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CRITIQUES DE CONCERTS 06 juillet 2020

La Guerre et la Paix à l'Opéra Bastille

Guerre et désaccords (pour)
© Eric Mahoudeau

" La Guerre et la Paix " est considéré comme la plus grande oeuvre de la littérature russe. Prokofiev en a tiré une vaste fresque dont l'envergure a rarement été atteinte à l'opéra. Pour l'illustrer, l'Opéra Bastille n'aura jamais déployé autant de moyens. Mais, à la guerre comme à la guerre, nos critiques sont divisés.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 08/03/2000
Antoine Livio (1931-2001)
 



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  • Tolsto√Į a mis cinq ans pour √©crire son roman. Il en fallut le double √† Prokofiev pour composer les multiples versions (de 1941 √† 1952) et il n'en vit jamais la cr√©ation d√©finitive au Bolcho√Į, le 15 d√©cembre 1959, (six ans apr√®s sa mort). √Ä l'image du roman, l'op√©ra est une fresque qui retrace les grands moments du d√©but du XIX√® si√®cle en Russie. D√®s lors tergiverser devant la grandeur de l'oeuvre en tentant d'extraire certains passages que l'on estime plus faibles para√ģt aussi ridicule que de d√©cortiquer une fresque picturale, puisque c'est pr√©cis√©ment l'alternance de temps forts et de temps faibles qui cr√©e le ressort dramatique d'un ouvrage.

    Gary Bertini sait doser cette alternance, entre amour, humour et critique de la soci√©t√©. Sous son impulsion, l'Orchestre de l'Op√©ra d√©veloppe tous ses registres pour raconter l'histoire, avec des subtilit√©s de timbres qui sont la signature de Prokofiev. Parall√®lement le r√©cit est pris en compte par la mise en sc√®ne, simple, directe et efficace de Francesca Zambello. Aussi √† l'aise dans l'√©vocation de la vie mondaine - d'un bal au d√©nouement d'une intrigue amoureuse - que dans le heurt des soldats ou la progression des arm√©es. Avec l'aide de son complice Macfarlane pour les d√©cors, elle encha√ģne les actions, pr√©cipite le cours du drame et tient en haleine le spectateur. Bertini et Zambello ont donc r√©ussi √† eux deux √† coordonner le jeu d'une quarantaine de solistes et de plus d'une centaine de choristes, danseurs et figurants, dans une coh√©sion et une homog√©n√©it√© qui forcent l'admiration.

    Au niveau du chant, l'effet est encore plus surprenant, tant il est vrai que les chanteurs russes nous ont trop longtemps habitués à les voir tirer chacun la couverture à eux, avec leurs traditions surannées et un art total du cabotinage. Ici, rien de tel. Les voix se fondent dans la couleur du récit, la danse s'insère parmi les choeurs, les effets de masse et leurs déplacements incessants n'empêchent jamais le déroulement musical du propos.


    Unique ombre au tableau, les distances sont telles qu'il y a parfois de très légers décalages entre la fosse et la scène.
    Maintenant on peut prendre chaque interpr√®te √† tour de r√īle et l'affubler d'un adjectif qui traduise notre enthousiasme devant tant de jeunesse, de beaut√© - vocale et physique - et de vrai sens dramatique. Une prouesse est √† relever : le soir de la deuxi√®me repr√©sentation, Anatoli Kotcherga (le Mar√©chal Koutouzov) fit annoncer par son m√©decin, un quart d'heure avant le lever du rideau qu'il √©tait dans l'incapacit√© d'entrer en sc√®ne. Aussi Leonid Zimnenko, apr√®s avoir camp√© le vieux prince Bolkonski dans la premi√®re partie, joua les doublures et rempla√ßa Kotcherga avec une perfection de jeu et un √©clat vocal qui m√©ritent mention.

    Ainsi " La Guerre et la Paix " de Prokofiev s'impose comme la plus fabuleuse et la plus fastueuse réalisation que l'Opéra-Bastille ait jamais présenté, depuis son ouverture.

    Lire l'avis opposé de Michel Parouty




    Opéra Bastille, Paris
    Le 08/03/2000
    Antoine Livio (1931-2001)

    La Guerre et la Paix à l'Opéra Bastille
    Direction : Gary Bertini.
    Mise en scène : Francesca Zambello.
    Avec : Olga Gouriakova (Natacha Rostov), Nathan Gunn (le prince André), Robert Brubaker (Pierre Bezoukhov), Elena Zaremba (Hélène Bezoukhova), Anatoli Kotcherga (Koutouzov).

     


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