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CRITIQUES DE CONCERTS 19 septembre 2020

Nouvelle production de Lucie de Lammermoor de Gaetano Donizetti à l'Opéra national de Lyon.

Lucie dans le ciel
avec des diamants

© G√©rard Amsellem

Roberto Alagna et Natalie Dessay (© Gérard Amsellem)

De Lucia di Lammermoor (Naples, 1835) √† Lucie de Lammermoor (Paris, 1839), la diff√©rence n'est pas mince tant Donizetti a refondu - plut√īt qu'adapt√© - sa partition pour le public fran√ßais. C'est cette seconde version, assez rare √† la sc√®ne, que pr√©sentait ce mois-ci l'Op√©ra de Lyon avec Natalie Dessay et Roberto Alagna dans les premiers r√īles.
 

Opéra national, Lyon
Le 07/01/2002
Michel PAROUTY
 



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  • Lorsque Gaetano Donizetti remanie sa Lucia pour la capitale fran√ßaise, l'op√©ra qui aujourd'hui encore lui sert d'embl√®me, Donizetti n'y va pas de main morte. Il coupe, il √©lague, il resserre, supprime des personnages secondaires (Lucie devient la seule femme de l'intrigue). Il conserve l'orchestration, mais adapte la ligne vocale au texte fran√ßais. Et du coup, les couleurs de la partition changent.

    √Ä la suavit√© de la langue italienne, le Fran√ßais oppose des contours plus anguleux, un √©clairage plus violent. L'intensit√© dramatique remplace la po√©sie. Le romantisme brumeux de Walter Scott s'efface-t-il au profit d'Alexandre Dumas¬†? En France, on pr√©f√®re la logique de l'action aux errances du r√™ve. Et l'air d'entr√©e de Lucie, qui se substitue au "¬†Regnava nel silenzio¬†" original, va dans ce sens, avec ce que cela peut impliquer d'efficacit√© et de prosa√Įsme.

    Du spectacle, on retient surtout la sobri√©t√© des d√©cors de Christian Fenouillat, mais que tout cela est sombre¬†! Les tonalit√©s lugubres de ce m√©lo pur et dur ont-elles paralys√© Patrice Caurier et Mosh√© Leiser, si imaginatifs, d'ordinaire¬†? Leur mise en sc√®ne se tra√ģne sans trouver ses marques, et se laisse oublier.

    L'√©nergie, on la trouve dans la fosse d'orchestre, o√Ļ Evelino Pido, pr√©cieux soutien pour les chanteurs, donne √† la partition une ferme assise, n'admet aucun temps mort, maintient la tension sans rel√Ęche, mais n'oublie jamais de laisser la m√©lodie respirer.

    L'élocution de Roberto Alagna compte toujours parmi les plus belles qui soient ; lui qui incarna si souvent Edgardo dans la Lucia originale campe aujourd'hui Edgard avec le même aplomb vocal, un phrasé royal, et une conviction qui déplace les montagnes. Le comparer à lui-même, compte tenu des différences d'émission imposées par les deux langues, est déjà source de délice.

    Timbre de bronze et autorit√© naturelle indiscutable, Ludovic T√©zier r√©ussit √† sortir Henri (le fr√®re sadique de l'h√©ro√Įne) de l'orni√®re qui s'ouvre devant les r√īles de m√©chant en lui donnant un minimum d'humanit√©. Des trois comparses, Marc Laho (Arthur, l'√©poux √©ph√©m√®re de Lucie), Yves Saelens (Gilbert, le tra√ģtre), Nicolas Cavallier (Raymond, le chapelain), ce dernier s'impose en quelques mesures.

    Vivre la rencontre entre un artiste et un personnage peut être un moment d'exception. Natalie Dessay incarne Lucie, se lance à corps perdu dans des vocalises étourdissantes, transcendant la simple virtuosité pour donner un sens à chaque note. Elle aime, souffre, meurt avec une fougue qui ne se dément jamais. Et ce qu'elle fait de la fameuse scène de la folie laisse pantois.

    Elle qui ne manque jamais une occasion de jouer la com√©die et trouve l√† un exutoire √† ses d√©sirs, jusqu'√† s'y consumer. Et l'on est une fois encore stup√©fait de constater combien la voix s'est √©largie, a gagn√© en corps, en registre grave, en puissance, sans rien perdre de sa transparence. √Ä une √©poque encore proche, elle e√Ľt salu√© sous un d√©luge de fleurs. Les traditions se perdent, h√©las. Nul doute n√©anmoins que cette Lucie m√©rite mieux¬†: le ciel avec des diamants.




    Opéra national, Lyon
    Le 07/01/2002
    Michel PAROUTY

    Nouvelle production de Lucie de Lammermoor de Gaetano Donizetti à l'Opéra national de Lyon.
    Orchestre de l'Opéra de Lyon
    Direction musicale : Evelino Pido.
    Mise en scène : Patrice Caurier et Moshé Leiser.
    Décors : Christian Fenouillat

    Avec Natalie Dessay (Lucie), Roberto Alagna (Edgard Ravenswood), Ludovic Tézier (Henry Ashton), Marc Laho (Sir Arthur), Nicolas Cavallier (Raymond), et Yves Saelens (Gilbert).


    Diffusion mardi 22 janvier à 20h45 sur Arte.

     


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