peu bel cantiste. En revanche, Hedwig Fassbender survole de très haut la distribution. Elle campe une Princesse étrangère, scéniquement écrasante et volontaire, et la voix est impressionnante de projection et de métal, à l'image d'une Eva Urbanova.

    La sorci√®re de Mzia Nioradze n'est pas moins probante et rendrait presque son personnage sympathique. Si ce n'est quelques sons un peu tub√©s, elle r√©ussit √©galement un bon usage de la voix de poitrine. √Ä ses c√īt√©s, l'Ondin de Ludek Vele, voix ferme et sonore, aurait √©t√© plus √©loquent avec de v√©ritables aigus.

    Toutefois si les deux r√īles principaux laissent un peu √† d√©sirer, les r√īles secondaires sont souvent bien tenus, notamment les Trois Dryades de Virginie Pochon, Svetlana Lifar et Daniela Denschlag, de m√™me que l'excellent Garde Forestier de Jan Jezek, au timbre de t√©nor bouffe id√©al, ainsi que le Marmiton de Karine Deshayes, et le Chasseur de Fran√ßois Piolino, parfait de clart√© et de jeunesse.

    Mais, ces qualités individuelles, pas plus que le scintillement des petites billes de verre installées sur les balcons de la salle, n'ont pas réussi à extirper cette Rusalka d'un bain d'eau tiède.




    Opéra national, Lyon
    Le 19/11/2001
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Rusalka de Dvorak à l'Opéra de Lyon.
    Antonin Dvorak (1841-1904)
    Rusalka, Conte de fées lyrique en trois actes (1901)
    Livret de Jaroslav Kvapil.
    Chanté en tchèque.

    Choeur et Orchestre de l'Opéra de Lyon
    Direction : Ivan Fischer

    Mise en scène : Jean-Claude Berutti
    Décors et Costumes : Rudy Sabounghi
    Eclairages¬†: Jo√ęl Hourbeigt
    Chorégraphie : Darren Ross

    Avec Klaudia Dernerova (Rusalka), Francisco Araiza (le Prince), Ludek Vele (l'Ondin), Hedwig Fassbender (la Princesse étrangère), Mzia Nioradze (la Sorcière), Virginie Pochon (Première Dryade), Svetlana Lifar (Deuxième Dryade), Daniela Denschlag (Troisième Dryade), Jan Jezek (le Garde Forestier), Karine Deshayes (un Marmiton), François Piolino (un Chasseur).

     


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