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CRITIQUES DE CONCERTS 26 octobre 2020

Nouvelle production des Soldats de Manfred Gurlitt à l'Opéra de Nantes.


Nantes contre-attaque
© Eric Sebbag

Gillian Webster (© Eric Sebbag)

Moins de deux mois après la création française du Powder her face de Thomas Adès, l'Opéra de Nantes propose une autre première nationale, celle des Soldats de Manfred Gurlitt. Par certains côtés, il est le Monsieur Pas-de-Chance de l'Opéra à qui Nantes vient d'offrir un nouveau front et une victoire appréciable, sinon éclatante et définitive.
 

Opéra Graslin, Nantes
Le 21/01/2002
Michel PAROUTY
 



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  • En 1939, alors que Manfred Gurlitt mène une belle carrière de chef d'orchestre et de directeur artistique, il fuit le nazisme, et quitte l'Allemagne pour finir par s'installer Ă  Tokyo, oĂą il meurt en 1972, Ă  quatre-vingt-deux ans. Ses huit opĂ©ras sont, aujourd'hui, bien oubliĂ©s.

    Mais comment lutter lorsqu'on travaille Ă  un Wozzeck en mĂŞme temps qu'Alban Berg (celui de Gurlitt sera crĂ©Ă© en 1926, un an après son rival), et que, d'après la mĂŞme pièce de Friedrich Lenz, Bernd AloĂŻs Zimmermann Ă©crit des Soldats qui font figure de classique du XX siècle ?

    Trente-cinq ans sĂ©parent l'opĂ©ra de Gurlitt, dont la première a lieu en 1930 Ă  DĂĽsseldorf, de celui de Zimmermann (Cologne, 1965). Et tout un monde musical. Car Gurlitt n'est pas, tant s'en faut, un novateur ; et le sĂ©rialisme ne l'attire pas. Ce qui ne condamne pas pour autant sa partition. Richement orchestrĂ©e, elle joue nĂ©anmoins sur un paradoxe, puisque les tuttis s'y font rares et que très souvent elle frĂ´le la musique de chambre, avec une volontĂ© affichĂ©e de clartĂ© et de transparence. C'est ainsi que la dirige Bruno Ferrandis, sobrement, lyriquement, sans effets de manche.

    Parmi les découvertes de l'Opéra de Nantes, Curt Peterson (le fils de la comtesse De La Roche), ténor percutant, aura une place de choix, et plus encore Gillian Webster (la comtesse, sa mère envahissante), voix superbe, autorité naturelle et forte présence. Dans ses encombrants vêtements de poupée, Rayanne Dupuis (Marie) campe une héroïne au timbre acidulé, habile à manier l'ambiguïté, touchante et blessée, en marche vers un destin qu'elle n'a pas prévu.

    Pensée avec soin, la distribution est malgré tout handicapée par Christophe Crapez (Desportes), mal à l'aise dans un rôle qui demande des moyens plus amples, et Oldrich Kriz (Stolzius), vocalement sans grand relief. Leurs talents de comédien leur permettent de se tirer d'affaire, mais ne masquent rien de leurs carences.

    Avec la mise en scène de Jiri Nekvasil, qui privilĂ©gie l'intrigue psychologique sur l'analyse politique-sociale, on ne sait pas toujours sur quel pied danser ; entre le cabaret de l'entre-deux-guerres et le théâtre de marionnettes, ses hĂ©sitations brouillent les pistes. Mais elles ne plombent jamais ces Soldats, car sa loyautĂ© au livret ne souffre aucune attaque.




    Opéra Graslin, Nantes
    Le 21/01/2002
    Michel PAROUTY

    Nouvelle production des Soldats de Manfred Gurlitt à l'Opéra de Nantes.
    Orchestre des Pays de Loire
    Direction musicale : Bruno Ferrandis.
    Mise en scène : Jiri Nekvasil.

    Avec Rayanne Dupuis (Marie), Francine Nardy (Charlotte), Oldrich Kriz (Stolzius), Rod Nelman (Wesener), Christophe Crapez (Desportes), William Peel (Mary), Curt Peterson (le fils de la comtesse De La Roche), Gillian Webster (la comtesse), Carole Wilson (Madame Wesener).

     


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