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CRITIQUES DE CONCERTS 19 décembre 2018

Semaine consacrée à la violoniste Stéphanie-Marie Degand aux Midis Musicaux du Châtelet.

La double vie de Stéphanie
© Charles Dolfi Michel

© Charles Dolfi Michel

Comme Jean-Guihen Queyras qu'Altamusica présentait la semaine passée, la violoniste Stéphanie-Marie Degand est de ces interprètes qui refusent la spécialisation. Les Midis Musicaux du Châtelet viennent de lui consacrer deux concerts où elle a joué tour à tour du violon baroque puis moderne. Un archet à deux branches.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 07/12/2001
Eric SEBBAG
 



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  • France, terre de violons ? On veut le croire, on aimerait y croire. Mais la volonté ne suffit pas, et il faut convenir qu'il est des sols où les violonistes poussent mieux, plus vite, plus nombreux, plus dru. Alors, quand un archet prometteur commence à poindre, pour se diviser à deux branches, on se précipite.

    Ces dernières années, il y a eu Laurent Korcia et Renaud Capuçon. Il y a aujourd'hui Stéphanie-Marie Degand, une musicienne de 26 ans qui se distingue par un dédoublement peu commun de sa personnalité musicale. Ainsi joue-t-elle du violon baroque avec les ensembles de Christophe Rousset et Emmanuelle Haïm, du violon romantique avec les pianistes François-Frédéric Guy, Nicolas Angelich ou Jérôme Ducros.

    Elle ne dédaigne pas pour autant le répertoire contemporain et le compositeur Eric Tanguy lui a même dédié sa dernière pièce pour violon seul. Pour ses deux concerts du Châtelet, Strauss fut toutefois le compositeur le plus tardif, à l'issue d'un survol chronologique entamé avec Marin Marais, en passant par Jean-Marie Leclair et Franz Schubert.

    Violon sur l'épaule, archet courbe, cordes en boyaux, Stéphanie-Marie Degand entame la Gamme de Marin Maris en compagnie du violiste Atsushi Sakai et de Christophe Rousset au clavecin. D'emblée, le son de la violoniste frappe par sa densité, sa profondeur et sa plénitude. Sur ce chapitre, elle égale d'entrée son professeur Patrick Bismuth et Monica Hugget, deux références de velours.

    En revanche, l'assurance du jeu n'y est pas : les traits difficiles de Marais grippent, la justesse se refuse subrepticement. Le dynamisme insufflé par le clavecin ne suffit pas à donner une conduite à l'interprétation qui reste au ras de la partition. De plus, par la faute d'une viole timide bien en peine de répondre au violon, le Trio de Marais se retrouve pratiquement allégé d'un protagoniste.


    Stéphanie-Marie fait sa Gamme

    La sonate de Leclair elle se joue à deux têtes, car viole et clavecin ne font qu'un à la basse continue. Est-ce le temps nécessaire au chauffage des boyaux, le trac envolé, une meilleure préparation ? Toujours est-il que la soliste va maintenant étaler une éloquence et un souffle que l'on ne soupçonnait pas lorsqu'elle faisait sa Gamme.

    Délivré de ses égarements injustes, le violon devenu colorature déroule des phrases amples et soutenues, calligraphiées à l'archet avec pleins et déliés. Également avec deux compositeurs et deux oeuvres, le second concert avec le violon moderne, et en compagnie du pianiste Jérôme Ducros, va révéler un schéma identique.

    Le Duo pour violon et piano op.164 D.574 de Schubert n'est pas plus raté que le Marais, mais comme lui, il donne l'impression de n'être pas fini, d'être encore en chantier interprétatif. Entre la légèreté apparente et l'ironie sous-jacente, une mixture typiquement schubertienne, les musiciens ne savent pas bien où poser leurs notes. Le violon à nouveau manque d'aisance, et le piano se dilue à force de pédale, pour masquer des traits inégaux.

    Avec Strauss, Stéphanie-Marie Degand va retrouver l'aplomb et le cuivre dont son Leclair était forgé. Avec plus d'intensité même, car la Sonate op.18 est dramatique et exige toutes les ressources dynamiques d'un violon qu'elle n'a pas avare. Ample legato, sens de la ligne, inflexions souples, intensité du chant sans faiblesse, on croirait entendre les cordes de Renée Fleming frottées avec l'archet d'Arthur Grumiaux.

    À un talent si prometteur, il faut cependant recommander sans délai le secours d'un ORL, car il n'est pas concevable de faire autant de bruit avec un appendice nasal en apparence si bien formé ; à plus forte raison parce que la sonate de Strauss laissait volontiers l'auditeur en apnée.




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 07/12/2001
    Eric SEBBAG

    Semaine consacrée à la violoniste Stéphanie-Marie Degand aux Midis Musicaux du Châtelet.
    Lundi 3 décembre
    Marin Marais : La Gamme, en forme de petit opéra pour violon, viole et clavecin
    Jean-Marie Leclair : Sonate à violon seul et basse continue N° 4 en si bémol majeur (Livre III)

    Stéphanie-Marie Degand, violon baroque
    Atsushi Sakai, viole
    Christophe Rousset, clavecin

    Vendredi 7 décembre
    Franz Schubert : Duo pour violon et piano en la majeur op.162 D.574
    Richard Strauss : Sonate pour violon et piano en mi bémol majeur op.18

    Stéphanie-Marie Degand, violon
    Jérôme Ducros, piano

     


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