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CRITIQUES DE CONCERTS 04 décembre 2020

Création française de l'opéra L'Amour de loin de Kaija Saariaho (née en 1952).

L'amour avec les oreilles
© Marie-No√ęlle Robert

¬© Marie-No√ęlle Robert

Auréolé de son succès salzbourgeois, l'Amour de loin, le premier opéra de Kaija Saariaho était d'autant plus attendu en France qu'il a pu faire figure d'hymne à la langue française. Outre Peter Sellars et Dawn Upshaw, on remarque pour la création française la baguette de Kent Nagano à la tête de l'Orchestre de Paris.
 

Th√©atre du Ch√Ętelet, Paris
Le 26/11/2001
Françoise MALETTRA
 



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  • Pour Kaija Saariaho, y avait-il une distance si infranchissable entre l'art des troubadours du XIIe¬†si√®cle en pays de France et les contes et l√©gendes du froid de sa Finlande natale¬†? Sans doute le croyait-elle, avant de s'y aventurer et de rencontrer le plus grand po√®te en terre d'Aquitaine, celui dont seuls les manuels scolaires et quelques √©rudits citent encore le nom¬†: Jaufr√© Rudel, prince de Blaye.

    Alors qu'elle √©tait √† la recherche d'un livret pour une oeuvre sc√©nique, elle avoue qu'√† la premi√®re lecture de La Vida, la biographie de Rudel, elle s'est sentie "¬†choisie¬†"¬†: ¬ď¬†Je voulais aller vers les grands myst√®res de la vie, ceux que nous ne pouvons approcher avec la raison, et que j'avais le sentiment de pouvoir approcher par la musique¬†¬Ē.

    L'Amour de loin est né de sa fascination pour ces mystères qui ont élevé au rang de mythes les couples d'Orphée et Eurydice, Tristan et Yseult ou Pelléas et Mélisande.

    Cr√©√© √† Salzbourg en ao√Ľt¬†2000, sur la sc√®ne en plein air de la Felsenreitschule, le spectacle trouve au Ch√Ętelet un espace plus resserr√©, et d'une densit√© po√©tique plus proche du projet musical, malgr√© le langage utilis√© par l'√©crivain libanais Amin Maalouf, qui en voulant retenir la courtoisie et la d√©licatesse du discours amoureux m√©di√©val, le r√©duit √† une banalit√© d'o√Ļ la force dramatique est singuli√®rement absente.

    Mais la musique est là pour dire l'histoire de ce prince troubadour qui se lamente de ne pas avoir appris le bonheur, et de Clémence de Tripoli qui n'a pas encore osé aimer, mais s'émerveille d'apprendre, de la bouche d'un pèlerin, qu'au-delà des mers un poète la célèbre. Elle dit aussi comment ils s'espèrent, se devinent, s'attendent et se rejoignent un instant trop court avant que la mort ne les sépare.

    On entre dans la partition comme dans le temps non mesur√© d'un long po√®me d'amour qui s'√©tire pendant deux heures sur une tra√ģne musicale √©pur√©e √† l'extr√™me, loin de la radicalit√© d'√©criture de compositions ant√©rieures de Kaija Saariaho.

    L'ensemble est tiss√© d'une trame mouvante et accueillante, d'un mat√©riau o√Ļ les voix, le choeur, les sons acoustiques et √©lectroniques se fondent, s'irisent, et se dissolvent. Une sorte d'oc√©an tranquille et enveloppant, agit√© de temps √† autre par de lourds accords qui capturent les sonorit√©s confondues et les lib√®rent, √† peine transform√©es, tandis que d'imperceptibles modulations engagent les voix √† s'en √©loigner, presque √† s'en abstraire, donnant le sentiment de la fragilit√© du dialogue.

    Une beaut√© irr√©elle et hors du temps que la mise en sc√®ne de Peter Sellars ne trah√ģt √† aucun moment. Elle est faite de colonnes de lumi√®res changeantes, d'un plateau que l'eau envahit, d'une nacelle de verre pour Jaufr√© et d'un escalier en ruban cisel√© comme un bijou oriental pour Cl√©mence.

    Colonnes, nacelle et colima√ßon montent et descendent tr√®s lentement, comme le temps suspendu de l'attente et de l'incertitude, le d√©cor nu est travers√© par des images de synth√®se en cama√Įeu de blanc, de gris, de noir, qui s'enroulent et se d√©roulent en vagues douces et mena√ßantes.

    Sous la conduite de Kent Nagano, l'Orchestre de Paris a parfaitement joué le jeu de cette horlogerie fine qu'est la partition d'un bout à l'autre. Dans ce décor dépouillé et abstrait, Dawn Upshaw, Gerald Finley et Lilli Paasikivi réussissent à camper des caractères parfaitement vraisemblables. Un exploit qui n'est pas mince.

    De cette conjuration de talents, il ne faut pas oublier non plus le choeur Accentus. Pr√©cis√©ment, on savait l'amour affaire de coeur, contingence charnelle et moteur de l'humanit√©, gr√Ęce √† Saariaho, on sait d√©sormais que cela peut se pratiquer d'assez loin et avec les oreilles


    Lire aussi l'avis moins favorable d'Olivier Bernager.

    Lire également le compte-rendu de la création salzbourgeoise.




    Th√©atre du Ch√Ętelet, Paris
    Le 26/11/2001
    Françoise MALETTRA

    Création française de l'opéra L'Amour de loin de Kaija Saariaho (née en 1952).
    Opéra en cinq actes
    Livret d'Amin Maalouf
    Cr√©√© le 15¬†ao√Ľt 2000 au Festival de Salzbourg
    Co-commande du Th√©√Ętre du Ch√Ętelet et du Festival de Salzbourg

    Orchestre de Paris
    Choeur Accentus (Chef de choeur : Laurence Equilbey)
    Direction musicale : Kent Nagano

    Mise en scène : Peter Sellars
    Décors : George Tsypin
    Costumes : Martin Pakledinaz
    Lumières : James F. Ingalls

    Avec Dawn Upshaw (Clémence, Comtesse de Tripoli), Lilli Paasikivi (Le Pèlerin), Gerald Finley (Jaufré Rudel, Prince de Blaye et Troubadour).

     


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